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Patrimoine

Une contribution d’ALIPH pour parer au plus urgent

Trois grands responsables d’institutions internationales ont tenu une conférence mardi 15 septembre au musée Sursock pour lancer les premières mesures d’urgence permettant de réduire la dégradation des bâtiments patrimoniaux.

Une contribution d’ALIPH pour parer au plus urgent

De gauche à droite : Zeina Arida (musée Sursock), Marie-Laure Lavenir,(ICOMOS), Sarkis Khoury (directeur général des Antiquités), Peter Keller (ICOM) et Valéry Freland (ALIPH). Photo Michel Sayegh

Après avoir mobilisé la communauté internationale en prenant l’initiative de la « Déclaration de solidarité avec le Liban et de soutien à la réhabilitation du patrimoine culturel endommagé de Beyrouth », signée par une trentaine de grandes institutions culturelles, l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones en conflit (ALIPH), fondation basée à Genève et créée à l’initiative de la France et des Émirats arabes unis, apporte à présent une aide concrète : un montant d’un million de dollars (sur les cinq millions prévus) a été débloqué pour faire face à l’urgence. « Notre objectif est de financer le plus rapidement possible des mesures concrètes, opérationnelles, de protection et de restauration du patrimoine endommagé, afin notamment d’éviter que la prochaine saison des pluies ne le fragilise plus encore », a déclaré le directeur exécutif d’ALIPH, Valéry Freland. L’organisation coordonne le décaissement de ce fonds avec la Direction générale des antiquités (DGA), l’Institut français du Proche-Orient (IFPO) et l’École supérieure des affaires (ESA), a-t-il souligné.Cette annonce a été faite mardi au musée Nicolas Sursock, lors d’une conférence commune donnée par M. Freland avec le directeur général du Conseil international des musées (ICOM) Peter Keller, la directrice générale du Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS) Marie-Laure Lavenir, le directeur de la DGA Sarkis Khoury et la directrice du musée Sursock Zeina Arida.

Voici comment le million sera dépensé

Le premier million de dollars a été réparti comme suit :

– 200 000 dollars pour réhabiliter en urgence des infrastructures du musée national de Beyrouth et du siège de la DGA, réalisée en action conjointe avec le musée du Louvre.

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– 500 000 dollars octroyés pour assurer dans une première étape les travaux d’urgence du musée Sursock, notamment l’étanchéisation de son bâtiment, durement affecté, avec la participation de l’Arab Fund for Arts and Culture (AFAC).

– 100 000 dollars pour la réhabilitation d’urgence des portes, fenêtres, sculpture en bois doré et plafonds de la cathédrale Saint-Georges des grecs-orthodoxes du centre-ville de Beyrouth, en partenariat avec la DGA, l’ESA et l’IFPO.

– 120 000 dollars pour consolider les structures d’une dizaine de constructions historiques dans les quartiers de Rmeil et Medawar, qui menacent de s’écrouler avec les premières pluies, en partenariat avec la DGA et l’IFPO.

– 70 000 dollars pour l’évaluation technique des dommages et activités de premiers secours pour environ 20 institutions dont des musées, bibliothèques et archives. Une opération réalisée grâce à une action conjointe avec le Fonds néerlandais Prince Claus pour la culture et le développement et l’antenne libanaise du réseau international Bouclier bleu.

– 10 000 dollars accordé par ALIPH pour le musée archéologique de l’Université américaine. Si le bâtiment n’a pas été épargné par l’explosion du 4 août, avec notamment des portes cassées et des fenêtres brisées, plus grave, une vitrine contenant 74 pièces de verre archéologiques est tombée sous le souffle de l’explosion, se brisant en mille morceaux. La conservatrice du musée Nadine Panayot a contacté l’Institut national du patrimoine (INP) à Paris, afin d’organiser une mission spéciale pour la récupération de ces objets. L’expert en verre de l’INP est arrivé à Beyrouth le 4 septembre et la phase de récupération a débuté le 7 septembre.

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« Ces projets sont soumis à notre comité scientifique et peuvent faire l’objet d’expertise technique complémentaire. Ils doivent garantir la transparence de la gestion des fonds, et chaque opérateur fait ainsi l’objet d’une “due diligence” », a souligné Valéry Freland. Pour la mise en œuvre de cette première enveloppe, ALIPH sera particulièrement attentive aux principes d’urgence, d’efficacité et de coordination mentionnés lors de la Conférence internationale de soutien et d’appui à Beyrouth et au peuple libanais, et au caractère concret des projets qui lui seront soumis via sa plateforme https://aliph.smartsimple.ie/.

Réhabiliter tous les quartiers

En parallèle, ALIPH compte amplifier son action en contribuant à la stabilisation de maisons historiques et à la réhabilitation d’autres musées et établissements culturels, parmi lesquels figurent le musée de la Préhistoire et la bibliothèque orientale de l’Université Saint-Joseph. Des mesures d’urgence seront également prises pour la sauvegarde du palais de Lady Yvonne Sursock Cochrane, disparue il y a peu. « Mais la conservation d’autres maisons patrimoniales de Beyrouth demeure pour nous la priorité et il reste beaucoup à faire, pour les protéger avant la prochaine saison des pluies », a indiqué M. Freland. Dans cette perspective, ALIPH travaille en étroite collaboration avec tous les acteurs du secteur, notamment l’ICOM. « Au-delà de ces mesures d’urgence, nous devons également travailler avec la communauté internationale et les Libanais à la réhabilitation durable de quartiers entiers : cela demandera plus de temps et de moyens », a observé Valéry Freland.

De gauche à droite : Sarkis Khoury (directeur général des Antiquités), Marie-Laure Lavenir,(ICOMOS), Zeina Arida (musée Sursock), Peter Keller (ICOM) et Valéry Freland (ALIPH). Photo Michel Sayegh

« Adopter » une maison

De même, le directeur général de la DGA, Sarkis Khoury, a souligné que selon le diagnostic établi par les architectes de Beirut Built Heritage Rescue 2020, quelque 200 habitations présentant une imminence de péril nécessitaient une intervention d’extrême urgence. Très affectées, 45 de ces bâtisses doivent être consolidées rapidement pour éviter l’effondrement. 55 autres requièrent un étaiement partiel en attendant leur restauration. Une centaine d’autres, aux toitures détruites, sont exposées aux intempéries et l’urgence aujourd’hui est de les couvrir. Mais le coût de ces travaux dits de pré-reconstruction avoisine les 20 millions de dollars. Une somme non disponible. « C’est pourquoi nous avons besoin de la générosité de tous et toutes », a précisé le directeur général de la DGA, exhortant les Libanais à contribuer à la renaissance des quartiers historiques de la capitale. À cet effet, il propose à tout un chacun d’« adopter une maison ou un bâtiment et de prendre en charge sa restauration, selon les règles de l’art établies par l’Unesco et l’ICCROM (Centre d’études pour la conservation et la restauration des biens culturels) ». Rappelons que les premières études réalisées par la DGA et le Beirut Built Heritage Rescue 2020, en association avec plusieurs institutions internationales (Unesco, ICCROM, ICOM, ICOMOS, IFLA, Bouclier bleu, Institut français du Proche-Orient, etc.), ont établi qu’environ 700 maisons ou bâtiments patrimoniaux avaient été endommagés par les explosions du 4 août, estimant que le coût de leur reconstruction pourrait atteindre quelque 300 millions de dollars.

Processus long et complexe

La directrice générale du Conseil international des monuments et des sites, Marie-Laure Lavenir, a, pour sa part, expliqué que dans cette première phase, ICOMOS travaille sur la collecte d’archives et de documentation, ainsi qu’au recensement et à l’évaluation des dégâts, afin d’établir un plan général de sauvetage. Elle a également annoncé qu’ICOMOS International vient de débloquer un soutien financier exceptionnel pour permettre à son antenne libanaise de renforcer ses moyens logistiques et administratifs, et soutenir les jeunes bénévoles qui l’aident en ce moment. Le Conseil mobilise aussi son réseau mondial d’experts en vue d’organiser un partage d’expériences concrètes avec les Libanais. Selon Mme Lavenir, toutes les expériences enseignent qu’« un processus de reconstruction est toujours long et complexe, et qu’il recouvre bien davantage que la pure reconstruction physique et matérielle puisque c’est aussi une réalité sociale qui doit reprendre vie. Pour réussir, il est important que le processus soit inclusif, c’est-à-dire qu’il associe l’ensemble des parties prenantes, la population locale – les habitants mais aussi ceux qui travaillent dans les quartiers – étant appelée à jouer un rôle-clé ».

L’histoire et l’identité d’une nation

De son côté, le Conseil international des musées (ICOM), en coordination avec ALIPH, mobilise ses équipes et comités pour évaluer les besoins et apporter son aide. Sa coordinatrice Protection du patrimoine, Elsa Urtizverea, est arrivée au Liban quatre jours après la déflagration pour contacter les équipes des musées touchés, obtenir des informations et voir comment les soutenir. « Cette mission a été possible grâce à la réactivité et à la disponibilité de Suzy Hakimian, présidente d’ICOM Liban », a souligné le directeur général de l’ICOM Peter Keller, ajoutant que Marta Lourenço, présidente du Comité international pour les musées et les collections universitaires a assuré le contact avec le musée de la Préhistoire libanaise de l’USJ et le musée archéologique de l’AUB. À la suite des rencontres avec les directrices de ces musées, la coopération s’est immédiatement mise en place, d’une manière efficace. Peter Keller affirme que la mission de l’ICOM s’inscrira dans une perspective plus longue. « La réhabilitation des musées de Beyrouth prendra du temps, et nous serons à leurs côtés tout au long de ce chemin. Un musée ne préserve pas seulement des collections, mais transmet aussi l’histoire et l’identité d’une nation ou d’une ville aux générations futures du monde. Les musées de Beyrouth, qui sont d’une richesse sans pareille, jouent un rôle primordial pour la cohésion sociale et le dialogue interculturel. »


Après avoir mobilisé la communauté internationale en prenant l’initiative de la « Déclaration de solidarité avec le Liban et de soutien à la réhabilitation du patrimoine culturel endommagé de Beyrouth », signée par une trentaine de grandes institutions culturelles, l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones en conflit (ALIPH), fondation...

commentaires (2)

bravo! rappel :demain 19 septembre concert de MIKA en soutien au Liban ;aller sur internet pour voir les conditions J.P

Petmezakis Jacqueline

12 h 54, le 18 septembre 2020

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Commentaires (2)

  • bravo! rappel :demain 19 septembre concert de MIKA en soutien au Liban ;aller sur internet pour voir les conditions J.P

    Petmezakis Jacqueline

    12 h 54, le 18 septembre 2020

  • AU LIBAN IL EST URGENT DE SAUVER L,HOMME AVANT LA MATIERE. L,HEMORRAGIE DE L,EMIGRATION POUR SURVIVRE FRAPPE TRES DUREMENT LES CITOYENS LIBANAIS ET CEUX QUI RESTENT SONT CONDAMNES A LA FAIM ET A L,AGONIE PAR LES PREDATEURS BANQUIERS ET LES CORROMPUS VOLEURS ET INCOMPETENTS QUI SONT TOUJOURS AU GOUVERNAIL.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    11 h 55, le 18 septembre 2020