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Moyen-Orient - Éclairage

La crise du leadership palestinien, illustrée par la démission de Hanane Achraoui

L’ancienne diplomate annonce son départ officiel du Comité exécutif de l’OLP dans une lettre adressée à Mahmoud Abbas, réveillant les fractures de la classe dirigeante.

La crise du leadership palestinien, illustrée par la démission de Hanane Achraoui

Hanane Achraoui. Photo d’archives AFP

« La nouvelle de ma démission a malheureusement été divulguée par des “sources haut placées”, de manière trompeuse et irresponsable. » Difficile de ne pas sentir l’amertume et la récrimination latente derrière les déclarations publiques de Hanane Achraoui, hier. L’ancienne diplomate palestinienne revient publiquement sur les conditions de son départ et clarifie les rumeurs qui ont entouré son annonce. Après un entretien avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, elle fait part de sa volonté de démissionner dans une lettre du 26 novembre, mettant un point final à plus de « cinq décennies au service de la patrie ». Elle renonce, à compter de la fin décembre, à ses fonctions de membre du Comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), l’un des plus hauts organes de l’organisation. Depuis 2009, Hanane Achraoui y est la seule femme parmi les 15 membres qui composent le comité. Mais des fuites internes contrarient le calendrier de l’ancienne diplomate : la voilà forcée de partager ses motivations de manière prématurée. Car la décision n’est pas au goût de tous. « Mahmoud Abbas, en particulier, aurait espéré pouvoir faire passer la nouvelle avant que Mme Achraoui ne l’annonce, afin de présenter la décision comme une décision d’ordre personnel », estime Leila Farsakh, professeure de sciences politiques à l’Université du Massachusetts Boston.

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La publicité autour de l’affaire dérange au plus haut niveau. D’autant que Hanane Achraoui en a fait une question très politique, en ne cachant pas ses réserves face à la sclérose de l’OLP, murée dans un fonctionnement dépassé et déconnecté de la réalité des Palestiniens. « M. Abbas n’a particulièrement pas aimé le rejet affiché de Mme Achraoui de la décision de reprendre les accords de sécurité avec Israël », explique la professeure, membre de l’Institut des études palestiniennes, en référence aux accords de coopération sécuritaire passés avec Israël, qui avaient été interrompus au printemps en signe de protestation au lendemain de l’annonce de « l’Accord du siècle ».

La démission est d’autant plus provocatrice qu’elle provient de l’une des figures emblématiques du combat pour l’émancipation nationale. « C’est extrêmement symbolique de voir l’ancienne génération qui s’est battue hier pour un État, qui a ensuite été confrontée aux échecs d’une colonisation continue, de voir cette même génération renoncer à ses fonctions au sein du mouvement national », explique Leila Farsakh. Avec Hanane Achraoui, c’est donc un peu plus des espoirs déçus de Madrid et d’Oslo qui disparaissent. À 74 ans, l’ancienne diplomate, négociatrice et porte-parole d’un certain féminisme, appartient à l’ancienne garde : celle qui milite dans les capitales européennes pour une paix négociée et une solution à deux États.

Renouveler l’OLP

Mais c’est surtout l’appel général de Mme Achraoui pour un « renouveau » du système politique dans son ensemble qui passe particulièrement mal. Hanane Achraoui espère impulser « une nouvelle phase, notamment l’élection d’un Comité exécutif ». Comme un message de désaveu adressé à l’establishment politique, elle affirme qu’« il est temps de mener les réformes nécessaires et d’activer l’OLP de manière à restaurer son standing et son rôle, en respectant le mandat du Comité exécutif », écrit-elle dans sa déclaration.

Une référence aux nombreuses critiques qui fusent contre l’Autorité palestinienne, dont les profondes lignes de fractures minent l’action depuis des décennies. Les divisions interpalestiniennes se sont également multipliées et le conflit qui oppose le Hamas au Fateh a bloqué la tenue d’élections nationales, dont les dernières ont eu lieu en 2007.

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Pour beaucoup d’observateurs, le geste de Hanane Achraoui a donc été interprété comme un appel à faire revivre l’organisation comme l’instrument d’une représentation nationale inclusive, et non un outil à la disposition d’une direction vieillissante. Cette « redynamisation » du système doit notamment inclure « les jeunes, les femmes et d’autres professionnels compétents ». Au-delà du déficit de représentation de genre, un problème d’ordre générationnel est montré du doigt par Mme Achraoui et d’autres. « Le décalage de générations existe au sein de l’OLP depuis plus de deux décennies : l’ancienne génération est disproportionnellement représentée et de plus en plus stérile et dépassée », fait remarquer l’universitaire.

Pourtant, il est peu probable que l’annonce ait un quelconque retentissement sur le terrain. Le changement semble plus loin que jamais. « L’OLP et le Comité exécutif se sont discrédités au cours des 30 dernières années, qui ont apporté plus de répression, des pertes de territoire et une fragmentation nationale », estime Leila Farsakh. Il y a bien eu des tentatives de réformes, mais elles se sont systématiquement heurtées à l’opposition de la frange dirigeante de l’organisation, qui a par exemple bloqué la réconciliation nationale ou la tenue de nouvelles élections. L’annonce de démission, ajoutée à la mort il y a un mois de l’ancien secrétaire général de l’OLP, Saëb Erakat, représente de manière plus large la défaite d’une certaine branche réformiste au sein de l’organisation.


« La nouvelle de ma démission a malheureusement été divulguée par des “sources haut placées”, de manière trompeuse et irresponsable. » Difficile de ne pas sentir l’amertume et la récrimination latente derrière les déclarations publiques de Hanane Achraoui, hier. L’ancienne diplomate palestinienne revient publiquement sur les conditions de son départ et clarifie les...

commentaires (3)

L ‘OLP a semé le vent , le voilà récolter la tempête C est la revenge des libanais , un plat qui se mange a froid .....

Robert Moumdjian

03 h 48, le 13 décembre 2020

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Commentaires (3)

  • L ‘OLP a semé le vent , le voilà récolter la tempête C est la revenge des libanais , un plat qui se mange a froid .....

    Robert Moumdjian

    03 h 48, le 13 décembre 2020

  • L’OLP a mené à la fin de la cause palestinienne dès que le choix des armes a été fait.

    Alors...

    22 h 09, le 11 décembre 2020

  • Je m en sacre. On a assez souffert de leur cause inexistante

    Robert Moumdjian

    02 h 31, le 11 décembre 2020

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