« L’ère du progrès » l’a-t-on baptisée. Pourtant, ce titre semble bien révocable face aux délits qui animent le XXIe siècle.
Les innovations scientifiques et l’élan des avancées techniques actuelles ne sont pas couplées de progrès sociaux. Au contraire, en abusant de la science, l’homme a non seulement acquis la capacité de se saborder, mais il a aussi eu des envies de domination du monde, une sorte de folie des grandeurs incontrôlable.
André Gide parlait du Prométhée mal enchaîné. Cette expression irait comme un gant à l’homme actuel. Lui, qui se disait hissé au pinacle de sa puissance, élevé au-dessus des autres, se trouve pourtant au bas, au plus bas échelon de l’estime. S’étant désisté des valeurs et des normes, les sacrifiant sur l’autel du capital, le monde est aujourd’hui en proie à une crise sociale, avant de l’être sur les plans économique ou politique, et cela est la résultante d’un long cheminement erroné, imprégné d’égoïsme et d’une vaine course à l’argent. Ce slogan de progrès, qui timbrait soi-disant nos actions, n’est toutefois qu’une illusion. « L’homme est un loup pour l’homme », disait Hobbes. Les sceptiques de cette philosophie seront servis, l’actualité en est le miroir. Les jours sont marqués par des éphémérides sanglants, dus à une vague de violence qui déferle sur les peuples depuis quelques années, et qui entraîne d’horribles crimes contre l’humanité, raciaux ou fanatiques. Génocide, attentats, viols... tout type d’atrocité figure au menu de l’actualité. Il est certain qu’on ne croit plus en la religion du progrès.
Un étrange paradoxe s’établit alors : comment est-ce possible que l’homme, qui est la créature la plus intelligente sur terre, comportant dans son cerveau des connexions qui dépassent des milliards de fois celles du plus puissant ordinateur, en soit arrivé là, revenu au point de départ, à son état primitif ? Il suffit de regarder le monde pour constater l’ampleur de la déchéance humaine.
L’anarchie règne sur des nations qui prônent les valeurs de la démocratie, l’humanité est partout rudement secouée, et les droits de l’homme ne semblent qu’être de l’encre sur du papier.
Des tensions hostiles naissent entre des clans, des guerres civiles éclatent, des foules manifestant ragent dans les rues, tout est enclin à un clivage social. J’oserai à peine attribuer le terme « civilisation » au monde dans lequel nous vivons, ce monde qui ressemblerait plus à une jungle humaine.
Il est inéluctable alors de se poser la question : pourquoi cette décadence à contretemps a-t-elle eu lieu ?
Cupidité humaine ? Égocentrisme? Vanité ? Quête de l’individualisme ? Course à la fortune ? Immoralité ?
Quelles que soient les raisons de ce fulgurant déclin, il est évident que le remède des maux de ce monde réside dans l’éducation libre, accessible à tous, et dans la transmission de valeurs sûres et solides. Ces hommes désorientés manquent cruellement de discipline.
Rebâtir un monde nouveau est un plan audacieux pour les faibles créatures vulnérables que nous sommes, mais cela relève de notre devoir d’hommes et de femmes de léguer un monde meilleur aux futures générations.
Pour pallier les actes abjectes et ignobles qui se jouent sur la scène internationale, il est indispensable de former des citoyens éveillés et responsables, éclairés par leur savoir et leurs connaissances.
Défier le statu quo et briser les standards handicapants hérités des anciennes générations est l’une des clefs pour atteindre le monde dont on rêve.
Nous avons dénigré l’essentiel, l’existentiel pendant de longues années, il est temps de revenir aux bases.
La tolérance est la torche que chacun devrait porter haut dans les cieux obscurs des guerres de religion et des violences fanatiques aussi bien que racistes.
Comprendre que nous sommes tous égaux éliminerait les discriminations, et rétrocéder la légitimité aux mains d’un peuple érudit mettrait un terme à la corruption endémique, notamment au Liban, pays exsangue qui agonise depuis des années.
Tant d’engagements à prendre, tant de changements à opérer, tant d’efforts colossaux sont à mobiliser pour transformer cet enfer en un monde civilisé, mais il n’est pas temps d’abandonner et de laisser les sombres pronostiques qui prédisent l’apocalypse se concrétiser.
Il est vrai que ma lueur d’espoir se ravive à la vue des foules qui se manifestent contre le fanatisme, le racisme et le sexisme, qui conspuent leurs dirigeants corrompus, qui vouent aux gémonies leurs actes et qui fustigent leur empire bâti sur le sang des innocents.
Et ma foi est certainement solide en la renaissance de mon pays, échoué sur un rivage abandonné suite au naufrage dramatique d’un navire, régi par les partis politiques depuis des décennies : une descente aux enfers tributaire de l’effacement du patriotisme au profit du « partiotisme ».
Mais reconstruire un monde digne du titre « civilisé » nécessite l’abolition des temples de la corruption et de l’intolérance érigés au Liban, au pied desquels les pèlerins sont nombreux.
Remettre les nations sur le droit chemin requiert un engagement universel dont la clef est une prise de conscience couplée d’une soif pour le changement, qui n’est d’ailleurs possible que si nous mettons aujourd’hui en place des leviers d’action.
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Les innovations scientifiques et l’élan des avancées techniques actuelles ne sont pas couplées de progrès sociaux. Au contraire, en abusant de la science, l’homme a non seulement acquis la capacité de se saborder, mais il a aussi eu des envies de domination du monde, une sorte de folie des grandeurs incontrôlable.
André Gide parlait du Prométhée mal enchaîné. Cette expression irait comme un gant à l’homme actuel. Lui, qui se disait hissé au pinacle de sa puissance, élevé au-dessus des autres, se trouve pourtant au bas, au plus bas échelon de l’estime. S’étant désisté des valeurs et des normes, les sacrifiant sur l’autel du capital, le monde est aujourd’hui...


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D'ABORD SE METTRE D'ACCORD SUR LE SENS A DONNER A " MONDE CIVILISE ", ENSUITE SE RAPPELER QUE CE SERA LES "HOMMES DITS CIVILISES " QUI LUI AURAIENT DONNE SIGNIFICATION.
12 h 10, le 25 février 2021