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Bande dessinée

Za Legras, entre « confineries » et confiseries tripolitaines

Au cœur d’el-Mina, dans l’agglomération de Tripoli, vivent Olivier Garro, son épouse Anne et leur chat. Le 16 mars, à la suite de la pandémie de Covid-19, un confinement général est décrété. Garro, alias Za Legras, décide de tenir un journal. Trois mois plus tard, sa BD, « La Confinerie orientale », est achevée, mais attend un financement pour être publiée.

Za Legras, entre « confineries » et confiseries tripolitaines

« La Confinerie orientale » d’Olivier Garro, alias Za Legras. Photos DR

Que l’on soit assis par terre chez le libraire ou confortablement installé dans un fauteuil, lire une bande dessinée nous rapproche de son auteur et nous entraîne dans les méandres graphiques, géographiques et narratifs de son univers. À 56 ans, Za Legras avoue avoir eu plusieurs vies avant de s’adonner à sa passion, la BD. « La vraie richesse, dit-il, c’est de faire ce qui nous plaît dans la vie. » Après avoir été ingénieur et professeur des écoles, après avoir fait le tour du monde, il décide en 2018 de suivre sa femme engagée comme professeure au lycée de Tripoli. Pour y avoir vécu de 2006 à 2010, le Liban, il le connaissait déjà et l’aimait. Le voilà de retour. Et lorsque le confinement général est décrété le 16 mars dernier, il décide de tenir un journal. Aujourd’hui, sa bande dessinée est achevée, mais attend un financement collaboratif pour prendre le chemin de l’imprimerie.

Selon son auteur, La Confinerie orientale raconte l’histoire de « vraies gens » sans que jamais ses personnages ne se rapprochent de superhéros. Za Legras regarde autour de lui, et ce qu’il voit, il le raconte. Comme pour Depardon au cinéma, c’est évidemment le regard qui change tout. Il croque ses voisins, ses amis, les commerçants de son quartier, son épicier aux étalages vides, le marchand de journaux que plus personne n’achète, le légumier qui ne propose plus que des laitues déprimées, sa famille, son chat et les copains du chat. Enfermé comme tout le monde, certes, il tient la BD pour une pratique d’une grande liberté et traite les événements historiques à l’échelle humaine. Et de confier : « Au départ, tout a commencé comme un blog. » « C’était, dit-il, ma façon de tenir au courant nos amis et parents à l’étranger de ce que le Liban en général et nous en particulier traversions. Outre le Covid-19 qui touchait le monde entier, le Liban vivait une révolution qui avais pris son départ en octobre 2019, suivie d’une crise économique où la livre libanaise s’est effondrée pendant que politiciens et dirigeants faisaient fi du peuple. Vinrent ensuite le confinement, la pauvreté, la misère, suivis au final par l’explosion du 4 août. Tout cela a nourri mon histoire. »


Za Legras, fervent lecteur de « L’Orient-Le Jour »...


Un avant et un après

Son histoire est divisée en quatre parties. Le monde d’avant, le confinement, ou la « confinerie » qui dure 42 jours et autant de pages, la « déconfinerie » sur 65 jours et 40 pages pour se poursuivre finalement avec la réouverture de l’aéroport, quand Za Legras, sa femme et leur chat peuvent rentrer en France, et enfin, la dernière partie, le monde d’après.

L’auteur donne à ses lecteurs quelques éclaircissements sur cette petite partie du monde et pourquoi il y réside avec son épouse. « Ici, dit-il, vous vous sentez vraiment en Orient ; marchands de café ambulants, hammams, souks… Contrairement à Beyrouth la capitale, qui a perdu toute son identité ! La plupart des monuments de Tripoli n’ont pas été touchés par la guerre civile, pour le plus grand bonheur des habitants. Tripoli est restée une ville très commerçante, avec de nombreuses boutiques d’artisanat. Les plus grandes empreintes historiques ont été laissées par les Mamelouks, aux XIVe-XVe siècles, à travers de superbes mosquées, madrassas et mausolées. Ce sont ces strates de l’histoire que nous aimons, et cette richesse de culture et de traditions qui nourrit notre quotidien et nos rétines. » Dans la deuxième partie, place au confinement. Pendant que Za Legras dessine, le chat fait son chat, Anne son épouse fait ses courses, les hommes politiques se disputent et font les malins, le courant électrique fait des siennes (12 heures de coupure par jour), mais cela n’empêche pas les fumeurs de narguilé de se retrouver autour d’une partie de cartes dans le café. Un homme est abattu dans la nuit. On ne dort plus…

On se déconfine dans la troisième partie, on assiste à la plongée de la livre libanaise, à l’inflation galopante et à l’effondrement de l’économie. L’histoire se termine avec la terrible double explosion dans le port de Beyrouth, ce triste 4 août qui anéantit ce qui reste comme petite lueur d’espoir pour un peuple maudit.

Du noir, du blanc et la Méditerranée

Za Legras a d’abord opté pour le noir et blanc durant la période confinée, et il a introduit petit à petit les couleurs : « J’ai choisi celles qui rappellent les couleurs de la Méditerranée, du bleu, du vert, des couleurs parfois brutales, parfois nuancées, mais surtout très contrastées. » Des contrastes et des oppositions qui sont peut-être pour le bédéiste ce qui déterminait le plus le Liban, qui ajoute : « J’ai pris le parti d’utiliser peu de couleurs dans le livre, et encore moins par chapitre, pour insister sur la violence que les Libanais subissent sans arrêt, et rendre compte de la morosité et du désespoir. »

Lors du confinement, Za Legras a réussi à s’installer dans une routine productive, à combattre l’ennui par la créativité, à faire fi de la technologie, et bien qu’il ne soit que de passage au Liban, à être solidaire d’un peuple qui n’est pas le sien pour porter son histoire et la revendiquer sur un ton vif et humoristique, même si le sujet est grave et tragique.

La Confinerie orientale sera publiée en décembre prochain par la microédition Ruedes.Marinières.org dont c’est la première BD aussi ambitieuse. La réalisation de l’édition fait l’objet d’un appel à financement participatif (crowdfunding) sur https://fr.ulule.com/confineries jusqu’au 3 novembre.


Que l’on soit assis par terre chez le libraire ou confortablement installé dans un fauteuil, lire une bande dessinée nous rapproche de son auteur et nous entraîne dans les méandres graphiques, géographiques et narratifs de son univers. À 56 ans, Za Legras avoue avoir eu plusieurs vies avant de s’adonner à sa passion, la BD. « La vraie richesse, dit-il, c’est de faire ce qui...

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