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Nos Lecteurs ont la Parole

Architecture en péril

Elles ont souvent trois arcades, des persiennes en bois, des toits en tuile rouge et des murs de pierre. Elles ont aussi des balcons et des vérandas, des balustrades en fer forgé. Elles ont parfois bien plus de cent ans, vestiges beyrouthins d’une civilisation en péril, sacrifiée par les guerres mais surtout par l’appât du gain et l’incurie des responsables.

Alors qu’elles faisaient de Beyrouth une ville au patrimoine architectural intéressant et la distinguaient des autres capitales du Moyen-Orient, nos vieilles maisons et leur petit air italo-oriental se faisaient déjà bien rares. Beaucoup furent emportées par la rage moderniste et surtout l’absence d’urbanisme et la corruption endémique du régulateur.

Après la fin de la guerre, la mairie de Beyrouth a délivré des permis de démolir à tour de bras, laissant remplacer nos petits bijoux trop petits et trop chers à restaurer en hideux gratte-ciel résidentiels. Prenez des tours de Dubaï et faites-les atterrir dans des ruelles napolitaines, le ciment évinçant le jasmin, l’aluminium et le verre remplaçant les pierres et la tuile, vous imaginez le désastre esthétique. À chacune de mes visites à Beyrouth, j’ironisais tristement sur ce que j’appelais des « attentats architecturaux » défigurant nos vieux quartiers. Au moins quelques bonnes âmes avaient réussi à sauvegarder certains de ces vestiges en les transformant souvent en restaurants, clubs de sport ou bars innombrables. Pas idéal, mais mieux que le béton. D’autres ont entrepris de construire des étages au-dessus de leurs vieux immeubles tournés en créatures hybrides mais gardant au moins une ou deux façades avec un semblant de charme. Comment jeter la pierre à ces vieux propriétaires beyrouthins dont les loyers n’ont jamais été régularisés et qui ne reçoivent aucune assistance de leur mairie véreuse ?

Après l’explosion du 4 août, ce sont justement ces quelques centaines de vieilles maisons et immeubles anciens encore debout dans les quartiers jouxtant le port qui ont le plus trinqué. À l’heure où les réparations des vitres et des fenêtres se négocient en milliers de dollars dans une ville dépossédée de ses comptes en banque, notre patrimoine architectural est vraiment en voie d’extinction, une disparition décisive cette fois. Et qu’on ne nous parle pas de ce satané phénix qui renaîtra de ses cendres !

En un siècle, Beyrouth sera passée d’une petite ville de belles pierres, jardins et tuiles rouges à une forêt de béton hideux. Félicitations à notre municipalité pour cet exploit digne d’un livre des records. Comment enlaidir une ville le plus vite possible, bravo... Heureusement, la société civile et l’Unesco se mobilisent pour tenter de protéger nos quartiers face à la pègre mafieuse et son avidité. Souhaitons-leur de réussir et soyons leurs ambassadeurs. Avec mes enfants, nous avons organisé une petite levée de fonds. Avec l’argent récolté par cette initiative, nous voulons aider les occupants de ces maisons traditionnelles à amortir le coût des réparations et les encourager à s’y réinstaller et préserver ainsi le patrimoine architectural de Beyrouth. Nos contacts sur place visiteront les familles pour attribuer les dons. Nous posterons les travaux réalisés sur la page. Si vous voulez nous aider ou si vous avez un besoin de réparer votre domicile, contactez-nous :

https://www.gofundme.com/f/help-save-beirut039s-old-houses

https://gf.me/u/yqi6qu

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Elles ont souvent trois arcades, des persiennes en bois, des toits en tuile rouge et des murs de pierre. Elles ont aussi des balcons et des vérandas, des balustrades en fer forgé. Elles ont parfois bien plus de cent ans, vestiges beyrouthins d’une civilisation en péril, sacrifiée par les guerres mais surtout par l’appât du gain et l’incurie des responsables.Alors qu’elles faisaient...

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