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Campus - WEBINAIRE

À l’Université Antonine, un webinaire pour faire face à la désinformation

Tout utilisateur des réseaux sociaux peut mettre un frein aux fausses nouvelles et lutter contre la manipulation de l’information.

À l’Université Antonine, un webinaire pour faire face à la désinformation

Vérification des faits et déconstruction des infox sur le site d’« an-Nahar ». Capture d’écran

2020 aura été l’année des fake news par excellence, notamment avec la propagation de toutes sortes d’informations liées à la pandémie du coronavirus. Face à l’influence de ce phénomène mondial sur les pensées et les comportements des sociétés, il devient urgent d’acquérir les mécanismes nécessaires à la lutte contre la propagation des fausses nouvelles. Dans cette optique, et afin de sensibiliser le public sur ce sujet et lui donner un aperçu des moyens de lutte contre la désinformation, le département de journalisme et de communication de la faculté d’information et de communication de l’Université Antonine (UA) a organisé, le 21 janvier, une conférence virtuelle intitulée « Les fausses nouvelles : comment y faire face et éviter la manipulation », et cela dans le cadre de son programme de webinaires « Les jeudis de l’InfoCom ».

S’il existe depuis des siècles, le phénomène des fausses informations a pris une nouvelle dimension avec le développement et la puissance de dissémination des réseaux sociaux, que ce soit du point de vue de sa vitesse de propagation ou de l’adhésion des masses aux intox. « Les fausses nouvelles sont bien attrayantes », a souligné Hala Homsy, journaliste et spécialiste en vérification des faits (fact-checking) au quotidien an-Nahar, lors de son intervention au webinaire portant sur le rôle des mass médias traditionnels dans la lutte contre les fausses informations et dans la construction de communautés d’information saines. Avec le flux incessant de fake news, nombreuses sont les personnes qui comptent sur les réseaux sociaux pour s’informer. Selon Joanna Azar, titulaire d’un doctorat en sciences des médias, spécialisée dans les infox, certains individus ont du mal à croire les informations diffusées par les médias traditionnels. Ces personnes « recherchent des sources alternatives d’information et se tournent vers les médias sociaux », explique-t-elle.

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Les producteurs des fausses nouvelles, eux, peuvent être animés « de motivations politiques, idéologiques, financières ou sociales », relève-t-elle, qu’ils soient des gouvernements, des organisations, des compagnies ou des individus. Par conséquent, les médias classiques – dont la crédibilité risque d’être minée – doivent jouer un rôle majeur dans la lutte contre les fausses informations. « La mission du journaliste aujourd’hui est plus grande et plus difficile que jamais. Il doit rétablir la confiance entre l’audience et les médias traditionnels, et inciter les individus à s’informer sur des sites crédibles », estime de son côté Hala Homsy. Évoquant son expérience au quotidien an-Nahar, la journaliste souligne qu’examiner le contenu informationnel diffusé sur les réseaux sociaux implique aussi de s’assurer du contexte dans lequel il a été émis. Un journaliste doit non seulement vérifier les sources de diffusion des infos et effectuer les recherches appropriées, il doit aussi se renseigner auprès de plusieurs experts. Après avoir mené son enquête et vérifié l’information, il « doit présenter au public les faits tels qu’ils sont et tels qu’ils se sont déroulés, avec des preuves à l’appui », continue-t-elle.

Fact-checker, tout le monde peut l’être

Par ailleurs, reconnaître une intox et contrer sa diffusion n’est pas uniquement du ressort des médias traditionnels. « Tout utilisateur des réseaux sociaux peut devenir un vérificateur des faits qui cherche à valider une nouvelle et, par conséquent, lutter contre les fausses informations », assure Hala Homsy. Il suffit de se sentir responsable de toute nouvelle, photo ou vidéo que l’on partage en prenant conscience de son impact sur les récepteurs. La spécialiste en fact-checking ajoute que « le premier principe dans cette lutte est de ne pas se fier à tout ce que l’on entend, voit ou lit, surtout lorsque c’est diffusé sur les réseaux sociaux. Et c’est à partir de cette prise de position prudente, consciencieuse et responsable que la lutte commence ».

Afin de repérer les fausses nouvelles, connaître leurs différents aspects peut être bien utile. Selon un rapport publié en 2017 par le Conseil de l’Europe sur le « chaos informationnel » dans le paysage médiatique mondial et cité par Joanna Azar, il existe trois catégories préjudiciables : la désinformation, la transmission d’informations que l’on sait erronées dans l’intention de nuire, la mésinformation, le partage d’informations erronées sans intention de nuire et l’information malveillante, la diffusion d’informations vraies, censées rester confidentielles, dans l’intention de nuire.

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De même, pour distinguer une vraie d’une fausse information, il faut repérer les types de contenus informationnels problématiques, selon Joanna Azar qui cite Claire Wardle, cofondatrice et directrice de l’organisation First Draft. Selon cette chercheuse en communication, sept types de contenus risquent de tromper l’audience : une satire ou parodie, l’utilisation trompeuse d’une information, un contenu fallacieux qui imite de véritables sources d’information, un contenu totalement fabriqué, des liens – titre, visuel ou légende – erronés, l’utilisation d’une vraie information dans un faux contexte et enfin un contenu – texte ou visuel – manipulé.

Pour démonter une fausse information, Hala Homsy et Joanna Azar s’accordent sur des règles de base à adopter : il ne faut pas tenir pour vraies tout ce que l’on reçoit comme nouvelles, mais douter de toute information qui nous arrive. Afin de découvrir si une information est vraie ou non, il est crucial de vérifier sa provenance et la crédibilité de cette dernière, de rechercher d’autres sources qui la confirment ou aussi de remonter à son origine. Quant au visuel, il faut se mettre au courant des techniques disponibles qui permettent de manipuler le contenu. Pour s’assurer de la véracité d’une photo, Hala Homsy rappelle qu’il existe des outils disponibles sur le web à la portée de tous, comme la recherche d’images inversée sur Google, ainsi que les moteurs de recherche Bing, Tineye et Yandex. Quant aux vidéos, il est possible, grâce à Invid, de trouver les sites qui les ont diffusées, « nous en fournissant des informations, comme le contexte et la date de publication », précise-t-elle.

Des formations pour sensibiliser sur ce phénomène

En outre, l’éducation aux médias et aux nouvelles permet elle aussi de lutter contre la propagation des fake news. Selon Joanna Azar, il s’agit de développer sa pensée critique afin d’analyser et d’évaluer les messages diffusés par toutes sortes de médias, mais aussi de pouvoir agir en conséquence. En tant que citoyens actifs, il faut, en effet, s’engager dans la communication des informations vérifiées pour opérer un changement. « C’est une pratique que l’on doit faire en permanence. Il faut créer, mais aussi consommer l’information d’une manière intègre. L’intégrité doit être la clé de tout message médiatique », insiste cette journaliste spécialisée en fausses nouvelles. Effectuer des formations visant l’éducation aux médias et aux nouvelles est primordial, selon Joanna Azar. Celle-ci cite l’exemple de Magda Abou Fadil, correspondante d’agences de presse internationales et directrice de l’association Media Unlimited. Afin de développer des programmes d’éducation aux médias, cette dernière propose non seulement d’effectuer des formations destinées aux étudiants en communication et aux journalistes, mais aussi d’initier les élèves et leurs parents au monde des médias à travers un programme scolaire adapté. D’ailleurs, selon Joanna Azar, les enseignants en journalisme et les rédacteurs sont appelés aujourd’hui à participer à l’éducation aux nouvelles. « Il faut se rappeler que nous, en tant qu’individus, sommes responsables de la propagation des fausses informations. Nous devons aussi être responsables de la diffusion de la vérité », conclut cette spécialiste.




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