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ÉCLAIRAGE

En Irak, les milices chiites jouent la carte de l’apaisement face aux USA

La coalition paramilitaire du Hachd al-Chaabi et l’alliance pro-iranienne du Fateh craignent le retour de bâton américain.

En Irak, les milices chiites jouent la carte de l’apaisement face aux USA

Défilé de la milice Kataëb Hezbollah – l’une de celles qui composent la coalition paramilitaire du Hachd al-Chaabi – à Bagdad, le 31 mai 2019. Ahmad al-Rubaye/AFP

Quelle mouche a donc piqué les Forces de mobilisation populaire (PMF) – coalition paramilitaire soutenue par l’Iran – et leur bras politique, l’Alliance du Fateh – deuxième bloc parlementaire à siéger à l’Assemblée irakienne depuis les élections législatives de 2018 –, pour qu’ils s’empressent de publier des communiqués officiels allant dans le sens d’un apaisement des relations avec Washington dans le pays ?

Le Hachd al-Chaabi s’est ainsi fendu d’une déclaration jeudi dans laquelle il affirme faire partie des forces militaires officielles et répondre aux ordres du commandement en chef des forces armées, précisant que son leadership n’est pas responsable de l’utilisation de son nom à des fins suspectes, telles que la conduite d’opérations ou d’activités militaires illégales contre des intérêts civils nationaux ou étrangers.

De son côté, l’Alliance du Fateh affirme son « rejet et sa condamnation de toute attaque visant des missions diplomatiques et des institutions officielles », ajoutant que « ces actions affaiblissent l’État et sapent son prestige, chose inacceptable qui mène à des résultats dangereux ». Les termes paraissent relever d’un virage politique à 180 degrés tant ils tranchent avec les multiples déclarations précédentes du leader de l’Alliance – Hadi el-Amiri –, également chef de la puissante milice pro-iranienne Badr. L’homme avait appelé à l’unité de toutes les factions irakiennes pour bouter les troupes américaines hors du pays, dans le sillage de l’élimination par un raid américain à Bagdad de l’ancien commandant en chef de l’unité al-Qods au sein des gardiens de la révolution iranienne, Kassem Soleimani, et d’Abou Mahdi al-Mohandis, ancien leader de facto des PMF.

Ces initiatives interviennent alors que l’Irak a connu au cours des semaines précédentes un regain d’attaques – de manière quasi quotidienne – ciblant l’ambassade des États-Unis, les troupes américaines stationnées dans le pays et les forces et intérêts d’autres États participant à la coalition globale contre l’État islamique. Si le Premier ministre irakien, Moustafa Kazimi, avait fait de la lutte contre les milices affiliées à Téhéran l’un des objectifs de son mandat, ses tentatives se sont, pour l’heure, avérées vaines.

« Faire monter la violence crescendo »

Selon plusieurs sources citées par la presse irakienne, le changement de cap du bloc pro-iranien fait suite à des menaces proférées par Washington contre Bagdad lors d’un appel téléphonique entre le secrétaire d’État Mike Pompeo et le président Barham Saleh ainsi qu’à une rencontre entre M. Kazimi et les forces politiques chiites durant laquelle il les aurait informées d’un risque de sanctions américaines.

Est-ce pour cela que le chef des PMF, Faleh el-Fayad, a donné l’ordre de limoger Hamed el-Jazaery et Waad Qaddo – respectivement à la tête de la 18e et de la 30e brigade au sein de la coalition – de leurs postes ? Le premier est accusé par les contestataires irakiens ayant pris part au soulèvement populaire déclenché en octobre 2019 d’avoir activement contribué à la répression contre les manifestants. Le second fait déjà l’objet de sanctions américaines depuis juillet 2019 pour des violations graves des droits humains commises notamment dans la plaine de Ninive. La démarche du leadership du Hachd al-Chaabi apparaît comme un moyen de calmer les ardeurs de Washington.

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Car c’est un double ultimatum que posent les États-Unis. Le premier est militaire. D’après des sources citées par le média irakien al-Aalem al-Jadeed, M. Pompeo aurait confirmé l’échec du Premier ministre à mettre en œuvre les promesses relatives à la limitation des attaques de missiles contre les convois militaires des forces de la coalition et affirmé que les États-Unis se chargeraient seuls du dossier si rien n’était fait en ciblant eux-mêmes les factions mises en cause, leurs chefs et leurs dépôts d’armement. Le second est économique. « Barham Saleh a rapporté la menace et dit que quand les États-Unis se retireront d’Irak, ils ne le soutiendront pas dans sa demande d’aide internationale ou auprès de la Banque mondiale et le laisseront en supporter les conséquences si les attaques de missiles sur les bases militaires américaines et autres ne s’arrêtaient pas », confie une source proche des PMF à L’Orient-Le Jour.

Washington aurait en outre menacé de proroger pour la dernière fois la dérogation irakienne permettant encore à Bagdad d’importer du gaz iranien – sans subir les sanctions imposées à l’Iran –, crucial pour ses réseaux électriques délabrés. Or l’Irak traverse aujourd’hui une grave crise économique fruit d’une mauvaise gestion de longue date, de l’effondrement des prix du pétrole et de la pandémie liée au coronavirus. Plus que jamais, Bagdad a besoin d’investissements extérieurs, l’un des points du dialogue stratégique irako-américain lancé au mois de juin pour non seulement renouveler les contours de la coopération sécuritaire mais également économique.

Faut-il croire que ce repositionnement de l’Alliance du Fateh et des PMF mènera à une baisse spectaculaire des attaques dans les jours et semaines à venir contre des cibles américaines ? La question se pose d’autant plus que Washington retire progressivement ses troupes du pays.

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« Ceux qui commettent ces attaques n’écoutent ni la direction du Fateh ni celle des PMF. Les attaques en question proviennent de factions qui ne relèvent pas de l’autorité des PMF, ni de manière administrative ni de manière organisationnelle », commente pour L’Orient-Le Jour Fadel Abou Ragheef, expert stratégique irakien spécialisé dans les questions liées au terrorisme et aux groupes extrémistes. « Ces factions cherchent à envoyer un certain nombre de messages dont beaucoup sont liés à un pays voisin de l’Irak, avec le pari de faire monter la violence crescendo pour accomplir des objectifs qui n’ont aucun rapport avec les intérêts du pays », précise-t-il.

Tous les acteurs de l’union sacrée contre Washington scellée après la mort de Soleimani semblent à présent se renvoyer la patate chaude, Moqtada al-Sadr inclus. « Personne ne peut arrêter ces attaques, sauf sayyed Moqtada al-Sadr car il est le seul qui puisse contrôler ces personnes, quand bien même elles ne sont pas affiliées à lui », avance la source proche des PMF. Le puissant clerc chiite s’est pourtant fendu mercredi d’un tweet explicite accusant directement la coalition paramilitaire d’être responsable des attaques et appelant à œuvrer pour l’indépendance de l’Irak. « Les actions de certains groupes armés affiliés aux PMF affaiblissent l’Irak et (...) renforcent les puissances externes, au premier rang desquelles le grand Satan américain », a-t-il écrit, façon habile de se faire à la fois le chantre de l’apaisement, de la lutte contre Washington et du nationalisme chiite.


Quelle mouche a donc piqué les Forces de mobilisation populaire (PMF) – coalition paramilitaire soutenue par l’Iran – et leur bras politique, l’Alliance du Fateh – deuxième bloc parlementaire à siéger à l’Assemblée irakienne depuis les élections législatives de 2018 –, pour qu’ils s’empressent de publier des communiqués officiels allant dans le sens d’un...

commentaires (1)

oui bon ! qu'est ce qui les empecherait de "revenir" sur leurs paroles et meme sur leurs actions des derniers jours ? RIEN. suffirait du mot d'ordre du vali fakih ! nous en savons qq chose nous autres au liban.

gaby sioufi

10 h 21, le 26 septembre 2020

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Commentaires (1)

  • oui bon ! qu'est ce qui les empecherait de "revenir" sur leurs paroles et meme sur leurs actions des derniers jours ? RIEN. suffirait du mot d'ordre du vali fakih ! nous en savons qq chose nous autres au liban.

    gaby sioufi

    10 h 21, le 26 septembre 2020