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Éclairage

En Afghanistan, les conséquences du retrait anticipé des États-Unis

Le risque de voir les talibans s’emparer du pouvoir, une fois le gros du contingent américain parti, semble important alors que le rapport de forces pourrait pencher vers le groupe insurgé.

En Afghanistan, les conséquences du retrait anticipé des États-Unis

Un soldat américain en patrouille lors d’un entraînement des troupes afghanes à Lashkar Gah, en Afghanistan, le 27 août 2017. Wakil Kohsar/AFP

Donald Trump a finalement choisi d’aller au bout de sa promesse de campagne, quitte à faire fi des inquiétudes et critiques des alliés de Washington. Le Pentagone a annoncé, mardi dernier, le retrait anticipé de près de la moitié des militaires américains présents sur le sol afghan, dont le nombre passera de 4 500 à 2 500 d’ici à la mi-janvier. L’annonce a confirmé les rumeurs qui circulaient déjà depuis quelque temps sur le retrait d’une grande partie des troupes américaines d’Afghanistan, alors que Donald Trump entend marquer des coups décisifs avant la passation des pouvoirs à Joe Biden, le 20 janvier prochain.

La décision annoncée par le nouveau secrétaire américain à la Défense, Christopher Miller, répond principalement à des fins politiques d’ordre domestique, alors que Donald Trump souhaite réduire le coût de l’engagement extérieur des États-Unis. Le pays a déjà rapatrié, dès l’été dernier, près de 4 000 soldats, portant les troupes restantes à 8 000 avant de les ramener à près de 5 000 au cours des semaines suivantes. Mais elle pourrait aussi avoir de graves répercussions sur le processus de paix entamé entre le gouvernement de Kaboul et les talibans.

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L’ancien chef du Pentagone, Mark T. Esper, avait envoyé au début du mois de novembre une note confidentielle à la Maison-Blanche, dans laquelle il avertissait le président américain, suite à des discussions avec des officiers supérieurs de l’armée, du manque de conditions pour procéder à des réductions supplémentaires du contingent du pays en Afghanistan, citant notamment la violence actuelle sur le terrain, les répercussions sur les troupes restantes ainsi que sur les pourparlers de paix entre les talibans et le pouvoir de Kaboul. Il a finalement été limogé le 9 novembre par Donald Trump, dans l’objectif du locataire de la Maison-Blanche de s’entourer de personnalités dont le positionnement s’aligne avec sa volonté de « mettre un terme aux guerres sans fin ».

Frein aux pourparlers de paix

La nouvelle du retrait américain a été bien accueillie par les talibans, qui ont félicité l’annonce du Pentagone. « C’est une bonne avancée et c’est dans l’intérêt des peuples » afghan et américain, a salué, mercredi dernier, l’un des porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, avant d’ajouter : « Le plus tôt les troupes étrangères s’en iront, le plus vite la guerre finira. » Une version qui pourrait se traduire bien différemment sur le terrain. « Une fois que les forces étrangères auront quitté l’Afghanistan, les talibans n’auront probablement que peu d’utilité à poursuivre les pourparlers de paix déjà improductifs », nuance Marvin G. Weinbaum, directeur des études afghanes et pakistanaises au sein du Middle East Institute, interrogé par L’Orient-Le Jour. Le risque de voir les talibans s’emparer du pouvoir, une fois le gros du contingent américain parti, semble important alors que le rapport de forces pourrait pencher vers le groupe insurgé. « Si le retrait américain entraîne une réduction significative de la capacité des États-Unis à offrir un soutien aérien aux forces afghanes ciblées par des attaques, il est d’autant plus probable que les talibans réussiront à capturer et à détenir un ou plusieurs centres provinciaux », commente pour L’OLJ Barnett Rubin, spécialiste de l’Afghanistan et chercheur auprès du think tank américain Center on International Cooperation, qui craint que la baisse du nombre de soldats américains ne renforce la popularité des talibans en Afghanistan. « Le signal clair que les États-Unis partent effectivement affectera le moral du reste des troupes américaines et des forces afghanes. Davantage de gens abandonneront le gouvernement ou soutiendront les talibans », ajoute le spécialiste.

Les négociations interafghanes, qui ont débuté le 12 septembre dernier en vertu de l’accord signé fin février entre les États-Unis et les talibans, semblent au point mort. Les attaques en Afghanistan, dont la majorité sont imputées aux talibans, ont augmenté de 50 % entre le 1er juillet et le 30 septembre, en plein pourparlers de paix, comparé aux trois mois précédents, selon un rapport publié début novembre par le Bureau de l’inspecteur général spécial pour la reconstruction de l’Afghanistan (SIGAR), dépendant du Congrès américain.

Menace terroriste

De nombreuses voix se sont élevées pour critiquer la décision américaine, mardi dernier, notamment la France, l’Allemagne et le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, qui s’inquiète de voir l’Afghanistan « redevenir une base pour les terroristes internationaux ». Le groupe insurgé s’est engagé, le 29 février, à interdire l’accès au sol afghan à tout groupe jihadiste. La menace terroriste est particulièrement élevée ces derniers jours, alors qu’un attentat-suicide, commis le 24 octobre aux abords d’un centre éducatif à Kaboul, a entraîné la mort d’une trentaine de personnes et en a blessé près de 70, des adolescents pour la plupart. L’attaque a été revendiquée par Daech, même si aucune preuve ne permet de le confirmer.

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Le retrait américain pourrait également faire le jeu des puissances régionales, comme la Chine, le Pakistan et l’Iran, pays voisins de l’Afghanistan, ainsi que l’Inde et la Russie. Ces derniers y verraient un moyen de consolider leurs intérêts tout en se méfiant de l’accélération du retrait des forces américaines, susceptible de jouer en faveur des talibans et de menacer la stabilité dans la région. « Tous ces pays sont déjà influents. Les États-Unis coopèrent avec la Chine, la Russie et le Pakistan sur le processus de paix. La Russie a récemment convoqué l’Inde et l’Iran à Moscou et ils ont appelé à un consensus régional à l’appui du processus de paix », note Barnett Rubin. Mais le désengagement américain ne favoriserait pas un pays davantage que l’autre. « Étant donné leurs intérêts séparés et leurs rivalités plus anciennes, ces pays sont voués à entrer en concurrence les uns avec les autres », estime pour sa part Marvin G. Weinbaum. D’autant plus que les États-Unis continueront à exercer une influence en Afghanistan, principalement lié au soutien économique apporté au gouvernement de Kaboul et à la fourniture de matériel militaire américain à l’armée afghane. « Tant que les États-Unis continueront de payer les salaires des forces de sécurité afghanes, ils conserveront leur influence auprès du gouvernement de Kaboul », ajoute le chercheur.


Donald Trump a finalement choisi d’aller au bout de sa promesse de campagne, quitte à faire fi des inquiétudes et critiques des alliés de Washington. Le Pentagone a annoncé, mardi dernier, le retrait anticipé de près de la moitié des militaires américains présents sur le sol afghan, dont le nombre passera de 4 500 à 2 500 d’ici à la mi-janvier. L’annonce a confirmé...

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