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Moyen-Orient - Reportage

Avec la fin de la crise du Golfe, la joie mêlée d'amertume au Qatar

"Les expatriés se rendront certainement à Dubaï quand ils en auront l'occasion. Mais beaucoup de locaux ne seront pas aussi enthousiastes à l'idée d'aller aux Emirats parce qu'ils pensent que c'est dangereux", estime un Qatari. 
Avec la fin de la crise du Golfe, la joie mêlée d'amertume au Qatar

Un homme arrange des journaux annonçant la réconciliation entre le Qatar et les pays du Golfe, sur un présentoir, à Doha, le 6 janvier 2021. Photo AFP / KARIM JAAFAR

Familles divisées, étudiants expulsés, entreprises fermées, pèlerinages compliqués : le boycott du Qatar par plusieurs de ses voisins a lourdement marqué sa population. La réconciliation tant attendue, scellée mardi, laisse place à une joie mêlée d'amertume.

"Tous ceux à qui je parle sont contents. Je pense que les gens ont oublié ce qu'on a ressenti", dit Fahad, un employé qatari dans le secteur du pétrole et du gaz, ressources qui font la fortune de cet ambitieux émirat. "C'est une bonne nouvelle. Les gens ne s'embarrassent pas tellement de détails politiques. Ils sont juste heureux de pouvoir voir leur famille et voyager", estime l'homme de 40 ans.

L'Arabie saoudite et ses alliés - Emirats arabes unis, Bahreïn, Egypte - ont pris en juin 2017 une décision choc concernant leur rival qatari: une rupture totale des relations. Accusé de soutenir les extrémistes et de semer le trouble dans la région, Doha a toujours nié. Mais le quatuor anti-Qatar a fait machine arrière mardi, scellant une réconciliation avec le riche émirat lors d'un sommet en Arabie saoudite. Ce puissant voisin avait, la veille au soir, accepté la réouverture immédiate des frontières et de son espace aérien fermés au Qatar depuis 2017.

Pendant trois ans et demi, des centaines de familles mixtes ont été particulièrement affectées. Les conjoints qataris d'Emiratis et de Bahreïnis ont par exemple été priés de retourner dans leur pays d'origine. Fils d'un couple mixte qataro-émirati, Rachid raconte que la crise du Golfe s'est infiltrée au sein de sa famille. "Nous étions tellement en colère les uns contre les autres que nous avons cessé de nous parler pendant un certain temps", raconte-t-il. "C'est du patriotisme !", ironise le jeune homme. "La même chose s'est produite avec mes cousins en Arabie Saoudite mais ils étaient plus courtois à ce sujet que les Emirats", poursuit-il.

"Stupide blocus" 
Au-delà de ces querelles de famille, la crise a néanmoins provoqué des séparations imputées aux restrictions imposées par les pays boycottant le Qatar, rappelle un ancien employé de Qatar Aiways. "Il y a beaucoup de gens qui ont perdu leur mari ou leur femme à cause de ce stupide blocus. Beaucoup de Qataris ont épousé des Saoudiens et des Emiratis", explique-t-il.

Le commentaire d'Anthony Samrani

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Côté religion, pas de répit non plus. Les musulmans du Qatar devaient se battre pour avoir leur place à La Mecque en Arabie Saoudite, ville la plus sainte de l'islam qui accueille chaque année des millions de pèlerins venus du monde entier. Qatar et Arabie Saoudite se reprochaient mutuellement ces obstacles. Seule une poignée de fidèles chanceux faisaient partie du voyage.
Ce ne fut pas le cas d'Abdelrahman Rachid al-Kouwari, un étudiant qatari en robe traditionnelle blanche, qui insiste sur le fait que ce pèlerinage, un des cinq piliers de l'islam, est "obligatoire". "Je ne l'ai pas fait durant cette période car les frontières étaient fermées et ils n'acceptaient même pas la monnaie qatarie. C'était très difficile et épuisant", raconte le jeune homme devant une mosquée, portant un coran et un tapis de prières. Avec la réconciliation et la réouverture des frontières, "nous irons visiter les lieux saints", promet-il.

"Eviter les stades vides" 
D'autres habitants du Qatar ont d'autres voyages en tête. "Pas de bière à Dubaï depuis trois ans et demi ! Une catastrophe !", s'exclame un expatrié britannique travaillant à Doha, qui n'a pas pu aller dans l'émirat voisin durant le boycott.
Avec ses innombrables bars branchés et ses mœurs relativement libérales dans une région du Golfe plutôt conservatrice, Dubaï accueille en effet des millions de touristes, venus notamment des pays voisins.

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"Les expatriés se rendront certainement à Dubaï quand ils en auront l'occasion. Mais beaucoup de locaux ne seront pas aussi enthousiastes à l'idée d'aller aux Emirats parce qu'ils pensent que c'est dangereux", estime toutefois Fahad, l'employé qatari, en référence aux positions notoirement implacables de ce pays contre Doha.

La fin de la brouille dans le Golfe pourrait aussi voir un afflux de supporters des pays voisins vers le Qatar, devenu ces dernières années une capitale incontournable du sport mondial. L'Arabie saoudite, pays le plus peuplé du Golfe, était un important pourvoyeur de fans de football qui assistaient en masse avant 2017 aux matchs et autres événements organisés au Qatar.
La réconciliation "aidera donc à éviter les stades vides" en 2022, espère Fahad, en référence à la Coupe du monde de football qui doit se tenir au Qatar, la première dans le monde arabe.


Familles divisées, étudiants expulsés, entreprises fermées, pèlerinages compliqués : le boycott du Qatar par plusieurs de ses voisins a lourdement marqué sa population. La réconciliation tant attendue, scellée mardi, laisse place à une joie mêlée d'amertume."Tous ceux à qui je parle sont contents. Je pense que les gens ont oublié ce qu'on a ressenti", dit Fahad, un employé qatari...

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