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Malédictions en deux maux

C’est ça ou alors le chaos ! Que de fois, dans son histoire récente, notre pays a eu à subir un aussi odieux chantage, le sommant de trancher entre deux options également calamiteuses ; à quel point aussi notre situation actuelle est l’aboutissement froidement logique, prévisible, annoncé, d’une telle accumulation de pseudo-moindres maux !

Croyant faire l’économie d’une guerre interne, le Liban se voyait acculé ainsi de signer, en 1969, ces funestes accords du Caire qui octroyaient à la résistance palestinienne le droit d’opérer contre Israël à partir de son territoire. L’inévitable résultat en était une cataclysmique guerre de quinze ans, jalonnée de plus d’une invasion israélienne. Cet épisode n’est pas sans rappeler d’ailleurs la sentence de Churchill déplorant l’accord de Munich, conclu à la veille du deuxième conflit mondial, et par lequel le Royaume-Uni entérinait l’annexion par Hitler de portions de la Tchécoslovaquie : Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur, lançait-il à l’adresse du Premier ministre Chamberlain ; vous avez le déshonneur, et vous aurez la guerre.

Des marchés de dupes à la Munich, nous aurons eu plus que notre part. C’est au prétexte de pacifier et stabiliser le Liban, avalisé par la communauté internationale, que la Syrie s’y est assurée trois décennies d’une tyrannique occupation. Les fedayine partis, et après eux les Syriens, c’est le Hezbollah, fort de sa filiation iranienne et du soutien de Damas, qui s’arrogeait, par voie d’extorsion, en recourant au même chantage, un prétendu droit à la résistance contre l’État hébreu. En réalité, et tout comme ses prédécesseurs palestiniens, la milice ne faisait qu’attirer sur le pays les foudres dévastatrices d’un ennemi surpuissant ; en revanche, elle réussissait pleinement à prendre le contrôle du jeu politique interne. D’une redoutable simplicité était le procédé : bloquer les institutions, les paralyser, les désacraliser, broyer parfois pour mieux les absorber et les digérer ensuite, comme font les ruminants. Les exemples abondent, le plus significatif étant le défaut délibéré de quorum parlementaire qui a longtemps retardé non moins de deux élections présidentielles. Ne restait plus alors qu’à gouverner par télécommande en se gagnant la complicité active, la collaboration ou la lâche complaisance d’une caste politique obnubilée par les mirages de prestige et de pouvoir et corrompue jusqu’à la moelle. Enrichissez-vous et oubliez le reste, était la consigne ; les dirigeants ne se l’ont pas fait dire deux fois, ils se sont même surpassés, finissant par vider complètement le tiroir-caisse.

Pour pressenti que fut le résultat, même les pronostics les plus pessimistes se trouvent dépassés par l’atterrante actualité. Car jamais le sort du pays n’a été entre les mains de dirigeants plus inaptes, dans un contexte d’une gravité sans précédent, elle aussi. On nous a même ôté l’embarras du choix car c’est ça et le chaos que nous impose, d’un jet, une cruelle fatalité : ça étant le règne des incapables et des pourris ; et le chaos n’ayant nul besoin d’être explicité dans ces colonnes, au vu de l’incroyable désordre marquant la gestion de toutes ces crises existentielles dans lesquelles se débat le pays.

Existentielles en effet, à commencer par la pandémie qui fait des ravages, qui engorge les hôpitaux au rythme de la valse-hésitation des officiels. Édifiant était, il y a quelques jours, le spectacle d’un ministre de la Santé boudant la réunion de la cellule de crise et ne se pointant à la fin que sur instante prière du chef du gouvernement démissionnaire. Encore plus révélatrices de l’amateurisme ambiant sont les nombreuses failles d’un confinement général décrété en catastrophe, comme pour se faire pardonner le stupéfiant laisser-aller des fêtes de fin d’année. Scandaleuse est la lenteur qui a marqué les procédures administratives visant à l’importation de vaccins, dont il reste d’ailleurs à espérer qu’ils échapperont aux passe-droits et iront bien à leurs destinataires prioritaires. Révoltante enfin est l’odyssée des équipements sanitaires offerts par des pays amis et qui achèvent de pourrir doucement dans des entrepôts de fortune.

Pour ce qui est de tout le reste – c’est-à-dire le naufrage économico-financier et la formation d’un gouvernement de salut – nul antidote n’est proposé hélas. Le virus est là, et bien là. Et comme dans les plus perfectionnés des champs de culture, ça s’accommode très bien du chaos.

Issa GORAIEB

[email protected]


C’est ça ou alors le chaos ! Que de fois, dans son histoire récente, notre pays a eu à subir un aussi odieux chantage, le sommant de trancher entre deux options également calamiteuses ; à quel point aussi notre situation actuelle est l’aboutissement froidement logique, prévisible, annoncé, d’une telle accumulation de pseudo-moindres maux ! Croyant faire l’économie d’une guerre...