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Politique

À Beyrouth, Schenker boycotte les officiels

Le responsable américain a eu une réunion informelle avec une douzaine de personnalités chiites hostiles au Hezbollah.


À Beyrouth, Schenker boycotte les officiels

Des représentants de la société civile durant une visioconférence, mercredi, avec David Schenker. Photo tirée de la page Twitter de l’ambassade des États-Unis

C’est une visite lourde de sens que David Schenker effectue à Beyrouth : au lendemain du déplacement du président français Emmanuel Macron, qui a rencontré l’ensemble de la classe politique, le secrétaire d’État adjoint américain chargé du Proche-Orient a limité ses entretiens avec des représentants de la société civile et des députés démissionnaires. Exception notable – et qui devrait en irriter plus d’un –, M. Schenker s’est entretenu avec le commandant en chef de l’armée, le général Joseph Aoun, avec qui il a discuté de l’actualité locale ainsi que des relations entre les deux pays. Deux messages principaux peuvent être dégagés du choix du responsable américain de boycotter la classe au pouvoir. Le premier est que Washington ne reconnaît plus la légitimité de ceux qui président à la destinée du pays et soutient ouvertement les forces du changement au Liban, notamment la société civile et les parties politiques qui ont fait résolument opposition au pouvoir. Le second message consiste dans le même ordre d’idées à montrer une certaine divergence de vues américano-française autour d’un règlement au Liban. Pour Washington, celui-ci interviendrait à travers l’opposition, et non pas à travers les mêmes courants qui ont conduit le pays à sa faillite et qui sont aujourd’hui soumis à des pressions françaises pour réaliser un ambitieux chantier de réformes.

Il n’en reste pas moins que le programme très particulier de la visite de David Schenker a pavé la voie à différentes interprétations. Là où certains ont vu un jeu de rôles auquel se livrent Paris et Washington, d’autres ont diagnostiqué des réserves américaines par rapport au rôle français.

Arrivé à Beyrouth mercredi pour « exhorter les dirigeants libanais à mettre en œuvre des réformes qui répondent au désir du peuple », M. Schenker devait dîner au domicile du député démissionnaire et chef des Kataëb Samy Gemayel avec les autres parlementaires qui ont démissionné au lendemain de la catastrophe du 4 août : Nadim Gemayel, Élias Hankache, Henri Hélou, Neemat Frem, Paula Yacoubian et Marwan Hamadé. Michel Moawad, qui se trouve à l’étranger, était absent de la réunion.

Interrogé par L’Orient-Le Jour sur le message que constitue le programme des entretiens du responsable américain, le député Kataëb Élias Hankache a estimé que sa visite vient « contrebalancer » le voyage de M. Macron « qui a renfloué la classe dirigeante ». « Les États-Unis ont vu un changement de l’état d’esprit populaire et estimé qu’il fallait reconsidérer ce changement », a-t-il ajouté. Le député a cependant souligné que les États-Unis et la France n’avaient pas des positions divergentes et s’est demandé s’il s’agissait d’un partage des rôles. Il a ajouté que les députés Kataëb allaient remettre au responsable américain les mêmes remarques qu’ils avaient transmises à M. Macron lors de leur réunion à la Résidence des Pins, mardi. Le document réclame notamment des élections anticipées dans un délai de six mois sous la surveillance d’observateurs internationaux.

Le billet de Gaby NASR

La foire aux cancres

« En tant qu’opposition active contre ce système et ses composantes parrainés par le Hezbollah que le peuple libanais a stigmatisé sans réserve à plusieurs occasions, il nous paraît essentiel, voire existentiel, de ne pas offrir à ce système une planche de salut qui lui permettrait de tirer de l’initiative française les moyens de se maintenir et de forcer la population libanaise qui s’est soulevée à se résigner », affirme le document des Kataëb.

Réunion avec des personnalités chiites
M. Schenker a eu également une réunion informelle hier avec des personnalités chiites hostiles au Hezbollah. L’activiste Lokman Slim a indiqué à L’Orient-Le Jour avoir convié le diplomate américain, auquel il est lié par une « relation d’amitié », à cette rencontre informelle à laquelle participaient une douzaine de figures chiites. « Il s’agit d’un groupe assez représentatif de personnes âgées de 25 à 80 ans, issues des différentes régions, du Sud comme de la Békaa », qui ont rencontré le responsable américain par le passé, a-t-il dit. Il a ajouté que le fait que M. Schenker décide de rencontrer des représentants de cette communauté « a une valeur politique assez importante ».

Devant ses interlocuteurs, le responsable américain a évoqué l’initiative française, estimant que « le diable est tapi dans les détails » et soulignant qu’en fin de compte, ce seraient les États-Unis et leurs alliés saoudiens qui signeraient les chèques. Des propos qui laissent entendre que si les résultats de l’initiative française ne sont pas à la hauteur des attentes de Washington et de Riyad, notamment pour ce qui a trait à l’influence du Hezbollah au sein de l’État, le Liban ne peut pas espérer un déblocage des aides promises lors de la conférence de Paris (CEDRE – avril 2018). M. Schenker a en outre confirmé devant ses hôtes qu’un nouveau train de sanctions américaines allait être bientôt annoncé contre l’Iran et ses alliés.

Mercredi, le secrétaire d’État adjoint américain s’était « virtuellement entretenu avec des membres de la société civile engagés dans les manifestations du 17 octobre », avait annoncé l’ambassade américaine sur son compte Twitter. Parmi les activistes de la société civile qui ont participé à l’entretien, figure Laury Haytayan, ancienne candidate aux législatives et experte en hydrocarbures. À L’OLJ, Mme Haytayan a indiqué que cette réunion visait à faire connaissance avec le responsable américain qu’aucun des activistes ne connaissait. « Nous lui avons exposé notre vision de la situation, notre position par rapport à la question du gouvernement, et avons surtout parlé des prochaines élections », a-t-elle dit.

Les différents groupes qui participaient à la visioconférence ont souligné qu’ils comptaient se présenter aux prochaines élections, lesquelles pourraient être anticipées, sur la base d’une coalition unie et d’un programme clair pour éviter les erreurs de 2018 lorsqu’ils s’étaient présentés en rangs dispersés aux législatives.

À la question de savoir si les activistes ne craignaient pas d’être stigmatisés pour s’être entretenus avec un responsable américain, elle a répondu : « Nous avons vu les Français et nous sommes prêts à voir les Iraniens s’ils le demandent. Nous exposons nos idées et notre programme. »

Outre Mme Haytayan, qui représentait une nouvelle formation, Takaddom, composée de militants de la société civile, ont pris part à la réunion virtuelle Hussein el-Achi au nom du groupe Mentechrine, Waddah Sadek et Samir Saliba pour Ana khatt ahmar et Aline Germani pour Loubnane aan jdid.

C’est une visite lourde de sens que David Schenker effectue à Beyrouth : au lendemain du déplacement du président français Emmanuel Macron, qui a rencontré l’ensemble de la classe politique, le secrétaire d’État adjoint américain chargé du Proche-Orient a limité ses entretiens avec des représentants de la société civile et des députés démissionnaires. Exception notable...
commentaires (3)

On le savait que les Etats Unis pratiquent le un poids deux mesures voir le un poids plusieurs mesures. En voici encore la preuve.

JiJii

17 h 04, le 04 septembre 2020

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Commentaires (3)

  • On le savait que les Etats Unis pratiquent le un poids deux mesures voir le un poids plusieurs mesures. En voici encore la preuve.

    JiJii

    17 h 04, le 04 septembre 2020

  • Depuis le temps que les États Unis menacent de divulguer les noms des vendus à Iran et à la Syrie et de bloquer leurs comptes on se demande ce qui les retient de passer à l’acte. A force de crier au loup on fini par ne plus entendre les appels. Si les pays veulent vraiment éviter un bain de sang supplémentaire au Liban et d’autres attentats maquillés en accidents il faut qu’ils passent à l’acte et qu’ils gèlent les avoir de tous les dirigeants passés ou actuels qui ont vidé les caisses. On leur fait confiance quand aux preuves et aux noms des pays hébergeant les sommes faramineuses spoliées du peuple et cachées sous des prêtes noms et des offshores vu leurs compétences dans ce domaine. Le seul flou reside dans le retard de l’exécution de leurs menaces, qu’attendent ils au juste?

    Sissi zayyat

    10 h 08, le 04 septembre 2020

  • IL A BIEN FAIT DE LES IGNORER A CES CORROMPUS, VOLEURS ET INCAPABLES DE TOUT RANG.

    LA LIBRE EXPRESSION

    09 h 47, le 04 septembre 2020

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