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Moyen-Orient - ÉCLAIRAGE

Autorité palestinienne : 15 ans après, des élections pourquoi faire ?

Mahmoud Abbas vient d’annoncer la tenue de scrutins législatif et présidentiel, les premiers depuis 2005-2006.

Autorité palestinienne : 15 ans après, des élections pourquoi faire ?

Un Palestinien déposant son bulletin dans l’urne lors des élections municipales de mai 2017, dans le village de Yatta en Cisjordanie. Hazem Bader/AFP

On l’attendait depuis plusieurs mois, la nouvelle est tombée vendredi dernier par décret présidentiel. Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a annoncé la tenue d’élections législatives et d’un scrutin présidentiel en mai et juillet prochains, les premières consultations depuis 2005. Une lueur d’espoir pour les milieux diplomatiques palestiniens et étrangers, les organisations de défense des droits de l’homme et les principaux partis concernés qui y voient l’occasion d’un renouveau très attendu après 15 années de paralysie et de luttes fratricides entre le Fateh au pouvoir en Cisjordanie et le Hamas qui contrôle Gaza depuis 2007.

Les dernières élections en date, un scrutin présidentiel en 2005 puis les élections législatives de 2006, avaient fait suite au décès du président de l’Autorité palestinienne Yasser Arafat, au lendemain de la seconde intifada. Depuis, le divorce entre le Fateh et le Hamas avait miné la scène politique nationale au point d’avoir renvoyé les élections générales aux calendes grecques. Le décret présidentiel, qui prévoit également l’élection le 31 août des membres du Conseil national palestinien, le Parlement de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), scelle donc une réconciliation attendue entre les deux principales factions palestiniennes. Suite aux accords de normalisation entre Israël et plusieurs pays arabes, ces dernières avaient alors entamé un dialogue visant à rétablir l’unité nationale en affichant un front commun.

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Mais malgré l’enthousiasme des discours officiels, le scepticisme reste de mise en coulisses. Les élections ont d’abord été maintes fois reportées par le passé. « D’un point de vue logistique, la commission électorale est certes prête », estime Inès Abdel Razek, analyste politique à al-Shabaka, un centre de recherche palestinien. Mais de nombreuses inconnues persistent. Le vote des populations de Jérusalem-Est, une condition indispensable pour les Palestiniens à laquelle Israël s’est opposé à plusieurs reprises par le passé, est l’un des dossiers qui pourraient provoquer un nouveau report des élections.

Fausse légitimité

« La société palestinienne, et avec elle de nombreux observateurs, n’ont qu’un optimisme limité quant à la tenue effective du scrutin, mais également aucune garantie que les résultats seront effectivement respectés tant par la communauté internationale que par l’autorité palestinienne elle-même », poursuit Inès Abdel Razek. Une éventuelle victoire du Hamas, considéré comme une organisation terroriste par plusieurs pays, contrarierait également le Fateh, qui entend renouveler sa mainmise sur l’Autorité palestinienne.

L’annonce du président palestinien intervenait à moins d’une semaine de la transition politique à Washington, où l’on s’attend à ce que la nouvelle administration de Joe Biden adopte une position plus conciliante et plus proche de celle de l’Union européenne vis-à-vis des Palestiniens. « Abou Mazen veut envoyer un signal positif, cela fait longtemps que le leadership palestinien est au pied du mur, mais avec l’administration Trump, l’Autorité palestinienne a été encore plus isolée », explique Inès Abdel Razek.

Pour les analystes, l’essentiel est pourtant ailleurs. Il s’agirait, pour le Fateh comme pour le Hamas, de réintroduire une dose de légitimité à des institutions palestiniennes éprouvées par des années de corruption, d’autoritarisme et d’inaction. « Ce manque de légitimité est un problème central, tant pour le leadership palestinien que pour la communauté internationale, qui a de plus en plus de mal à faire affaires avec un président qui a perdu toute la confiance de son peuple », estime de son côté Hamada Jaber, consultant au Palestinian Center for Policy and Survey Research, basé à Ramallah. Un problème qui pourrait trouver sa solution dans les urnes grâce à « une manœuvre politique des factions en présence pour garder le pouvoir et se répartir les sièges », dénonce Inès Abdel Razek.

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La perspective d’une liste unie entre le Hamas et le Fateh viendrait confirmer la présence d’une stratégie commune aux deux mouvements, « intéressés exclusivement par le renouvellement de leur propre légitimité et le partage du pouvoir », estime Hamada Jaber. Une stratégie notamment destinée à contourner de possibles divisions dans les rangs du Fateh, où la présence de listes dissidentes, ou encore la candidature de figures populaires comme Marwan Barghouti, actuellement en prison, pourrait compromettre la survie politique du Fateh officiel.

Pas d’alternative

Mais si les deux mouvements majoritaires sont si confiants dans le résultat, c’est aussi parce que l’émergence de toute alternative politique a été bloquée en amont. « Se mobiliser politiquement aujourd’hui est dangereux, en raison des méthodes d’intimidation et de la mainmise des services de sécurité palestiniens qui coordonnent avec la sécurité israélienne pour éviter toute évolution du paysage politique », observe Inès Abdel Razek. Au-delà de la « fragmentation géographique » due aux barrages israéliens, au mur de séparation ou à la division effective du territoire entre la Cisjordanie et Gaza, la jeune femme dénonce les pratiques de plus en plus autoritaires de l’Autorité palestinienne qui, en multipliant les arrestations politiques, a distillé un climat de peur peu propice à l’engagement politique. Difficile dans ces conditions d’imaginer que les élections de mai et de juillet prochains ne soit d’avantage qu’une simple formalité passagère destinée à renouveler le statu quo. Des élections jouées d’avance, « comme des élections de préfecture », résume Inès Abdel Razek.


On l’attendait depuis plusieurs mois, la nouvelle est tombée vendredi dernier par décret présidentiel. Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a annoncé la tenue d’élections législatives et d’un scrutin présidentiel en mai et juillet prochains, les premières consultations depuis 2005. Une lueur d’espoir pour les milieux diplomatiques palestiniens et...

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DU PIPEAU A LA SAUCE PALESTINIENNE. DE LA MASCARADE !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

10 h 33, le 20 janvier 2021

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Commentaires (1)

  • DU PIPEAU A LA SAUCE PALESTINIENNE. DE LA MASCARADE !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 33, le 20 janvier 2021

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