La victime du meurtre commis le 2 février 2025 à Faraya, Khalil Khalil. Photo tirée de la page de la municipalité de Faraya sur Facebook
La cour criminelle du Mont-Liban présidée par Élie Helou a condamné, mercredi, Jonathan Chamoun à vingt ans de prison pour avoir tué Khalil Khalil (19 ans), à la suite d’une altercation routière pour une priorité de passage le 2 février 2025.
Le drame s’était produit à la suite d’une course-poursuite entre la victime et Romario Slim, lequel avait appelé Jonathan Chamoun à la rescousse depuis le téléphone portable de son amie Louna Bteiche, qui se trouvait dans le véhicule. Contrairement à l’acte d’accusation établi par le juge d’instruction et confirmé par la chambre d’accusation du Mont-Liban avant la transmission du dossier à la cour criminelle, celle-ci n’a pas retenu la « complicité » du couple.
Elle a souligné que la complicité suppose une convergence des volontés entre le complice et l’auteur du crime. Or, en l’espèce, il n’était pas établi que Romario Slim et Louna Bteiche avaient demandé l’intervention de Jonathan Chamoun dans le but de donner la mort à Khalil Khalil. Une source judiciaire interrogée par L’Orient-Le Jour explique à cet égard que l’appel en question ne constitue pas un élément suffisamment probant pour permettre de déduire que Romario Slim et Louna Bteiche avaient la volonté de tuer la victime.
S’agissant de Jonathan Chamoun, la cour criminelle a retenu le caractère « intentionnel » de l’homicide, écartant néanmoins la qualification de « préméditation » attribuée par l’acte d’accusation. Le crime intentionnel relève de l’article 574 du Code pénal qui sanctionne son auteur d’une peine de quinze à vingt ans de réclusion, tandis que la préméditation est punie sur le fondement de l’article 549 par la peine de mort. La source judiciaire précitée indique que la cour criminelle a considéré que les éléments constitutifs de la préméditation n’étaient pas réunis, notamment l’existence d’« une planification, une réflexion mûrie, une volonté criminelle préalable au passage à l’acte, et un calme relatif ». En l’espèce, ajoute cette source, les faits se sont déroulés dans le cadre d’une altercation et d’une course-poursuite, dans un contexte de tension et de réaction immédiate, sans qu’il soit établi que l’acte avait été préparé à l’avance. Jonathan Chamoun avait pourchassé Khalil Khalil jusque dans le parking d’un hôtel appartenant à son père, où il s’était réfugié. Selon l’arrêt de la cour criminelle, Jonathan Chamoun a percuté le jeune homme aussitôt qu’il eut mis pied à terre. La version selon laquelle Khalil Khalik a été écrasé à maintes reprises a été écartée, des rapports de médecins légistes ayant fait état de fractures crâniennes provoquées par un seul coup violent causé par la Jeep Cherokee conduite par le criminel. Selon la source judiciaire précitée, la violence de l’impact a projeté Khalil Khalil en l’air, avant que celui-ci ne retombe sur un véhicule garé dans le parking et dont le pare-choc s’est cassé. Le corps ne présentait en revanche aucune trace d’écrasement, selon cette source.
Outre sa peine de prison, Jonathan Chamoun devra verser 200 000 dollars d’indemnités à la famille de la victime.
Les autre prévenus mis hors de cause
Quatre autres personnes avaient été mises en cause dans l’affaire. L’amie de Jonathan Chamoun, Theresa Charbel Sahyoun, qui se trouvait à ses côtés dans la Cherokee, Sandra Dakkak, la mère du condamné, son compagnon Rabih Akiki et le frère de ce dernier, Michel. Après être sortis du parking, Jonathan Chamoun et son amie s’étaient rendus au domicile de Theresa Sahyoun et avaient appelé Sandra Dakkak, qui s’est précipitée auprès d’eux avec son compagnon. Une violente altercation les avait alors opposés au frère de Khalil Khalil, que celui-ci avait appelé pour l’informer qu’il était poursuivi. La cour criminelle les a acquittés de toute participation au crime, les condamnant, ainsi que Romario Slim qui a également participé à l’altercation, pour les délits de « menaces et injures » cités dans les articles 574 et 584 du Code pénal. Rabih Akiki est toujours en fuite, tandis que Theresa Charbel Sahyoun, Sandra Dakkak et Romario Slim ont déjà purgé une peine de prison. Ils avaient été remis en liberté, avant que les deux femmes ne soient à nouveau arrêtées conformément à la procédure selon laquelle les personnes accusées doivent être arrêtées lors de la dernière audience (23 juin) avant le verdict. Lors de cette audience, Romario Slim avait échappé à la mesure en s’absentant après avoir soumis à la cour une excuse médicale.
Enfin, Michel Akiki et Louna Bteiche ont été condamnés pour avoir tenté de faciliter la fuite de Sandra Dakkak et de Rabih Akiki. Selon la source judiciaire interrogée, la cour a estimé que la période durant laquelle ils avaient été détenus était suffisante pour couvrir la peine prononcée à leur encontre. Ils ne retourneront donc pas en prison.
L’arrêt, qui a suscité un vif mécontentement sur les réseaux sociaux parmi les proches de la victime, est susceptible de faire l’objet de pourvois en cassation, tant de leur part que de celle du parquet. Concrètement, la condamnation de Jonathan Chamoun à vingt ans de prison aura une durée effective d’une quinzaine d’années, l’année carcérale étant de neuf mois. L’OLJ a tenté sans succès de joindre l’avocat de la famille pour recueillir ses commentaires.


