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Société - Émeutes

Tripoli, une ville livrée à la pauvreté

« La population manque de tout, de médicaments, de combustible, de courant électrique. Et voilà qu’il est interdit de se promener sur la corniche », hurle un manifestant


Tripoli, une ville livrée à la pauvreté

Dans le quartier de Bab el-Tebbané, à Tripoli, en juin 2020. Joseph Eid/AFP

Tout a dérapé à Tripoli jeudi soir, lorsque ont dégénéré des manifestations antipouvoir, contre les mesures de confinement plus particulièrement. De jeunes casseurs, armés de cocktails Molotov et de grenades pour certains, ont incendié les sièges du conseil municipal et du tribunal religieux, tentant d’en faire de même avec le sérail et d’autres institutions emblématiques de la capitale du Nord. Depuis, les questions fusent. Pourquoi une telle violence ? Qui en est responsable ?

Les réponses, elles, tardent à venir. Et dans les milieux politiques, les adversaires se lancent des accusations à tout vent. Des leaders sunnites sont montrés du doigt, des services de renseignements aussi. Mais des évidences s’imposent. Avec, en tête, cette pauvreté chronique dans laquelle baigne la deuxième ville du pays, la plus pauvre du bassin méditerranéen, oubliée de l’État et des investisseurs, alors que Tripoli compte paradoxalement les plus grandes fortunes du Liban. Une pauvreté exacerbée par la crise politico-économique et par l’effondrement de la monnaie nationale face au dollar.

À Tebbané, plus de 80 % d’analphabètes

« Avant la crise, on estimait à 60 % le taux de pauvreté à Tripoli. Aujourd’hui, pas moins de 75 à 85 % des habitants de la ville vivent sous le seuil de pauvreté », constate Adib Nehmé, consultant en développement et expert en lutte contre la pauvreté. Au fil des ans, rappelons-le, et depuis la fermeture de sa zone industrielle en 1973, Tripoli a perdu toute source de développement, plongeant sa population déjà pauvre dans le travail informel. « Après la guerre de 1975, le conflit armé entre les deux quartiers voisins de Bab el-Tebbané (sunnite) et de Jabal Mohsen (alaouite) a porté le coup fatal à une ville qui a perdu son rôle de pôle économique et commercial régional. L’influence islamiste qui a suivi a achevé de la terrasser », expliquait M. Nehmé à L’Orient-Le Jour il y a quelques mois. Le chercheur s’exprimait en marge du soulèvement populaire qui a éclaté dans le pays le 17 octobre 2019. Contestation au sein de laquelle la population de Tripoli a joué un rôle sans précédent, s’insurgeant contre ses leaders (sunnites), entre autres, qu’elle accusait de corruption et de mauvaise gouvernance, déchirant leurs portraits placardés à outrance dans la ville. Cette analyse est plus que jamais d’actualité aujourd’hui.

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« La colère des Tripolitains est le résultat cumulé de la pauvreté, d’une économie à l’arrêt et de l’obligation de se confiner. Des facteurs auxquels s’ajoute l’humiliation de ne pas se sentir écouté, car l’État est aux abonnés absents », déplore le spécialiste.Sur les réseaux sociaux, le ressentiment des Tripolitains envers les autorités fait le buzz. Dans une vidéo devenue virale, un manifestant hurlait sa colère, mercredi dernier, place al-Nour, car « la population manque de tout, de médicaments, de combustible pour se chauffer, de courant électrique ». Et voilà qu’il est « interdit de se promener sur la corniche » pour cause de confinement. « Nous n’avons même pas le droit de nous instruire. Dans le quartier de Bab el-Tebbané, vous trouverez plus de 80 % d’analphabètes », égrène-t-il, dénonçant la hausse vertigineuse du coût de l’enseignement privé indexé en dollars, parallèlement à la grande vétusté de l’école publique. « Et vous osez me chicaner pour les malheureuses galettes (kaaké) que j’essaie de vendre pour quelque 15 000 LL qui me permettront d’assurer mon seul repas de la journée ? » gronde-t-il, en référence à l’absence d’indemnisations étatiques malgré le bouclage total. Le jeune homme est intarissable.

Il accuse les autorités de traiter la population « comme des animaux ». S’il tente de se plaindre, aucune institution publique pour l’écouter. « Tous les députés de la ville ont fui à Beyrouth. » S’il s’approche du sérail, il est « accueilli à coups de balles en caoutchouc, de bombes lacrymogènes, de coups et d’insultes de la part des forces de l’ordre ». « Et vous osez me chicaner pour vous avoir lancé une malheureuse pierre ! crache-t-il. Mais cette pierre, c’est tout ce qu’il nous reste, lorsque vous nous assiégez. Car nous ne pouvons qu’exploser. »

Une somme minime allouée aux projets

Comme pour expliquer l’explosion de colère de ce jeune homme, une étude récemment publiée par l’Initiative Gherbal sur les budgets de 47 municipalités et 56 fédérations de municipalités au Liban, de 2014 à 2018, montre que le budget de la municipalité de Tripoli était « essentiellement consacré aux salaires », alors qu’une « somme minime était allouée aux projets » (équipements, entretien, constructions, acquisitions), malgré des excédents budgétaires et des revenus élevés qui ont atteint 15,6 milliards de LL en 2018. « Les dépenses salariales constituaient 66 % des dépenses en 2016, 60 % en 2017 et 71 % en 2018 (après l’adoption de la loi 46 sur l’échelle des salaires) », note l’étude.

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« La municipalité n’a aucune indépendance et aucune autorisation de prendre ses décisions sans en référer à l’administration centrale », explique à L’OLJ le président du conseil municipal de Tripoli, Riad Yamak. « L’État doit impérativement prendre une décision ferme en faveur du développement de la ville », insiste-t-il. Quant aux menus projets en cours, la réhabilitation de demeures habitées ravagées par les guerres successives, la construction d’infrastructures préalables à l’installation d’un hôpital de campagne (offert par le Qatar) pour les malades du Covid-19, ils sont « largement insuffisants ». Et puis l’effondrement de la livre constitue un frein de taille à l’achat de matériaux et d’équipements. « Il faut tout payer en dollars cash. Nous n’arrivons même pas à asphalter les routes », regrette M. Yamak, qui affirme « le lien solide » entre la population et la municipalité. « Je suis conscient que la jeunesse de Tripoli est désespérée. Mais je ne la vois pas mettre le feu à ses propres institutions », assure-t-il, revenant sur les incidents de jeudi dernier.

La crainte d’une atteinte à la contestation populaire

Sur la pauvreté à Tripoli, on pourrait disserter des heures, tant elle est criante, au point de se généraliser. Le plus grave, c’est l’exploitation de cette pauvreté à des fins politiques, partisanes et communautaires. Une réalité qui remonte à la guerre civile, et qui a assombri l’histoire de la ville au riche passé commerçant. « Les plus grandes fortunes du pays sont issues de Tripoli. Mais ces personnalités, dont une grande partie d’hommes politiques, n’ont jamais investi dans la capitale du Nord dans un objectif de développement durable », dénonce ainsi le spécialiste en politiques publiques Ziad el-Sayegh. « Bien au contraire, relève-t-il, les leaders sunnites ont sciemment maintenu la population dans la pauvreté et l’ignorance, afin de mieux la manipuler avant les élections. Ils se contentent de lui jeter des rations alimentaires ou quelques billets, à la veille d’un scrutin, histoire de l’appâter. »

Sauf que les Tripolitains ont pris conscience de ce système qui vise à « les polariser à travers leur appauvrissement ». Ils l’ont fait savoir lorsque a éclaté le soulèvement populaire en octobre 2019. « La colère qui a poussé les Tripolitains à se soulever en masse n’est pas uniquement due à la pauvreté », assure une activiste de la région, Narrimane Chamaa.

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« Leur mouvement avait une vision politique, car il est grand temps d’en finir avec la mauvaise gouvernance et le manque de projets d’investissements dans la ville, qui entraînent le chômage, l’ignorance, la misère… » Dossiers qui sont de nouveau au cœur des revendications de la rue, malgré le confinement. Mais au-delà de cette colère populaire légitime, Mme Chamaa s’inquiète : « N’y a-t-il pas une volonté délibérée de certaines parties de détruire la ville ? »

Même inquiétude exprimée par l’avocat Khaled Merhebi, proche de la contestation populaire. « Ce qui s’est passé n’est pas innocent », estime-t-il, se demandant si « les casseurs, qui étaient en possession d’armes, ne sont pas à la solde de quelque personnalité politique ou de quelque service de renseignements ». Car il ne faut pas oublier que « Tripoli était à l’avant-garde de la contestation populaire ».

Il n’en reste pas moins que la colère de la population ne doit pas être sous-estimée. « La réaction des Tripolitains est tardive, alors que le dollar s’échange à 9 000 LL, que l’État fait montre d’une incapacité à former un gouvernement, à stopper la contrebande, à régler son problème frontalier au Sud, à gérer les problèmes sécuritaires… », rappelle Adib Nehmé. Le spécialiste évoque aussi « le rejet populaire de la nomination d’un mohafez du Liban-Nord proche du Courant patriotique libre, le juge Ramzi Nohra ».


Tout a dérapé à Tripoli jeudi soir, lorsque ont dégénéré des manifestations antipouvoir, contre les mesures de confinement plus particulièrement. De jeunes casseurs, armés de cocktails Molotov et de grenades pour certains, ont incendié les sièges du conseil municipal et du tribunal religieux, tentant d’en faire de même avec le sérail et d’autres institutions emblématiques de la...

commentaires (4)

Maintes fois répétés à tous les coups ressassés, les mêmes arguments les mêmes constats, Les mêmes paroles sont les outils préférés des incapables qui enfoncent des portes ouvertes faute de trouver un argument nouveau et cohérent. C’est risible et triste en même temps, cela fait plus d’un demi-siècle qu’on sert le même plat réchauffé au peuple et, on s’étonne que le peuple se révolte à force d’avaler des couleuvres et des mensonges plus gros les uns des autres … c’est honteux de lire de tels propos qui ignorent volontiers la cause des événements de toutes ces révoltes d‘où qu’elles viennent, la cause est entendue et n’a qu’une seule et unique définition sans tourner autour du pot, chercher un coupable idéal pour porter le chapeau c’est s’enliser dans le ridicule. Eluder la FAIM du peuple c’est se mentir à soi-même ; LE PEUPLE a FAIM, a SOIF et manque de tout en commençant par les produits de première nécessité, en passant par l’ELECTRICITE sans oublier le chômage, le peuple est dans la misère. Omettre de le dire c’est se moquer du peuple, ne cherchez pas ailleurs ce qui crève les yeux ! le peuple ne veut plus d’un bouc émissaire pour payer ce que les dirigeants ont unanimement fait. Et si en plus certains journalistes jouent les innocents en se demandant au vu et au sus du monde entier pourquoi ce soulèvement populaire, en cherchant des analyses qui n’ont ni queue ni tête ils s’enfoncent dans le ridicule, Et ne vendront plus leurs torchons à force de mensonges .

Le Point du Jour.

06 h 52, le 03 février 2021

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Commentaires (4)

  • Maintes fois répétés à tous les coups ressassés, les mêmes arguments les mêmes constats, Les mêmes paroles sont les outils préférés des incapables qui enfoncent des portes ouvertes faute de trouver un argument nouveau et cohérent. C’est risible et triste en même temps, cela fait plus d’un demi-siècle qu’on sert le même plat réchauffé au peuple et, on s’étonne que le peuple se révolte à force d’avaler des couleuvres et des mensonges plus gros les uns des autres … c’est honteux de lire de tels propos qui ignorent volontiers la cause des événements de toutes ces révoltes d‘où qu’elles viennent, la cause est entendue et n’a qu’une seule et unique définition sans tourner autour du pot, chercher un coupable idéal pour porter le chapeau c’est s’enliser dans le ridicule. Eluder la FAIM du peuple c’est se mentir à soi-même ; LE PEUPLE a FAIM, a SOIF et manque de tout en commençant par les produits de première nécessité, en passant par l’ELECTRICITE sans oublier le chômage, le peuple est dans la misère. Omettre de le dire c’est se moquer du peuple, ne cherchez pas ailleurs ce qui crève les yeux ! le peuple ne veut plus d’un bouc émissaire pour payer ce que les dirigeants ont unanimement fait. Et si en plus certains journalistes jouent les innocents en se demandant au vu et au sus du monde entier pourquoi ce soulèvement populaire, en cherchant des analyses qui n’ont ni queue ni tête ils s’enfoncent dans le ridicule, Et ne vendront plus leurs torchons à force de mensonges .

    Le Point du Jour.

    06 h 52, le 03 février 2021

  • Maintes fois répétés à tous les coups ressassés, les mêmes arguments les mêmes constats, Les mêmes paroles sont les outils préférés des incapables qui enfoncent des portes ouvertes faute de trouver un argument nouveau et cohérent. C’est risible et triste en même temps, cela fait plus d’un demi-siècle qu’on sert le même plat réchauffé au peuple et, on s’étonne que le peuple se révolte à force d’avaler des couleuvres et des mensonges plus gros les uns des autres … c’est honteux de lire de tels propos qui ignorent volontiers la cause des événements de toutes ces révoltes d‘où qu’elles viennent, la cause est entendue et n’a qu’une seule et unique définition sans tourner autour du pot, chercher un coupable idéal pour porter le chapeau c’est s’enliser dans le ridicule. Eluder la FAIM du peuple c’est se mentir à soi-même ; LE PEUPLE a FAIM, a SOIF et manque de tout en commençant par les produits de première nécessité, en passant par l’ELECTRICITE sans oublier le chômage, le peuple est dans la misère. Omettre de le dire c’est se moquer du peuple, ne cherchez pas ailleurs ce qui crève les yeux ! le peuple ne veut plus d’un bouc émissaire pour payer ce que les dirigeants ont unanimement fait. Et si en plus certains journalistes jouent les innocents en se demandant au vu et au sus du monde entier pourquoi ce soulèvement populaire, en cherchant des analyses qui n’ont ni queue ni tête ils s’enfoncent dans le ridicule , à force ils n'arriveront plus à vendre leurs journaux.

    Le Point du Jour.

    01 h 08, le 03 février 2021

  • Sur la photo on dirait l'Inde .....

    Eleni Caridopoulou

    17 h 01, le 02 février 2021

  • Pour améliorer tes finances Monsieur tu dois travailler LA où tu trouves du travail au Liban : rester assis, boire du café en fumant le narguilé , te promener sur la corniche( comme c’est dit en Arabe ) Ne Fait Pas Manger Du Pain … Vous lamentez ne sert à rien . Travaillez comme les Syriens , les Égyptiens, les Bangladais, les Népalais, etc. Vous ne voulez pas : c’est décadent et surtout fatigant . Vous dites !! Tant pis pour vous. Comme avait dit Feu notre premier ministre Rachid Karamé- en 1975 - marchez pied nu, et allez à la pêche au lieu de faire la guerre et de détruire. Depuis vous continuez à boire du café ,fumer le narguilé , vous promenez sur la corniche . et bloquer les routes .

    aliosha

    11 h 07, le 02 février 2021

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