Comment comprendre les soubassements du mouvement populaire à Tripoli ? demande une journaliste à son invité qui lui répond qu’il faudrait, semble-t-il, questionner les composantes sociétales et politiques dudit mouvement. Elle enchaîne « comment déterminer ensuite les enjeux de la contestation, variable et versatile ? » Certains tentent de déceler les forces latentes lesquelles mobiliseraient les insurgés, rétorque-t-il sans conviction. « Mais est-il possible de circonscrire l’identité de chacune des parties en présence ? » Oui, quand on aura compris les soubassements du mouvement populaire. Quoique les scories et le dérèglement de la situation politico-économique au Liban expliquent l’insurrection populaire, l’escalade de la violence ne semble point rimer avec une protestation de personnes affamées, aux revendications clairement établies. Une triple révolution s’acheminerait vraisemblablement dans le creuset des dissonances confessionnelles, idéologiques ou économiques. L’étymologie revêt, d’emblée, un intérêt tout particulier : le nom de la ville nous viendrait du grec, tripolis, nommée ainsi du fait de sa séparation en trois parties distinctes par les commerçants venant de Tyr, Sidon et Aradis. Dans le sillage de l’acception étymologique, Tripoli paraît perpétuer la même séparation dans la rue.
Il est indéniable que l’indigence et la paupérisation ont frappé la grande majorité des habitants : marginalisés, laissés-pour-compte, analphabètes, nécessiteux… le paysage s’assombrit davantage avec le confinement imposé suite à la recrudescence de la pandémie qui bat son plein. En premier, les composantes du mouvement populaire nous renvoient trois prototypes : celui du manifestant pacifique, dépité par les partis politiques qui l’ont berné ; celui de l’insurgé provocateur, irascible et en perte de référence ; celui de l’agresseur armé-incendiant, vandalisant, pillant, et provoquant les affrontements avec les forces de l’ordre. La confusion des paramètres de cette configuration serait un véritable outrage à la vérité concernant les intentions larvées de ceux qui parraineraient l’escalade de la violence. C’est l’analyse de ce troisième prototype qui jette le dévolu sur la partie à laquelle profite le barnum dans lequel plonge actuellement la ville. Insurgés lâchant Molotov, bombes ou pierres sur les forces de l’ordre, rebelles incendiant la municipalité, commettant maints actes de vandalisme, réfractaires à toute labellisation et pourtant… Pourtant, tout porterait à croire que radicalisme et salafisme s’immiscent sur scène, prônant l’action armée pour justifier les incartades. Au demeurant, les événements sanglants auxquels les Libanais ont assisté à Bab el-Tabbané résonnent à des années d’intervalles dans les rues de Tripoli. Cependant, certains objecteront que le contexte politique interne et régional a bien changé depuis la cessation de ces affrontements ; ils rappelleront que les manifestants ne sont pas des belligérants enrôlés avec ou contre la guerre syrienne ; ils avanceront l’argument de l’absence d’autorité sunnite apte, à l’heure actuelle, à régir ou à financer une telle insurrection. Les acteurs d’hier, en revanche, n’ont pas émigré… Ces mêmes acteurs n’ont pas renié leurs appartenances… Le même lierre idéologique (fervent défenseur du lierre politique) continue de proliférer en encerclant son support et en prolongeant ses ravages !
La contestation aujourd’hui, celle qui promeut la violence comme fer de lance, omet les questions inhérentes à la crise économique qui sévit : réformes, incrimination, procès, corruption, groupes sociaux réduits à la mendicité, impasse gouvernementale… L’enjeu véritable, celui qui transcende la contestation, résonne comme une menace. La menace d’effondrement promise à quiconque ose arracher le lierre.
L’ordre ou la vérité, clament les agitateurs ; le pain, répond tristement la révolte.
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