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Dans la spirale du diable

Combien de fois, cette impression glaçante de sentir son pays se dérober sous ses pieds. Et se retrouver nu, laissé à soi-même, jeté dans le vide sans filet ni recours. À quoi servent les États sinon à assurer avant toute chose la sécurité physique, alimentaire et évidemment monétaire de leurs citoyens et, partant, leur dignité et leur essor ? Comment comprendre, à cette aune, les pauvres hères qui s’accrochent encore, alors que tout s’effondre, à ces ignorants pour qui la politique ne fut jamais qu’une ambition sans objet, une trajectoire douteuse vers un sommet duquel ils ont cru dominer le reste du monde mais où, dépourvus de la moindre compétence sinon celle de jouer jusqu’à l’usure le même grinçant communautaire, convaincus que les masses ne sont pas plus difficiles à mener qu’un troupeau, entourés d’une poignée d’égarés qui les adulent sans oser la moindre critique, ils se sont contentés de contempler le paysage, peut-être excités de le voir petit à petit prendre feu.

Combien de fois se poser la méchante question : « Et maintenant, on va où ? », parce que les chefs traditionnels n’ont jamais conçu qu’un acte politique d’intérêt public puisse avoir lieu sans que leurs intérêts personnels soient servis d’abord. Leurs meutes qui se disputent depuis des décennies la charogne naguère fraîche du pays perdu, bavent et grognent encore autour de sa carcasse décomposée en criant au complot. Affamés, pas d’oreilles. Insatiables. Et il se trouve encore des ravis pour les suivre.

L’hyperinflation est la pire catastrophe qui puisse arriver à une économie. C’est un phénomène qui résulte en premier lieu, en l’absence d’une situation de guerre avérée, d’une gouvernance désastreuse aboutissant à une perte de confiance en la monnaie nationale. Dans un pays qui importe tout et dont l’agriculture ne suffit pas à alimenter tous ses citoyens, qui plus est entièrement dépendant au fuel pour son électricité et affublé d’une classe politique de l’espèce des hyènes, la spirale maléfique est enclenchée et seul le miracle d’un gouvernement enfin compétent, appuyé par la communauté internationale, pourrait l’en sortir. Reconduire les mêmes serait à l’évidence un suicide. S’ils avaient eu l’intelligence ou la bonne volonté nécessaires pour arrêter l’hémorragie au premier saignement, on l’aurait vu et su. Mais l’explosion du 4 août témoigne à elle seule de leur criminelle indifférence. Et il se trouve encore des ébahis pour les croire.

Au pays de « tfaddal, charrif, hawwil, ahla w’sahla » et toutes les nuances du vaste vocabulaire de l’hospitalité et de la générosité, qu’elle est douloureuse l’humiliation de ceux qui n’ont plus rien à offrir. Au pays de la frime et des disputes pour arracher l’addition à la fin des repas, qu’il est affligeant de voir des indélicats vider les rayons des produits subventionnés et d’assister à des bousculades pour une bouteille d’huile. L’ombre de la grande famine de 1917, pourtant envoyée à la trappe de l’histoire officielle, obsède chacun comme un retour du refoulé. On pense à ces hameaux de la montagne, désertés corps et âmes, dont il ne reste que quelques vieilles pierres, livrés à l’archéologie informelle des promeneurs, sans même la compagnie d’un fantôme pour les distraire de leur solitude. On pense au village de Hardine et ses 19 compagnons embarqués en 1912 à bord du Titanic pour fuir la misère et dont il ne survécut que 7, parmi eux une jeune mariée, Siléné Dagher, qui ne revit jamais son époux obligé par le capitaine à quitter le canot de sauvetage, et Moubarak Assi, le diacre du patriarche Élias Hoyek (celui-là même qui fonda le Grand Liban), si petit qu’une femme le prit en pitié et lui sauva la vie en le cachant sous ses jupes. Combien d’entre nous doivent-ils leur existence aujourd’hui à un ancêtre ou une aïeule dont chaque jour fut un combat pour nourrir les siens et rester debout. Né de la faim qu’il a surmontée avec panache, cent ans plus tard ce pays y sombre à nouveau, assassiné par la bêtise et la cupidité de ses partis communautaires et de leurs désastreux zaïms.

La tragédie, on l’a vue venir sans vraiment y croire. Certaines autorités nous ont conseillé il y a plusieurs mois de planter des pommes de terre dans les terrains vagues, de faire pousser des tomates et du basilic dans les bacs à fleurs de nos balcons. On a essayé, on a abandonné. Il aurait fallu pour y parvenir une volonté politique, un projet organisé, orienté vers le salut de tous. Même cela, ils n’en furent pas capables, tandis que de petites ONG, comme Beit el-Baraka ou Achrafieh 2020, Tartine du matin, Gestures from the heart pour ne citer qu’elles, parviennent contre vents et marées à soulager avec les moyens du bord quelques centaines de familles qui ne savent plus sur quel front lutter. Hier soir, nous avons eu droit à un discours du président de la République. Hymne national, « je vous ai compris » du pauvre : le peuple souffre, privé de l’essentiel. La solution : jeter la balle dans le camp du Premier ministre désigné, lequel va évidemment la renvoyer à son tour. Re-hymne national. On est las de ces matches de nuls. Et il existe encore des aveuglés qu’ils nourrissent de promesses.


Combien de fois, cette impression glaçante de sentir son pays se dérober sous ses pieds. Et se retrouver nu, laissé à soi-même, jeté dans le vide sans filet ni recours. À quoi servent les États sinon à assurer avant toute chose la sécurité physique, alimentaire et évidemment monétaire de leurs citoyens et, partant, leur dignité et leur essor ? Comment comprendre, à cette aune, les...

commentaires (2)

Et pourtant il reste des libanais convaincus que le rôle d’un président se limite à énumérer les catastrophes et les. A l’heure qui s’abattent sur les citoyens et le pays et l’adore puisqu’il n’a pas bougé le petit doigt pour ne pas dire son gros c.. pour anticiper ses malheurs et les contourner fort comme il est. Il préfère observer les secousses et compter les morts parce que on ne le laisse pas faire. Il se donne juste tous les moyens et se montre fort pour bloquer une solution qui depuis des mois et avec un président digne de ce nom aurait dû être plier et classer dans les oubliettes. Au lieu de dissoudre le parlement avec l’accord de Diab comme le veut la constitution et démissionner pour laisser la place à quelqu’un de courageux et de compétent surtout. Petits comme ils sont ils continuent de jouer avec la vie du pays en se disputant les miettes alors que le pays n’est plus en miettes pour le recoller il est en cristaux et impossible de le raccommoder. TOUS DEHORS BANDE DE VERMINES. Hariri en premier car si jusqu’ici il n’a pas publié sa liste c’est qu’il y a une grande tromperie qui se cache là dedans... On n’est pas au bout de nos cauchemars et des mauvaises surprises.

Sissi zayyat

16 h 54, le 18 mars 2021

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Commentaires (2)

  • Et pourtant il reste des libanais convaincus que le rôle d’un président se limite à énumérer les catastrophes et les. A l’heure qui s’abattent sur les citoyens et le pays et l’adore puisqu’il n’a pas bougé le petit doigt pour ne pas dire son gros c.. pour anticiper ses malheurs et les contourner fort comme il est. Il préfère observer les secousses et compter les morts parce que on ne le laisse pas faire. Il se donne juste tous les moyens et se montre fort pour bloquer une solution qui depuis des mois et avec un président digne de ce nom aurait dû être plier et classer dans les oubliettes. Au lieu de dissoudre le parlement avec l’accord de Diab comme le veut la constitution et démissionner pour laisser la place à quelqu’un de courageux et de compétent surtout. Petits comme ils sont ils continuent de jouer avec la vie du pays en se disputant les miettes alors que le pays n’est plus en miettes pour le recoller il est en cristaux et impossible de le raccommoder. TOUS DEHORS BANDE DE VERMINES. Hariri en premier car si jusqu’ici il n’a pas publié sa liste c’est qu’il y a une grande tromperie qui se cache là dedans... On n’est pas au bout de nos cauchemars et des mauvaises surprises.

    Sissi zayyat

    16 h 54, le 18 mars 2021

  • IL Y A ENCORE DES MOUTONS BELEURS ET DES ANES DANS LES ETABLES DES PANURGES. SEUL UN GIGANTESQUE TSUNAMI DU PEUPLE DEVALISE DE SES ECONOMIES D,UNE VIE, APPAUVRI ET AFFAME QUI POURRAIT SE LEVER ET EMPORTER TOUTE CETTE CRASSE DE CLIQUES MAFIEUSES, DE MERCENAIRES ET DE PANURGES HERITIERS ET NETTOYER POUR TOUJOURS LEURS ETABLES.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 53, le 18 mars 2021

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