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Moyen-Orient - Éclairage

Doha veut jouer les médiateurs entre Washington et Téhéran

L’émirat espère jouer un rôle de premier plan sur la scène diplomatique régionale, après trois ans de blocus imposé par ses voisins.

Doha veut jouer les médiateurs entre Washington et Téhéran

Le chef de la diplomatie qatarie, cheikh Mohammad ben Abderrahmane al-Thani, et son homologue iranien, Mohammad Javad Zarif, le 15 février 2021 à Téhéran. Iranian Foreign Ministry/Handout via AFP

En 2017, ses liens avec l’Iran avaient été l’une des raisons qui lui avaient valu d’être mis au ban du Golfe par ses voisins. Aujourd’hui, le Qatar table là-dessus pour jouer le rôle d’intermédiaire entre les États-Unis et la République islamique, au moment où l’administration de Joe Biden souhaite raviver l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien. Si Doha et Téhéran se sont rapprochés après le blocus imposé à l’émirat par Riyad et ses alliés – qui a été levé le mois dernier –, le Qatar entretient en parallèle des rapports étroits avec Washington. Accueillant la plus grande base américaine au Moyen-Orient, située à al-Udeid, Doha a également hébergé les pourparlers entre Washington et les talibans, qui ont mené à la signature en février 2020 de l’accord ouvrant la voie à un retrait des troupes américaines d’Afghanistan, et à des négociations de paix entre les talibans et le gouvernement afghan.

Après avoir annoncé en janvier se tenir prêt à servir de médiateur entre Washington et Téhéran sur le dossier du nucléaire iranien s’il était invité à le faire, l’émirat souhaite renforcer sa place sur la scène régionale, après avoir été isolé par ses voisins pendant trois ans. « Cela mettrait en avant le fait que Doha est disponible sur le plan diplomatique pour s’engager aussi dans d’autres conflits au Moyen-Orient, qu’ils soient gelés ou actifs », estime Luciano Zaccara, professeur au Centre d’études du Golfe à l’Université du Qatar, interrogé par L’Orient-Le Jour.

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Le chemin sinueux vers des négociations irano-américaines

Alors que les États-Unis sont sortis de l’accord sous Donald Trump en 2018 et ont réimposé plusieurs salves de sanctions contre l’Iran depuis, la République islamique s’est graduellement affranchie de ses engagements pris à Vienne et conditionne désormais le sauvetage de l’accord à une levée totale des sanctions imposées par Washington. Cette prise de position complique la tâche de l’administration Biden, qui souhaite aujourd’hui élargir le texte aux missiles balistiques iraniens – une ligne rouge pour Téhéran – et qui est engagée dans une course contre la montre depuis janvier aux côtés des signataires européens de l’accord. Votée par le Parlement iranien, une loi limitant les inspections des activités nucléaires iraniennes en cas de maintien des sanctions américaines doit entrer en vigueur aujourd’hui (voir par ailleurs).

Installations logistiques

« Dans un premier temps, le Qatar pourrait offrir une plateforme tierce : il a les moyens financiers de fournir des installations logistiques où les pourparlers peuvent se tenir, à l’instar de ce qu’il fait pour les négociations entre les États-Unis et les talibans », indique Alex Vatanka, chercheur au Middle East Institute. Ce mois-ci, le représentant spécial américain pour l’Iran, Robert Malley, et le conseiller américain à la Sécurité nationale, Jake Sullivan, ont notamment tenu deux échanges distincts avec le ministre qatari des Affaires étrangères, cheikh Mohammad ben Abderrahmane al-Thani. Une semaine plus tard, le chef de la diplomatie qatarie rencontrait son homologue iranien, Mohammad Javad Zarif, et le président iranien, Hassan Rohani, à l’occasion d’une visite à Téhéran pour aborder la question nucléaire et remettre un message de l’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani. Cité par l’agence qatarie QNA, cheikh Mohammad ben Abderrahmane déclarait quelques jours avant son déplacement en Iran que « l’État du Qatar travaille à la désescalade via un processus politique et diplomatique pour revenir à l’accord sur le nucléaire ».

Autre signe de ses aspirations diplomatiques, Doha a notamment appelé les pays arabes à s’engager dans un dialogue avec l’Iran, bête noire de Riyad et d’Abou Dhabi, à peine deux semaines après la réconciliation au sein du Conseil de coopération du Golfe le 5 janvier. « Si les efforts du Qatar pouvaient garantir aux États du Golfe un siège à la table des négociations, contrairement à 2015, ceci serait probablement bien accueilli dans d’autres capitales du Golfe, en particulier à Riyad », observe Kristian Ulrichsen, chercheur sur le Moyen-Orient à l’Institut Baker pour les politiques publiques à l’Université Rice.

Précédent diplomatique

Les ambitions de l’émirat pourraient toutefois se heurter à différents obstacles alors que les Européens, qui sont directement inclus dans les négociations, pourraient être mieux placés pour se positionner en médiateurs. Bien que la relation entre Doha et Téhéran soit cordiale, « les Iraniens ne considèrent pas l’émirat comme un poids lourd (dans la région) et ne lui font pas confiance », précise Alex Vatanka. « Ils savent que le Qatar choisira toujours les États-Unis plutôt que l’Iran », poursuit-il.

Pour mémoire

2021, une année décisive pour l’Iran

Dans une région où les missions de médiation dans le Golfe sont traditionnellement attribuées à Oman ou au Koweït, le rôle du Qatar pourrait ne pas s’avérer crucial. Fort de ses liens avec Téhéran et Washington et de sa diplomatie de la neutralité dans la région, le sultanat omanais avait notamment hébergé une partie des négociations secrètes entre l’administration américaine et le régime iranien qui ont mené à la signature des accords de Vienne. Un précédent qui s’ajoute au fait que le contexte est aujourd’hui différent de celui de 2015. L’équipe de Joe Biden compte de nombreux membres issus du mandat de Barack Obama qui avaient participé aux pourparlers sur l’accord sur le nucléaire et qui disposent déjà de contacts avec leurs homologues iraniens. « Oman a historiquement joué le rôle du médiateur discret : les officiels omanais rencontraient leurs homologues iraniens à Mascate et Téhéran, lorsqu’il n’y avait pas de canal de communication entre l’Iran et les États-Unis à l’époque du président iranien Mahmoud Ahmadinejad », remarque Alex Vatanka. « Ce type de format n’est plus nécessaire aujourd’hui alors que les Américains et les Iraniens peuvent se parler directement et veulent se délester de l’aspect confidentiel des pourparlers : mener des négociations en public pourrait mettre la pression sur les parties et les encourager à faire en sorte que la voie diplomatique fonctionne », souligne-t-il.


En 2017, ses liens avec l’Iran avaient été l’une des raisons qui lui avaient valu d’être mis au ban du Golfe par ses voisins. Aujourd’hui, le Qatar table là-dessus pour jouer le rôle d’intermédiaire entre les États-Unis et la République islamique, au moment où l’administration de Joe Biden souhaite raviver l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien. Si Doha et Téhéran se...

commentaires (2)

BIDEN POUR L,IRAN NE DEVRAIT PAS LACHER DU LEST. PAS DE RENEGOCIATIONS SANS LES MISSILES BALISTIQUES ET LES MILICES CREEES DANS LES PAYS ARABES.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

11 h 26, le 23 février 2021

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Commentaires (2)

  • BIDEN POUR L,IRAN NE DEVRAIT PAS LACHER DU LEST. PAS DE RENEGOCIATIONS SANS LES MISSILES BALISTIQUES ET LES MILICES CREEES DANS LES PAYS ARABES.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    11 h 26, le 23 février 2021

  • Tout cela ne me dit rien qui vaille Réhabiliter le régime des mollahs c'est conforter la mainmise du Hezbollah sur le Liban

    Tabet Ibrahim

    07 h 56, le 23 février 2021

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