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Économie - Subventions

Les importateurs de matériel médical à l’arrêt en attendant que la BDL réagisse

Le ministre de l’Économie propose un système de transferts directs pour remplacer les mécanismes de soutien actuels.

Les importateurs de matériel médical à l’arrêt en attendant que la BDL réagisse

L’avenir des mécanismes de subventions de la BDL continue d’animer le débat public. Photo P.H.B.

Alors que le gouvernement sortant envisage des pistes pour rationaliser les mécanismes actuels de subventions sur les importations, mis en place par la Banque du Liban pour compenser la dépréciation de la livre face au dollar mais qu’elle ne peut plus assumer longtemps, les importateurs de matériel médical ont jeté un froid hier en annonçant la suspension immédiate de toutes les commandes et d’une partie des livraisons en cours et à venir. Une décision qu’envisageait le syndicat représentant la profession depuis la semaine dernière, comme l’a expliqué à L’Orient-Le Jour sa présidente, Salma Assi. « Cette décision ne nous réjouit pas, mais nous ne pouvons plus continuer à travailler avec nos fournisseurs et nos clients sans avoir davantage de visibilité sur la façon dont nous allons pouvoir payer les premiers et encaisser des seconds », résume la responsable. « Nous avons deux demandes simples : que la BDL honore les factures qui lui ont été envoyées au cours des derniers mois selon le mécanisme qu’elle a elle-même mis en place, mais qui sont encore bloquées auprès d’elle ; ensuite qu’un mécanisme clair et fiable soit mis en place pour les commandes à venir », dit-elle encore.

60 millions de dollars

« Nous avions déjà averti les responsables de la banque centrale, lors d’une réunion jeudi dernier, que nous risquions de prendre des mesures pour nous protéger. Nous attendions une réaction, elle n’est toujours pas venue », poursuit Salma Assi, précisant que l’ardoise des subventions que doit encore régler la BDL s’élève à environ 60 millions de dollars. La décision du syndicat implique aussi bien la suspension des nouvelles commandes auprès des fournisseurs à l’étranger que le rationnement des livraisons de matériel aux hôpitaux locaux jusqu’à nouvel ordre. « Nous allons être contraints de livrer des quantités de produits inférieures à celles commandées par les hôpitaux, en espérant qu’une solution soit trouvée », indique enfin Salma Assi. En novembre dernier, cette dernière avait affirmé que la facture des importations de la filière devrait totaliser 180 millions de dollars sur l’ensemble de l’année, dont 85 % peuvent être achetés par les importateurs à la parité officielle de 1 507,5 livres pour un dollar, selon le mécanisme (circulaire n° 535).

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Le ton est à peine plus rassurant du côté des importateurs de médicaments, qui bénéficient d’un dispositif similaire leur permettant d’obtenir le même ratio de dollar au taux officiel (circulaire n° 530). Dans les deux cas, le solde doit être fourni en dollars « frais » par l’importateur bénéficiaire. « Nous assumons le risque du change depuis trop longtemps », déclare à L’Orient-Le Jour le président du syndicat des importateurs de produits pharmaceutiques, Karim Gebara. « Aujourd’hui, nous importons de la marchandise sans savoir si la BDL aura suffisamment de réserves de devises pour continuer de nous en vendre au taux officiel, alors que les prix des médicaments sont réglementés par le ministère de la Santé en fonction des mécanismes existants. Pour ne rien arranger, plus le niveau des réserves de la BDL baisse, plus elle met du temps à valider les factures », affirme-t-il, confiant que son syndicat ne s’est pas encore réuni pour prendre position sur ce dossier.

« Nous comprenons que la banque centrale souhaite contrôler que les dollars qu’elle débloque sont utilisés conformément aux mécanismes qu’elle a mis en place. Mais en même temps, nous souhaitons pouvoir être sûrs que les fonds dont nous avons besoin et que nous pouvons acheter à un taux fixé à l’avance sont déjà réservés lorsque nous passons nos commandes », note encore Karim Gebara. Selon des sources proches de la profession, la BDL ne disposerait plus que de près de 700 millions de dollars de réserves disponibles – sans compter les réserves obligatoires des banques ni l’or – pour financer ses mécanismes de subventions aux importations. La facture des importations de médicaments devraient, elles, atteindre 1 milliard de dollars cette année, selon le syndicat.

La piste de Nehmé

La décision des importateurs de matériel médical intervient alors que le gouvernement cherche à rationaliser les différents mécanismes de subventions financés par les réserves de la BDL et qui englobent les importations de carburant, de blé, de médicaments, de matières premières pour l’industrie pharmaceutique et d’une liste d’environ 200 produits de « première nécessité ». Ces dispositifs, mis en place entre octobre 2019 et juillet dernier, ont été critiqués par plusieurs voix, dont celle du collectif citoyen Platform1, qui compte l’ancien ministre de l’Économie et de l’Industrie et ex-vice-gouverneur de la Banque du Liban Nasser Saïdi, dans ses rangs. En novembre, le collectif avait proposé de remplacer les mécanismes existants par des transferts directs en espèces à 75 % de la population libanaise résidente.

C’est également ce vecteur qui est envisagé par le gouvernement, comme l’a confirmé hier le ministre de l’Économie et du Commerce, Raoul Nehmé, lors d’une intervention télévisée au cours de laquelle il a appelé à remplacer un mécanisme qui coûte « 550 millions de dollars par mois aux réserves de la BDL » mais dont la suppression pure et simple aurait des conséquences désastreuses sur le plan social et économique.

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Concrètement, le ministre a évoqué la mise en place d’un système de distributions de ces aides, mis en place avec le concours de la Banque mondiale et qui seront réservées à 4 millions de Libanais – un chiffre également cité lors de la conférence de Platform1.

Selon le ministre, chaque Libanais de plus de 23 ans pourrait ainsi recevoir 50 dollars par mois la première année (en monnaie électronique et non en liquide), contre la moitié de ce montant par enfant. Ces aides seraient dégressives, que ce soit au niveau des montants alloués ou de la population éligible à les recevoir. La mise en œuvre de ce système permettra, selon lui, d’économiser 2,1 milliards de dollars la première année. Le ministre a enfin proposé de maintenir les mécanismes actuels de subventions sur les médicaments et le matériel médical en attendant la formation d’un nouvel exécutif.


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