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Culture - Rencontre

Tina Baz : Maroun Baghdadi a été ma fée

Elle vient de décrocher le César du meilleur montage pour le film de Sébastien Lifshitz, « Adolescentes ». La monteuse franco-libanaise se dit ravie et fière de cette récompense remise à un documentaire, une catégorie qui est considérée en général comme le parent pauvre du cinéma. 

Tina Baz : Maroun Baghdadi a été ma fée

Tina Baz : « C’est un beau sentiment de voir le film se reconstruire devant vos yeux alors qu’il vous parvient morcelé après un tournage. » Photo Yann Le Gal

Quand Tina Baz, après des études de cinéma à l’Académie libanaise des beaux-arts (ALBA) quitte le Liban pour poursuivre son cursus à l’École supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et à la Sorbonne (France), elle commence par entrer dans la section réalisation pour effectuer par la suite un stage aux côtés de Maroun Baghdadi. Très vite, elle réalise que les plateaux de tournage ne l’intéressent pas : « Trop d’excitation, trop de gens, je n’apprenais rien, dit-elle. J’en fis part à Maroun qui m’appelait tous les jours pour un stage de script. Il me demanda : “Alors, tu veux faire quoi ?”

Je lui répondis sans aucune hésitation : “du montage”. Immédiatement, il me présenta à son monteur, Luc Barnier. C’était à l’époque du film La fille de l’air. Puis il regarde Luc en me recommandant : “Tu la prends sur ton prochain film”. Quelques jours après, j’ai commencé mon travail à ses côtés et cela a duré quinze ans. Maroun Baghdadi a été ma petite fée. »

De l’Occident à l’Extrême-Orient

Depuis, sa passion du montage est demeurée intacte. À chaque film (fiction ou documentaire), Tina Baz s’investit comme au premier jour. « Le film est un processus où le montage tient un rôle prépondérant. Ce que j’aime dans ce métier, c’est qu’on travaille à deux, le réalisateur et moi. C’est fantastique parce qu’on est en plein dans la fabrication du film. Sans doute la relation est identique entre un chef op (chef opérateur ou directeur de la photographie, NDLR) et le réalisateur, mais c’est un beau sentiment de voir le film se reconstruire devant vos yeux alors qu’il vous parvient morcelé après un tournage. En second lieu, indique-t-elle, j’aime bien l’isolement de la salle de montage. Certes, la démarche n’est pas toujours la même. À chaque réalisateur sa personnalité. Parfois il me donne carte blanche et d’autres fois, s’il est totalement investi dans son œuvre, il préfère être présent au montage. »

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Ainsi Tina Baz va alterner, tout au long de sa carrière, documentaires, longs métrages de fiction et courts métrages, séries télévisées et vidéos artistiques. Ses projets couvrent aussi bien l’Orient que l’Occident. Elle travaille avec les cinéastes libanais comme Joana Hadjithomas et Khalil Joreige – « je les ai suivis depuis leur premier court métrage jusqu’au plus récent Memory Box, sélectionné à la Berlinale » – mais aussi Ziad Doueiri (Lila dit ça) ou encore le Palestinien Hany Abou Assad, Ismaël Ferroukhi et Abdellatif Kechiche, ainsi qu’avec des cinéastes français ou autres. Si pour elle, l’Orient et l’Occident ont la même approche du montage, son expérience avec des réalisateurs asiatiques a été quelque peu différente. « Quand j'ai rencontré Johnnie To (Election) ou Naomi Kawase (An) le montage n'était pas forcément pour eux une étape de réécriture du film mais ils ont vite pris plaisir à ce jeu intellectuel. Avec Naomi par exemple, je vois bien comment film après film le temps du montage nous permet d'aller plus loin. » Lorsque Sébastien Lifshitz lui propose il y a cinq ans de travailler avec lui sur le montage d’Adolescentes, Tina Baz avait envie de prendre une petite pause : « Le documentaire, c’est beaucoup de travail et beaucoup de tension, dit-elle. Un montage de documentaire, précise-t-elle, représente dix fois plus de travail qu’un film de fiction. J’hésitais donc un peu. Mais lorsqu’il m’a avoué que ce sera dans cinq ans car il s’agissait de suivre le parcours de deux jeunes adolescentes de 13 ans jusqu’à aujourd’hui et que j’avais le temps de monter certains rushes au fur et à mesure, j’ai accepté. J’avais travaillé déjà avec Sébastien sur les films Les Invisibles et Bambi et je connais le regard doux qu’il jette sur ses œuvres. Aujourd’hui, je suis fière d’avoir été primée (du César du meilleur montage, NDLR) pour un documentaire, une catégorie qui n’est pas souvent mise à l’avant dans le milieu cinématographique. Nous évoluons dans deux univers quasi différents : la fiction et le documentaire. »

Infatigable, Tina Baz travaille déjà sur d’autres projets : « Je finis en ce moment le montage d’un film d’une réalisatrice marocaine, Lela Kilani, pour passer ensuite à une série de petits films de quatre minutes pour Arte où une douzaine de réalisatrices ont travaillé d’après des textes littéraires sur le thème de la violence faite aux femmes. »

À un jeune étudiant qui lui demanda un jour : « Vous n’allez faire que cela dans votre carrière et pas de la réalisation ? » Tina Baz avait répondu : « Tu sais le montage est aussi un métier, et un très beau. » « Depuis, conclut-elle, je crois que cet étudiant est devenu monteur. »


Quand Tina Baz, après des études de cinéma à l’Académie libanaise des beaux-arts (ALBA) quitte le Liban pour poursuivre son cursus à l’École supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et à la Sorbonne (France), elle commence par entrer dans la section réalisation pour effectuer par la suite un stage aux côtés de Maroun Baghdadi. Très vite, elle réalise que les plateaux de...

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Bravo!

Zahar Roula

09 h 18, le 18 mars 2021

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  • Bravo!

    Zahar Roula

    09 h 18, le 18 mars 2021

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