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La thaoura, un an après

L’esprit du citoyen solidaire est-il le produit de la thaoura ?

Si les militants louent en chœur la solidarité dont le peuple libanais a fait preuve dernièrement, ils estiment en revanche qu’il est temps pour l’État de sortir de son incurie.

L’esprit du citoyen solidaire est-il le produit de la thaoura ?

Jeunes volontaires dans les zones sinistrées. Photo PNUD

Jusque-là, 2020 a été l’année de toutes les catastrophes au Liban. Dernières en date, les explosions meurtrières du 4 août dernier qui ont fait près de 200 morts et plus de 6 000 blessés. Dès le lendemain du cataclysme, des dizaines de personnes ont spontanément débarqué dans les quartiers sinistrés, balais en main, pour prêter main-forte à ceux qui avaient tout perdu. Nombreux sont ceux qui parmi eux avaient activement pris part au mouvement de contestation du 17 octobre dernier. Forts de leur connaissance du terrain et d’un esprit d’entraide développé au fil des mois, ils ont transformé les tentes de la « thaoura » au centre-ville de Beyrouth en un point de relais pour toutes les personnes désireuses de venir en aide aux riverains sinistrés.

Maroun Karam, la vingtaine, fait partie de ces jeunes qui militent depuis le début du soulèvement populaire. Après avoir activement pris part à la contestation, il s’est lancé dans la distribution d’aides humanitaires, avant de fonder avec un ami l’ONG Baytna Baytak qui s’est chargée d’aider les médecins à se loger près de leur lieu de travail lorsque le Covid-19 s’était déclaré dans le pays. Après l’explosion et par la force des choses, Maroun s’est laissé entraîner dans la réhabilitation de centaines d’habitations endommagées dans le secteur du port.

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« Lorsque la thaoura a commencé, nous nous sommes lancés dans la distribution d’aides alimentaires et médicales. Lorsque la pandémie s’est déclarée, beaucoup de gens nous ont contactés pour loger des médecins et infirmiers chez eux. Ce n’est donc pas vrai que les gens ont peur les uns des autres au Liban. Il y a une véritable solidarité dans le pays », assure le jeune homme. « La catastrophe du 4 août et, avant elle, le soulèvement populaire ont montré à quel point les Libanais peuvent être proches les uns des autres. On essaie toujours de nous séparer au moyen de discours confessionnels. Mais dans le fond, personne ne se soucie vraiment de ce genre de choses », confie Maroun à L’Orient-Le Jour.

Comme lui, de nombreux militants qui avaient pris part au mouvement de contestation du 17 octobre dernier se sont mobilisés en faveur des victimes du 4 août, tandis que les autorités brillaient par leur absence. Nombreux sont ceux qui se sont improvisés assistants sociaux ou contremaîtres, en mettant sur pied des opérations de déblaiement, de collecte de fonds, de distribution d’aides alimentaires et jusqu’à mettre en place des chantiers de reconstruction dans les secteurs les plus endommagés.

La jeunesse qui s’est soulevée le 17 octobre 2019 a fait preuve d’un véritable élan de solidarité après les explosions du port. Ici, des manifestants bloquent la route le 14 janvier 2020, au niveau du Ring. Photo Zeina Antonios

Solidarité citoyenne horizontale

Contactée par L’OLJ, une militante de la première heure estime que le soulèvement populaire a bel et bien permis de renforcer la solidarité entre les Libanais, notamment après la catastrophe du port. « Avant les manifestations, beaucoup de personnes n’étaient pas conscientes de la détresse de ceux qui sont contraints de vivre dans la précarité. Le soulèvement populaire a servi à mettre en contact ceux qui sont dans le besoin et ceux qui peuvent leur venir en aide », analyse cette activiste, sous le couvert de l’anonymat.

« Et puis, le 4 août, et alors que les blessés gisaient dans les hôpitaux, la solidarité a repris un nouvel élan. De nombreux blessés n’étaient pas assurés mais avaient besoin d’être opérés sur-le-champ. J’ai lancé des appels sur les réseaux sociaux. Les dons ont commencé à tomber et c’est ainsi que ces personnes ont pu être admises dans les blocs opératoires », raconte cette militante. Elle reconnaît par ailleurs que « l’ampleur de la solidarité citoyenne toutes confessions et régions confondues, marque l’incurie des autorités ».

Pour le sociologue Melhem Chaoul, les Libanais ont toujours fait preuve d’un « esprit civique, même lors de la guerre civile ». « Ce que l’insurrection du 17 octobre a introduit, c’est une solidarité citoyenne horizontale, ouverte sur toutes les régions et sur l’ensemble du territoire libanais. Ce décloisonnement est l’aboutissement d’un mûrissement de la population, depuis la fin de la guerre et jusqu’à l’insurrection », analyse M. Chaoul.

Une jeune femme, drapeau libanais en main, photographiée le 24 octobre 2019 devant une devanture brisée lors des manifestations. Photo Ibrahim Amro/AFP

« Les gens étaient unis »

Hala Dahrouge, militante et fondatrice de la plate-forme d’entraide sociale et humanitaire Liban Troc, se rappelle avec émotion le 17 octobre 2019. « Ce jour-là, j’ai senti que les gens étaient unis. Leur frustration avait disparu », confie-t-elle. « Quelques jours plus tard, la photo d’une femme qui proposait de vendre un de ses reins pour subvenir à ses besoins a fait le tour des réseaux sociaux. J’ai tout fait pour la contacter et on a finalement réussi à l’aider. Il y avait également ce jeune homme qui avait perdu une jambe et dont une photo a circulé sur le web où on le voyait en train de nettoyer à Tripoli après une manifestation. Un médecin a proposé de lui offrir une prothèse gratuitement. On a réussi à le retrouver et il a pu avoir sa prothèse », raconte Hala, non sans émotion.

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Hala Dahrouge a monté la plate-forme Liban Troc fin 2019. Rapidement, elle s’est retrouvée à gérer un des plus grands réseaux d’entraide et de solidarité du pays. Si l’idée de départ était de faire du troc pour faire face à la crise, les volontaires ont commencé à reloger des sans-abri, distribuer de l’aide alimentaire, aider des gens à se faire hospitaliser, ou encore récemment réhabiliter des habitations détruites par les explosions du port. Si Hala est heureuse de voir à quel point les Libanais peuvent être unis, elle se dit quand même fatiguée de l’absence des autorités. « Certes, je suis contente quand je vois qu’on arrive à aider tous ces gens. Mais la demande augmente et, au final, nous avons besoin d’un État digne de ce nom », lance-t-elle.

Cet élan de solidarité est certes louable, indique pour sa part Chaoul, mais le plus important est qu’il réussisse à perdurer malgré les clivages politiques et religieux. « Ce qui me fascine, c’est la rapidité avec laquelle on voit la solidarité corollaire émerger. Mais elle est menacée en permanence par les vieux démons de la domination du pays par une communauté armée. De plus, la classe politique libanaise a la capacité de se régénérer malgré tout », analyse le sociologue.

« Il est important que le citoyen solidaire sorte des espaces urbains et du littoral. Il faut vraiment aller vers l’intérieur du pays, là où les solidarités verticales et traditionnelles sont encore fortes, et où les allégeances politiques sont légion », conclut-il.


Jusque-là, 2020 a été l’année de toutes les catastrophes au Liban. Dernières en date, les explosions meurtrières du 4 août dernier qui ont fait près de 200 morts et plus de 6 000 blessés. Dès le lendemain du cataclysme, des dizaines de personnes ont spontanément débarqué dans les quartiers sinistrés, balais en main, pour prêter main-forte à ceux qui avaient tout perdu....

commentaires (2)

Les libanais ont tout donné depuis trente ans. Ils ont fini par mettre leurs tripes sur la table et les vendus ne sont toujours pas satisfaits et exigent leur âme. Les pays complices continuent à collaborer avec leurs soit disant ennemis de toujours tout en leur ouvrant un boulevard pour pouvoir continuer leurs massacres du pays et du peuple alors qu’ils ont la solution en mains et refusent de s’en servir rejetant la faute sur le peuple libanais qui se retrouve prisonnier des conflits qui ne le concernent pas mais servent de monnaie d’échange pour pour arriver à leurs fins. Ainsi les E.U invitent les vendus dans les négociations et les forcent à pactiser malgré leur nez avec leur soit disant ennemi contre on ne sait toujours pas quoi. Le marchandage continue et l’agonie du pays et de son peuple aussi. Les tenants du pouvoir continuent leur bagarres de cours de récré de maternelles, et sont à mille lieux de l’intérêt du pays. Tout ce qui les intéresse c’est marquer des points sur le camp adverse, avoir le dernier mot et garder le pouvoir. Le peuple et le sort du pays ne font partie de leur monde, ils sont entre eux.

Sissi zayyat

17 h 50, le 16 octobre 2020

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Commentaires (2)

  • Les libanais ont tout donné depuis trente ans. Ils ont fini par mettre leurs tripes sur la table et les vendus ne sont toujours pas satisfaits et exigent leur âme. Les pays complices continuent à collaborer avec leurs soit disant ennemis de toujours tout en leur ouvrant un boulevard pour pouvoir continuer leurs massacres du pays et du peuple alors qu’ils ont la solution en mains et refusent de s’en servir rejetant la faute sur le peuple libanais qui se retrouve prisonnier des conflits qui ne le concernent pas mais servent de monnaie d’échange pour pour arriver à leurs fins. Ainsi les E.U invitent les vendus dans les négociations et les forcent à pactiser malgré leur nez avec leur soit disant ennemi contre on ne sait toujours pas quoi. Le marchandage continue et l’agonie du pays et de son peuple aussi. Les tenants du pouvoir continuent leur bagarres de cours de récré de maternelles, et sont à mille lieux de l’intérêt du pays. Tout ce qui les intéresse c’est marquer des points sur le camp adverse, avoir le dernier mot et garder le pouvoir. Le peuple et le sort du pays ne font partie de leur monde, ils sont entre eux.

    Sissi zayyat

    17 h 50, le 16 octobre 2020

  • J'ai envie de dire, parodiant Péguy: "O peuple libanais, on te dit léger, mais moi, dit Dieu, je me t'ai point trouvé léger en charité"

    Yves Prevost

    07 h 11, le 16 octobre 2020