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Patrimoine

ALIPH et le Louvre au secours du musée national

L’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones en conflit débloque une aide d’urgence dans le cadre de la reconstruction de Beyrouth.


ALIPH et le Louvre au secours du musée national

Les façades des bâtiments anciens détruits par la double explosion du 4 août témoignent de l’étendue des dégâts. Montage de photos signées Michel Sayegh.

Le musée du Louvre et l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine en péril (ALIPH) se mobilisent aux côtés de la Direction générale des antiquités (DGA) pour venir en aide à la reconstruction de Beyrouth. Ainsi, ALIPH offre une première enveloppe d’urgence de cinq millions de dollars pour faire face aux besoins les plus pressants, dont 200 000 dollars sont consacrés aux travaux de réhabilitation des locaux administratifs et des réserves du musée national de Beyrouth, sévèrement touchés. Le souffle de l’explosion du 4 août avait causé la destruction des fenêtres et des portes du bâtiment, endommageant considérablement les systèmes de sécurité et laissant le musée et ses collections sous la protection exclusive de gardiens. « Ce premier versement de 200 000 dollars permet d’engager les travaux de réparation dont le coût pourrait atteindre près d’un million de dollars », a indiqué le directeur général des antiquités, Sarkis Khoury, précisant que le reste de cette première enveloppe sera utilisée pour amorcer les interventions de premiers secours au musée Sursock, et consolider les structures des vieilles maisons, dont environ 60 risquent de s’effondrer.

Relevant du ministère de la Culture, la DGA avait soumis à ALIPH un projet d’aide d’urgence intitulé Beirut Assist Cultural Heritage (BACH) – Plan for the recovery of the National Museum and DGA Headquarters.


L’Américain Thomas Kaplan au Louvre, à Paris. Photo AFP/François Guillot


Le programme de la restauration du musée national de Beyrouth sera piloté par le musée du Louvre. À cet effet, l’institution muséale française mobilise l’expertise de ses équipes, notamment celles du Département des antiquités orientales, qui sont déjà sur place à Beyrouth. Selon son communiqué, plusieurs dispositions ont été prises et « un système de régie directe permet au musée du Louvre de gérer lui-même les fonds alloués par ALIPH ». Depuis lundi dernier, 31 août, la DGA et le Louvre finalisent l’état des lieux et le recensement des besoins. « Il s’agit de mener dans une première phase les actions prioritaires d’urgence, pour assurer la sécurisation du bâtiment et des collections », précise le directeur de la DGA.


Les dégâts sur la façade du musée Sursock. Photo Marc Fayad


Ce bâtiment en pierre ocre…

Ce n’est hélas pas la première fois que le musée national est endommagé. Situé rue de Damas, sur la ligne de front séparant les belligérants durant la guerre civile (1975-1997), le bâtiment a subi de lourds dommages, mais l’essentiel de ses collections ont pu être sauvées par les mesures de prévention et d’évacuation prises par le conservateur du musée (de 1962 à 1983) de l’époque, l’émir Maurice Chéhab, qui, au péril de sa vie, a sauvé les trésors archéologiques du vandalisme et des bombardements. Avec son épouse Olga et quelques rares responsables, il recouvre de chapes de béton les pièces archéologiques trop lourdes à déplacer. C’est ainsi que le célèbre sarcophage d’Ahiram, roi de Byblos (1000 avant J-C), qui porte la plus ancienne inscription de l’alphabet phénicien, a pu être sauvé des pillards. De même, des artefacts et la prestigieuse et plus grande collection au monde de sarcophages anthropoïdes ont été soustraits au regard derrière un triple mur en béton, dans le sous-sol du musée. En 1992, Michel Eddé, alors ministre de la Culture et de l’Enseignement supérieur, et l’architecte Camille Asmar, qui venait d’être nommé à la tête de la DGA, appellent à entreprendre la restauration du musée. La Fondation nationale du patrimoine présidée par la Première dame de l’époque, Mona Hraoui, s’attelle alors à collecter les fonds privés pour faire exécuter les travaux. Le musée ouvrira ses portes en grande pompe et en présence de toute la république en novembre 1997. Vingt-trois ans plus tard, Raëd Abillama ajoute sa pierre à l’édifice en signant l’extension destinée aux manifestations culturelles.

Conçu par le doyen de la faculté d’architecture de l’Université Fouad du Caire, et architecte en chef du ministère égyptien de l’Éducation Antoine Sélim Nahas (né au Caire en 1901 et mort à Beyrouth en 1966), et par le grand architecte Pierre Leprince Ringuet (1874-1954), le musée en pierre ocre de style hellénistique a été construit à l’initiative du Comité des amis du musée, formé vers la fin des années 1920 par cheikh Béchara el-Khoury, Premier ministre et ministre de l’Éducation et des Beaux-Arts de l’époque. Le comité était composé, entre autres, d’Alfred Sursock, Jacques Tabet, Georges Corm, Ali Joumblatt, Henri Pharaon, Albert Bassoul, Omar Daouk et Camille Eddé. Le terrain ayant été offert par la municipalité, le musée fut dressé sur une parcelle jouxtant l’hippodrome de Beyrouth. Ouvert au public en 1938, il fut officiellement inauguré en 1942 par le président Alfred Naccache. Son inventaire comprend actuellement quelque 100 000 pièces de collection, dont la plus grande partie provient des fouilles dirigées par la DGA. Plus de 1 800 objets allant de la Préhistoire jusqu’à la période ottomane y sont exposés. Ils racontent 7 000 ans de l’histoire du Liban.


Le musée national en pierre ocre de style hellénistique a été construit à l’initiative du Comité des amis du musée. Photo DR


L’âme de Beyrouth

Le département des antiquités orientales du musée du Louvre entretient depuis longtemps des relations de travail et d’amitié avec ses collègues de la Direction générale des antiquités. Ensemble, ils collaborent sur plusieurs projets, notamment en lien avec le site de Byblos où ils conduisent des fouilles archéologiques. La France et le Liban s’apprêtent, d’autre part, à célébrer en 2021 le centenaire des fouilles à Byblos, où le premier « coup de pioche » sur le site avait eu lieu en octobre 1921 sous la direction de Pierre Montet, qui a découvert le fameux sarcophage d’Ahiram grâce à l’effondrement providentiel d’une falaise. Les excavations se sont poursuivies ensuite sous la direction de Maurice Dunand jusqu’en 1973, avant d’être interrompues par la guerre civile. Le site de Byblos a fait l’objet de recherches archéologiques dès 1860 à l’occasion de la Mission de Phénicie dirigée par Ernest Renan.

Concernant la double explosion du 4 août, quelque 700 bâtiments historiques détruits ou endommagés nécessitent la mobilisation de « moyens considérables », a signalé la directrice de l’Unesco Audrey Azoulay, lors de son passage à Beyrouth le 26 août. L’agence onusienne évalue à 300 millions de dollars le montant nécessaire pour leur réhabilitation. Quant aux écoles endommagées, elles nécessiteront une enveloppe de 22 millions de dollars. Aussi, une conférence organisée par l’Unesco est prévue fin septembre afin « de mobiliser des financements internationaux », avait indiqué Mme Azoulay, signalant par la même occasion que l’Unesco risquait de ne pas être en mesure de collecter d’un coup la totalité des montants. « Mais l’Unesco pourra apporter une expertise, une garantie aussi de transparence et d’intégrité des normes de restauration », a-t-elle ajouté.

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Un historien milliardaire à la tête d’ALIPH

Le milliardaire et philanthrope américain Thomas Kaplan est la tête de la Fondation ALIPH. Diplômé d’histoire d’Oxford, il a fait fortune dans le gaz, le platine et l’or et fondé The Orianne Society, une organisation caritative luttant pour la préservation du serpent indigo, une espèce menacée dans le sud-est des États-Unis. Amoureux des félins, il a également lancé Panthera, une organisation à but non lucratif engagée dans la sauvegarde des espèces félines en danger. Mais il voue sa grande passion à Rembrandt. Il traque depuis des années les tableaux du peintre néerlandais et son incroyable collection a fait l’objet de deux expositions au Louvre, en 2017.

L’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones en conflit (en anglais : International alliance for the protection of heritage in conflict areas, ALIPH) est une fondation de droit suisse, créée à Genève le 8 mars 2017. Elle trouve son fondement dans le rapport intitulé 50 propositions françaises pour protéger le patrimoine de l’humanité que Jean-Luc Martinez, président du Louvre, a remis au président français, François Hollande, en novembre 2015 et dont les conclusions ont été présentées lors du G7 d’Ise-Shima (Japon) en mai 2016. Elle s’inscrit dans la logique de la résolution 2347 du Conseil de sécurité des Nations unies sur la protection du patrimoine culturel en péril. Sa vocation est de permettre la concrétisation des engagements pris lors de la conférence générale de l’Unesco de novembre 2015. Dans un premier temps, l’Unesco a tenté de créer un fonds d’urgence, sans succès. Cette fondation ALIPH est le résultat d’une initiative complémentaire formée par François Hollande et le cheikh Mohammad ben Zayed al-Nahyane, prince héritier des Émirats arabes unis.



Le musée du Louvre et l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine en péril (ALIPH) se mobilisent aux côtés de la Direction générale des antiquités (DGA) pour venir en aide à la reconstruction de Beyrouth. Ainsi, ALIPH offre une première enveloppe d’urgence de cinq millions de dollars pour faire face aux besoins les plus pressants, dont 200 000 dollars sont...

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