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Explosions du port

« Nous, citoyens, sommes l’État et les garants de la mémoire collective »

« Beirut Heritage », une initiative lancée par les architectes et défenseurs du patrimoine pour reconstruire les vieux quartiers d’une capitale en grande partie défigurée.


« Nous, citoyens, sommes l’État et les garants de la mémoire collective »

Un bâtiment historique, détruit par la double explosion au port de Beyrouth, vu de l’intérieur. Anwar Amro/AFP

Pour reconstruire une Beyrouth en grande partie défigurée après la tragédie du 4 août et sauvegarder son patrimoine, la société civile, encore une fois, se retrouve en première ligne et lance « Beirut Heritage Initiative ». Selon le dernier bilan, 730 bâtiments historiques datant de 1860 à 1930 ont été impactés par les deux explosions du port, dont 331 sont dévastés, en particulier dans les quartiers de Medawar, Rmeil, Saïfi et Achrafieh, selon l’architecte Fadlallah Dagher qui affirme que « les spécialistes libanais ont les expériences techniques nécessaires pour les réhabiliter à l’identique ».

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Le principal défi est de se montrer à la hauteur de ce travail titanesque. Le coût de l’opération n’est pas encore défini, l’équipe sur le terrain étant toujours en train de recueillir toutes les données. M. Dagher, représentant de l’ordre des architectes et ingénieurs de Beyrouth et défenseur acharné du patrimoine bâti, a signalé également que 15 entrepreneurs en construction mènent bénévolement des travaux de soutènement urgents sur les structures menacées d’effondrement et, tout récemment, sept autres entrepreneurs ont proposé leurs services. La gravité des dommages engendrés par les explosions ont mobilisé et légitimé l’intervention des ONG du patrimoine et des organismes dans le domaine de l’urgence humanitaire. « Aujourd’hui, nous, citoyens, sommes l’État et les garants de la mémoire collective », a lancé Fadlallah Dagher, au cours d’une conférence de presse donnée conjointement avec les architectes Joy Kanaan et Abdel Halim Jabr, l’ancienne conseillère au ministère de la Culture Lynn Tehini Kassatly et Youmna Karam représentant la Fondation nationale du patrimoine. Dans ce contexte, le programme de travail de « Beirut Heritage Initiative » a été lancé devant un parterre qui a regroupé, à la galerie (dévastée) de Tanit à Mar Mikhaël, experts et organisations non gouvernementales, acteurs principaux de la sauvegarde du patrimoine. Sa mission est de « fédérer les compétences, et l’engagement des spécialistes et volontaires au cœur d’une action unifiée afin de sauver le patrimoine architectural, matériel et immatériel », a dit Lynn Tehini Kassatly. Elle a annoncé qu’un « comité de coordination a été mis en place afin d’assurer la bonne gouvernance de cette initiative sur les plans technique, financier et juridique ». Il est composé de représentants de la Direction générale des antiquités, de l’ordre des architectes et ingénieurs de Beyrouth, du mohafez et de la municipalité de la ville de Beyrouth, de la Direction générale de l’urbanisme et de l’armée libanaise. Ce comité de coordination fonctionnera également en collaboration avec des partenaires stratégiques, à savoir l’ambassade de France par le biais de son chargé de coopération et d’action culturelle.


De gauche à droite : Youmna Karam, Fadlallah Dagher, Lynn Tehini, Joy Kanaan et Abdel Halim Jabr. Photo Michel Sayegh


Ernst & Young pour valider les comptes
Côté technique et opérationnel, participent les experts de Beirut Built Heritage Rescue (BBHR), créé par les diplômés du Centre de restauration et de conservation affilié à l’Université libanaise, faculté des beaux-arts et d’architecture ; l’Icomos, organe consultatif officiel de l’Unesco pour le patrimoine mondial, qui se consacre à promouvoir la méthodologie et la technologie appliquées à la conservation ; l’AUB Neighborhood Initiative, le Conseil international des musées (ICOM), Save Beirut Heritage ainsi que l’Arab Center for Architecture (ACA) qui a pour mission de promouvoir l’architecture moderne entre 1930 et fin 1960.

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« Plus de 30 volontaires et experts ont déjà recensé les dégâts d’une centaine de constructions », signale l’architecte et membre de l’ACA Joy Kanaan. « Malheureusement, ajoute-t-elle, les interventions entreprises à la va-vite sur certaines façades, particulièrement sur les fenêtres, n’ont pas été faites avec les matériaux appropriés ou ne respectent pas le design conçu initialement par l’architecte. »


Beyrouth post-4 août 2020. Anwar Amro/AFP


Afin de mener à bien ce chantier colossal, il était nécessaire d’organiser le travail de Beirut Heritage Initiative autour d’un système de gestion et de contrôle financiers transparents, dont le comité de coordination sera le garant. La Fondation nationale du patrimoine, créée et présidée par Mona Hraoui, sera le partenaire qui offrira son infrastructure à la réception des fonds.

Youmna Karam a annoncé que les dons récoltés pour la reconstruction des bâtiments patrimoniaux seront gérés par la Fondation nationale du patrimoine, et le cabinet d’audit Ernst & Young se chargera de la validation des comptes. « Une utilisation transparente des fonds sera garantie. Nous avons la responsabilité d’honorer cet engagement et nous n’épargnerons aucun effort pour être à la hauteur de la confiance qui nous est témoignée », a ajouté Mme Karam, représentant la fondation.


De gauche à droite : Youmna Karam, Fadlallah Dagher, Lynn Tehini, Joy Kanaan et Abdel Halim Jabr. Photo Michel Sayegh


Réinsérer le tissu local fort et diversifié dans les zones endommagées est une des priorités de l’architecte Abdel Halim Jabr, qui revendique le respect des caractéristiques sociales et urbaines des quartiers historiques. Ces quartiers qui valorisaient le brassage des gens de tous les métiers et de toutes les classes sociales ne seront pas livrés au massacre des spéculateurs.

C’était là l’image du Beyrouth historique.


Pour reconstruire une Beyrouth en grande partie défigurée après la tragédie du 4 août et sauvegarder son patrimoine, la société civile, encore une fois, se retrouve en première ligne et lance « Beirut Heritage Initiative ». Selon le dernier bilan, 730 bâtiments historiques datant de 1860 à 1930 ont été impactés par les deux explosions du port, dont 331 sont...

commentaires (1)

Bravo mille fois bravo. Les soldats de la culture, de la mémoire , sans armes, le cœur et les compétences sur leS bras...!

LeRougeEtLeNoir

08 h 48, le 27 août 2020

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Commentaires (1)

  • Bravo mille fois bravo. Les soldats de la culture, de la mémoire , sans armes, le cœur et les compétences sur leS bras...!

    LeRougeEtLeNoir

    08 h 48, le 27 août 2020