Je reste... Pourquoi ? Parce que j’aime trop ce petit coin de paradis pour l’abandonner.
La vie y est dure, m’a-t-on dit... Rien n’est facile.
Même les droits les plus basiques y sont bafoués ; des politiciens véreux et corrompus y font la loi m’a-t-on répété. Tu as une double nationalité, pourquoi ne pars-tu pas ?
Non, je reste...
Je donne une dernière chance à ce petit pays.
Le peuple y est sectaire, ses religieux protègent les mafieux, me redit-on.
Mais je reste malgré tout sur cette terre sainte.
En réalité, malgré tout, ce petit pays donne une joie de vivre absolument unique. Son peuple hospitalier y est des plus attachants, son climat des plus doux.
Seuls ceux qui l’avaient quitté à un moment de leur vie peuvent véritablement en reconnaître la valeur.
Les mafieux, oui ceux-là, nous rendent la vie particulièrement difficile, voire impossible... Mais en revoyant un peu l’histoire, je me suis demandé que seraient devenus les États-Unis si les Yankees les avaient quittés au profit du puissant Sud raciste lors de la guerre de Sécession...
Et que dire de l’époque où les gangsters de Chicago régnaient en maîtres sur la ville ?
Que serait devenue ma douce France sans ses sans-culottes qui ont fait sa révolution ?
Que serait devenue l’Italie si son peuple l’avait abandonnée aux mains de la mafia ?
Que serait devenu le Liban si Fakhreddine l’avait abandonné au puissant Empire ottoman ? Seules sa détermination et la cohésion de son peuple lui ont permis d’avoir une autonomie au cœur même d’un Empire ottoman criminel et sectaire.
L’histoire est pleine d’exemples où la résilience du peuple a permis de renverser une situation parfois jugée impossible.
Le Liban ne fera pas exception.
Il renaîtra de ses cendres et les politiciens véreux seront envoyés du fond de l’histoire.
Et un jour, je serai fier de raconter à mes enfants et petits-enfants que malgré tout je suis resté, malgré tout j’ai contribué à faire de ce petit pays le petit coin de paradis qu’il mérite de devenir.
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On a des raisons personnelles diverses pour choisir de rester encore malgré tout. On ne balaye pas d'un revers de main treize ans de vie construite pas à pas avec des enfants quasiment nés au Liban. Etre née dans un autre pays et être d'une autre nationalité ne rend pas pour autant la tâche facile d'un départ.
20 h 11, le 30 août 2020