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Nos lecteurs ont la parole

Le faux témoignage français

Les récents propos du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, concernant le Hezbollah comme « parti légitime » – dans la mesure où ses représentants seraient « élus par le peuple » – ne sont guère convaincants. Il semble avoir échappé à M. Le Drian que la norme qu’il a fixée dans sa classification était celle que la France avait déjà adoptée à l’égard de tous ses régimes arabes amis (et bien peu démocratiques) comme la Syrie, la Tunisie, la Libye, entre autres pays africains. L’intégrité du processus des élections législatives dans ces pays était en effet limitée aux bureaux de vote, et les commissions internationales chargées de surveiller la transparence des élections n’exerçaient pas vraiment de contrôle au-delà de ces bureaux et de l’isoloir, censé garantir supposément la liberté de l’électeur…

Or il est fort difficile de contrôler tous les aspects relatifs à l’intégrité du processus électoral lorsque la loi ne règne pas en maître et qu’elle se trouve prisonnière de la poigne de fer des milices et des partis.

Si les tenants de la surveillance internationale sont vraiment sincères dans leur volonté de garantir la transparence du processus, ils sont tout à fait capables de découvrir la réalité du terrain dans les différents recoins des villes et des villages, en s’enquérant par exemple des origines des incendies systématiques de voitures et maisons de ceux parmi les habitants qui refusent de se soumettre au diktat du parti unique… lequel perfectionne sans cesse son art de briser la dignité des citoyens insoumis. Aussi, ces derniers se retrouvent-ils menacés au quotidien de ne plus pouvoir gagner leur vie, voire même de se retrouver assiégés par une humiliante persécution sociale en règle.

Ce dont le Liban est actuellement témoin durant le processus électoral est pratiquement similaire à ce qui se produisait avant la guerre civile, lorsque les voix des électeurs étaient achetées ou arrachées sous la contrainte, par les menaces et les intimidations. Mais ces intimidations ne sont plus répandues sur l’ensemble du territoire et se limitent tout particulièrement au Liban-Sud et à deux forces spécifiques dont l’hégémonie politique est sans partage : le mouvement Amal et le Hezbollah, passés maîtres dans l’art d’assujettir l’opinion publique dans les régions qui se trouvent sous leur influence.

Jean-Yves Le Drian et Emmanuel Macron ne souhaitent ainsi voir que la partie visible de l’iceberg, quand bien même ils savent bien tous les deux quelle est la réalité de la situation. Les informations dont leurs services de renseignements disposent concernant la mainmise du Hezbollah et de son allié sur l’État libanais, ses institutions et le prestige de ses forces sécuritaires et militaires, contredisent parfaitement la thèse du caractère démocratique d’une élection, quelle qu’elle soit, dans les régions soumises au joug du duopole chiite.

Qu’en serait-il alors lorsque la classe politique adopte et met en place au terme de trois prorogations du mandat du Parlement sortant une loi électorale hybride et mal comprise par une grande partie des électeurs, qui a permis in fine au Hezbollah et au mouvement Amal de consolider leur mainmise sur le Liban-Sud et la Békaa lors des dernières législatives de 2018 ?

Qui plus est, cette nouvelle loi adoptait en principe le système proportionnel. Cependant, dans la pratique, la proportionnelle a été tronquée de manière à servir les intérêts des forces politiques et la réalité confessionnelle du pays.

Comme si le fait de soumettre la nouvelle loi électorale aux desiderata des chefs politiques communautaires ne suffisait pas, la question des achats de voix et des fraudes électorales n’a pas été réglée. Aucun obstacle n’a été dressé face aux dépenses électorales, fixées à plus ou moins trois dollars US par électeur dans chaque circonscription, ce qui a ouvert la voie aux plus fortunés et aux hommes d’affaires pour déverser des millions de dollars dans les grandes circonscriptions sans qu’il n’y ait aucun contrôle au demeurant sur où et comment ces sommes astronomiques étaient payées. Et pour cause, la loi électorale ne donnait pas à la Commission locale chargée de superviser les élections les moyens d’enquêter sur la nature réelle de ces sommes pour déterminer s’il s’agissait de dépenses électorales ou de pots-de-vin…

Toutes ces réalités sur le Liban, la France d’Emmanuel Macron et de Jean-Yves Le Drian n’y est pas du tout étrangère.

Pourquoi et comment, partant, s’acharner à revêtir ainsi le Hezbollah et son allié d’une légitimité électorale absolue… ?


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.

Les récents propos du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, concernant le Hezbollah comme « parti légitime » – dans la mesure où ses représentants seraient « élus par le peuple » – ne sont guère convaincants. Il semble avoir échappé à M. Le Drian que la norme qu’il a fixée dans sa classification était celle que la France avait déjà adoptée à l’égard de tous ses régimes arabes amis (et bien peu démocratiques) comme la Syrie, la Tunisie, la Libye, entre autres pays africains. L’intégrité du processus des élections législatives dans ces pays était en effet limitée aux bureaux de vote, et les commissions internationales chargées de surveiller la transparence des élections n’exerçaient pas vraiment de contrôle au-delà de ces bureaux et de l’isoloir,...
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