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Moyen-Orient - Éclairage

2021, une année décisive pour l’Iran

Une élection présidentielle est prévue en juin et devrait être remportée par les conservateurs si l’administration Rohani ne parvient pas à négocier avec Washington un allégement des sanctions.

2021, une année décisive pour l’Iran

Le président iranien, Hassan Rohani, à Téhéran le 11 novembre 2020. Photo AFP

Téhéran avait les yeux rivés sur l’élection présidentielle américaine tout au long de l’année 2020 ; c’est désormais au tour de Washington d’appréhender l’issue éventuelle du scrutin prévu en juin afin d’élire le nouveau chef d’État iranien. À présent, Joe Biden comme son homologue iranien Hassan Rohani semblent se poser une même question : comment tirer le meilleur parti du croisement fugace de leurs mandats respectifs – l’un qui n’en est qu’à son commencement, l’autre qui arrive à son terme ?

Le nouveau président américain avait fait campagne pour un retour au plan d’action global conjoint (JCPOA) conclu en 2015 avec la République islamique et visant à restreindre les activités nucléaires de Téhéran en échange d’un allégement des sanctions. Joe Biden a toutefois posé une condition : que « l’Iran revienne au strict respect » du deal et accepte de surcroît des « négociations de suivi » qui prolongeraient la durée de l’accord et l’étendraient à d’autres activités iraniennes, à savoir le programme balistique de l’Iran d’une part et son expansion régionale d’autre part. Or il s’agit là de points éminemment sensibles pour Téhéran. Son programme balistique est devenu au cours de ces dernières années l’une des pierres angulaires de sa politique extérieure, au point qu’il l’a même transmis en partie aux milices qui lui sont affiliées dans son environnement proche, au Liban, en Syrie, au Yémen ou encore en Irak. C’est aujourd’hui le programme balistique, plus encore que le programme nucléaire, qui provoque l’ire des alliés traditionnels de Washington – Israël et les États du Golfe – et va jusqu’à inquiéter les partenaires européens, pourtant très critiques vis-à-vis de la politique menée par Donald Trump à l’égard de Téhéran.

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La volonté affichée par la nouvelle administration américaine de renouer avec l’héritage de Barack Obama sur des bases plus strictes intervient en outre dans un contexte marqué par les récentes violations iraniennes des termes de l’accord de Vienne, réduisant ainsi le temps dont l’Iran aurait besoin pour produire une arme nucléaire. Le 3 janvier, l’Agence internationale de l’énergie atomique a annoncé, dans un rapport confidentiel à destination des États membres, que Téhéran lui avait confié à la mi-décembre prévoir la production d’uranium métal, une matière vitale pour le développement d’armes nucléaires. Côté iranien cependant, on jure que la démarche n’est qu’à visée civile. Cet épisode est survenu une semaine après que la République islamique a annoncé avoir enclenché le processus destiné à produire de l’uranium enrichi à 20 % dans son usine souterraine de Fordo, à 180 km au sud de Téhéran. Il s’agit, pour le moment, de la violation la plus flagrante des termes du plan d’action conjoint de 2015. De quoi donner du fil à retordre à Joe Biden. Si l’Iran ne se conforme pas aux dispositions du JCPOA, comment lui imposer alors sa renégociation ? Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, avait d’ailleurs donné le ton un mois après la tenue du scrutin présidentiel américain en appelant M. Biden à lever les sanctions contre son pays, tout en excluant de renégocier l’accord sur le nucléaire. « Nous ne renégocierons pas un accord que nous avons déjà négocié », avait-il dit.

Monopole

Même s’il bombe le torse, Téhéran serait cependant bien tenté de presser le pas avant la tenue du scrutin présidentiel en juin. Car à défaut d’une détente des relations avec Washington offrant la perspective d’un allégement des sanctions, et donc d’une amélioration de la situation économique, une poussée des conservateurs est à prévoir, comme cela a été le cas en février 2020 lors de l’élection législative à l’issue de laquelle les partisans de la ligne dure sont sortis grands vainqueurs, dans un contexte d’abstention massive. Réélu en 2017 grâce à l’espoir né de l’accord de Vienne, Hassan Rohani a été vivement critiqué au cours de son second mandat qui s’est traduit par une incapacité à répondre à la pression maximale imposée par Washington. Celle-ci a rendu quasi impossibles les transactions bancaires avec le reste du monde ainsi que la vente de pétrole. Combinées à une mauvaise gouvernance de longue date en interne, les sanctions américaines ont plongé le pays dans une grave récession. En novembre, l’inflation a atteint 46 %. Et la pandémie liée au coronavirus frappe très durement le pays. Selon les chiffres officiels, l’Iran est le plus touché du Proche-Orient avec plus de 56 000 morts sur 1,2 million de personnes contaminées, pour une population de 80 millions d’habitants.

Pour que les réformateurs puissent reprendre la main, il faudrait que M. Rohani parvienne rapidement à un accord avec les États-Unis. Mais tout accord de ce type nécessite l’approbation du guide suprême Ali Khamenei qui est lui-même un partisan de la ligne dure. « Pour les conservateurs, c’est une opportunité qui leur permettrait d’obtenir un monopole total sur les institutions élues et non élues dans le pays », résume Sanam Vakil, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord au centre de réflexion Chatham House.

« Une fois à la tête de la présidence, ils décideront alors s’ils ont l’intention de discuter et de s’engager dans une négociation plus large. C’est en partie la raison pour laquelle Rohani n’a pas pour mandat d’élargir le cadre des discussions du JCPOA. C’est quelque chose que les conservateurs veulent contrôler », ajoute-t-elle.

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En cas de victoire des conservateurs, les négociations s’avéreront encore plus compliquées pour Washington et les Européens. En filigrane se dessine aussi le risque d’un accroissement des tensions au Moyen-Orient entre d’un côté la République islamique, et de l’autre Israël et les monarchies sunnites du Golfe.

« Bien que la politique étrangère en Iran soit établie par consensus, les personnalités comptent. Le fait que Rohani, Zarif et tant d’autres membres du cabinet iranien aient été formés en Occident a facilité les négociations avec les États-Unis et l’Europe », souligne Barbara Slavin, directrice du Future of Iran Initiative au sein du think tank Atlantic Council. « S’ils sont remplacés par des non-anglophones à la rhétorique plus antioccidentale, il sera plus difficile – mais pas impossible – de parvenir à des accords », poursuit-elle. Depuis l’élection de Joe Biden, le discours de certains conservateurs se fait à cet égard moins catégorique. Et pour la première fois, des durs se sont dit prêts à s’asseoir à la table des négociations avec Washington.


Téhéran avait les yeux rivés sur l’élection présidentielle américaine tout au long de l’année 2020 ; c’est désormais au tour de Washington d’appréhender l’issue éventuelle du scrutin prévu en juin afin d’élire le nouveau chef d’État iranien. À présent, Joe Biden comme son homologue iranien Hassan Rohani semblent se poser une même question : comment tirer le...

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AVEC LE DEPART DE TRUMP ILS REVENT LES AYATOLLAHS D,EN PROFITER. ILS DOIVENT S,ATTENDRE AVEC LES CHANGEMENTS DES EUROPEENS AUSSI A LEUR EGARD A PLUS DE DECULOTTAGE !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

10 h 24, le 20 janvier 2021

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Commentaires (1)

  • AVEC LE DEPART DE TRUMP ILS REVENT LES AYATOLLAHS D,EN PROFITER. ILS DOIVENT S,ATTENDRE AVEC LES CHANGEMENTS DES EUROPEENS AUSSI A LEUR EGARD A PLUS DE DECULOTTAGE !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 24, le 20 janvier 2021

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