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Nos Lecteurs ont la Parole

Il ne s’agit plus de résilience

Tu as un partenaire qui te maltraite, qui te domine, qui te violente et qui te dicte. Votre histoire est symptomatique de l’installation progressive d’une relation d’emprise. La violence s’est aggravée et s’est implantée dans ton quotidien. Depuis le début. C’est une relation toxique qui s’est installée graduellement et il a su mettre en place des moyens pour acquérir cette emprise. Il a repéré tes faiblesses et les a renforcées. Tu es prise au piège. Il est impossible de le quitter. Il ne cesse de te promettre de changer.

C’est un cercle vicieux. Tu le hais, mais tu ne le dis pas. Tu as peur de lui. Tu as peur de l’inconnu. Soumise, tu es forcée de te taire pour ton entourage, pour ne pas faire mal à tes parents, à ta communauté. La parole t’est ôtée. Tu es devenue même violente contre toi et contre autrui. C’est l’effet pervers de cette violence. Il te dit qu’il te protège et qu’il t’aime et te bat. Tu dois patienter, il changera. Les années passent, rien ne change. La tension est quotidienne. Tu vis dans un état d’angoisse permanente. Tu ne possèdes plus les rênes de ton existence. Il est fort et il te protège. Il te défend et te chérit, tu lui appartiens, tu es comme lui, tu l’aimes. Il a raison. Tu as besoin de lui. Tu es impuissante.

Le taux de violence atteint aujourd’hui son paroxysme. Tu es fatiguée et tu as raison de baisser les bras. Cependant, tu entends une voix qui vient de loin et qui te crie : « Rappelle-toi qu’il n’est pas ta fatalité. Rappelle-toi que tu es projetée en ce moment dans l’abîme et quand tu touches le fond, tu seras fracassée en mille morceaux. Sentir la mort est plus apaisant qu’attendre la mort. Donc il vaut mieux mourir debout. »

Cette voix te charme, tu te dis qu’il faudra briser tes chaînes, ton cœur bat à tout rompre, tu prends ton courage à deux mains, tu ouvres la porte de la maison et cours dehors. La liberté t’enivre, tu es transportée ailleurs. Tu regardes derrière toi et tu le trouves en train de te poursuivre. Il ne lâchera pas prise, et dans ce combat tous les moyens sont permis. Il a peur, il s’affole. Tu lui échappes. Il est « petit ». Tu souris et tu rêves de beaux lendemains. Il revient à la charge, te promet de changer, t’avertit des dangers que tu auras à affronter toute seule, te dit qu’il t’aime et qu’il te protégera et que tu n’as que lui, lui qui est ton identité et ta sécurité. Tu le crois encore une fois, tu crois en ses bonnes intentions. Tu espères qu’il changera.

Illusion.

Pour avoir osé le défier, il serrera davantage la corde autour de ton cou et multipliera les paroles mielleuses et menaçantes. Résignée, tu baisses la tête, le monde t’a abandonnée. Fini. Tu n’as plus de force. Tu te traînes. Tu es morte-vivante. Face au danger, tu plonges dans un état de dissociation traumatique. C’est une forme de sidération. Une sorte d’anesthésie. Tu vis dans ta bulle. Tu as l’impression d’être morte. Tu ne sens plus les coups. Même le dernier qui t’a déchiquetée ne réussit pas à te faire sortir de ta torpeur. Victime, tu ressens un sentiment d’étrangeté, tu as l’impression d’être à distance des événements. Paralysie totale. Tu ne réagis plus. Tu optes pour l’évitement. Tu as choisi ta stratégie de survie. Tu ne retrouves plus ta dignité ni ton estime. Tu vis dans la dépendance. Tu es inerte. Tu respires et c’est tout. Tu te traînes comme un zombie. Tu es vidée de tes forces. Sans substance, sans volonté. Tu t’abandonnes au désespoir. Tu t’adaptes au désespoir. Et tu te réveilles chaque matin pour souffrir, incapable de lui faire face. Ta lutte prend fin. Il a gagné.

Cependant, tu n’es pas victime de violence conjugale. Tu es victime d’un système sectaire abominable à la tête duquel se trouve une classe politique perverse qui te possède et abuse de toi, parce que tu as vécu un conditionnement, parce que tu crois te préserver de l’inconnu, parce que tu as peur, tout simplement.

Ne te flagelle pas. Ne sois pas dure envers toi-même. Tu as besoin de récupérer tes forces et surtout rappelle-toi qu’il s’agit d’une guerre. N’oublie pas que les combats se vivent dans le quotidien. Ils te craignent. Ils t’ont vue révoltée. Ils savent au fond d’eux-mêmes que tu n’es plus docile et obéissante. Ils sont vieux et ils succomberont.

Sourire.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Tu as un partenaire qui te maltraite, qui te domine, qui te violente et qui te dicte. Votre histoire est symptomatique de l’installation progressive d’une relation d’emprise. La violence s’est aggravée et s’est implantée dans ton quotidien. Depuis le début. C’est une relation toxique qui s’est installée graduellement et il a su mettre en place des moyens pour acquérir cette...

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