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Nos lecteurs ont la parole

Un cri de douleur quelques jours avant mon départ

Je ne suis peut-être pas né au Liban, mais j’y ai vécu depuis l’âge de 16 mois. Je suis depuis toujours binational (français et libanais) et je n’ai jamais pensé qu’un jour je quitterai le pays du Cèdre. En effet, après avoir fait mes études scolaires et universitaires, et après un bref passage à l’étranger pour mon master, je suis directement rentré au bercail comme plein de gens de ma génération. Pourquoi? Parce que ma génération et la précédente avaient un combat à mener, celui de restaurer l’indépendance de notre pays. Liberté, souveraineté et indépendance étaient les mots d’ordre.

Le 27 avril 2005, ce fut chose faite. Le Liban est libéré de toute tutelle étrangère (enfin, c’est ce qu’on espérait). J’ai donc terminé mes études dans un pays qui sautait de crise en crise : assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, la guerre de 2006 contre Israël, les évènements du 7 mai 2008... Mais j’étais résolu à rester dans ce pays qui est le mien et j’ai donc investi dans un cabinet dentaire, travaillé comme un malade pour établir une patientèle, toujours dans un climat politique explosif, des mois sans gouvernement. Puis s’enchaînent des années sans président de la République (à voir la situation d’aujourd’hui, je pense qu’on aurait pu s’en passer).

Face à la crise économique, j’ai fait comme nombre de Libanais. J’ai trouvé du travail à temps partiel dans les pays du Golfe. Les allers-retours incessants sont devenus une seconde nature. On cherche à fonder une famille, on investit dans une maison pas trop loin des parents pour qu’il puisse profiter de leurs petits-enfants, voilà comment petit à petit notre rêve commence à se concrétiser. On commence à se projeter dans de futurs projets, nouveau cabinet en famille, les enfants qui arrivent, choix de la garderie et de l’école pour s’assurer de leur bonheur et de leur bien-être.

Nous sommes fin 2017, les temps sont durs, on s’accroche, le Liban a toujours connu des hauts et des bas. Mais cette fois-ci, ce fut la crise de trop, et boum ! Le 17 octobre 2019, tout s’écroule. On se croirait dans un magasin en liquidation de stock avec ses pancartes « Tout doit disparaître ». Effectivement, tout a réellement disparu : avenir, espoir, argent, rêves, et j’en passe. Cette crise pousse tout un peuple dans le désarroi. Les suicides se multiplient, nous avons touché le fond. Chaque jour aux nouvelles, c’est scandale après scandale, vols, usage de faux, pots-de-vin, 36 taux de change, Ponzi scheme, et comme si les soucis économiques ne suffisaient pas, viennent s’ajouter la viande, le poulet et les poissons avariés. Changement de date d’expiration des produits alimentaires, commerçant sans scrupule qui cache la marchandise pour la vendre plus cher. La liste est déjà longue, mais on est toujours là. « Hamdella », comme on dit, l’important, c’est la santé et un toit au-dessus de nos têtes, surtout avec la pandémie qui nous entoure.

C’est ce que l’on croyait. 4 août 2020, 18h10, Beyrouth n’est plus. Un « attentat » monstre vient d’avoir lieu. Un attentat prémédité. L’incompétence de toute une classe politique qui, pour se faire deux, trois sous de commission aux dépens de la vie des gens, a placé une bombe à retardement au milieu de la population qui a emporté avec elle enfants, femmes, hommes, maisons, commerces et industries, des blessés par milliers. Une situation que le Liban n’a jamais connue, même en temps de guerre.

Mais qui est le responsable ? Personne n’est responsable. Mais où sont donc les coupables ? Personne n’est coupable. Je pense que chaque personne d’entre nous a pu s’identifier à une victime ou à une famille, et s’est dit : ça aurait pu être moi. J’espère de tout cœur que les victimes de cet attentat arriveront à surmonter cette épreuve, ô combien difficile. En ce qui me concerne, je ne veux pas quitter le Liban, mais je ne peux plus y rester. Je ne veux pas priver mes enfants de leurs grands-parents, mais je dois leur assurer un meilleur avenir. Je ne veux pas quitter « ma » maison, mais je ne me sens plus chez moi dans « cette » maison. Je ne veux pas fermer mon cabinet et abandonner ma patientèle après 13 longues années de labeur, mais travailler de nos jours est devenu un privilège. Je ne veux pas quitter mes amis et ma famille, mais bon nombre d’entre eux sont déjà partis. Je ne veux pas tout laisser derrière moi, mais je le dois. Il faut faire son deuil et accepter la réalité en face.

Daniel Guichard a chanté « Sous son arbre légendaire, le Liban est sacrifié… Laissez-lui le droit de vivre, ce pays est mort-vivant, il ne pourra pas survivre bien longtemps, laissez-lui le droit de vivre autrement que sous la terre, autrement qu’un bateau ivre sur la mer. » Mon pays a coulé le 4 août 2020. Je pars pour te permettre de vivre à travers mes enfants et moi au-delà de tes frontières comme tant d’autres Libanais l’ont fait avant nous. Mon Liban, je pars, je pars, mais je ne te hais point.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.

Je ne suis peut-être pas né au Liban, mais j’y ai vécu depuis l’âge de 16 mois. Je suis depuis toujours binational (français et libanais) et je n’ai jamais pensé qu’un jour je quitterai le pays du Cèdre. En effet, après avoir fait mes études scolaires et universitaires, et après un bref passage à l’étranger pour mon master, je suis directement rentré au bercail comme plein de gens de ma génération. Pourquoi? Parce que ma génération et la précédente avaient un combat à mener, celui de restaurer l’indépendance de notre pays. Liberté, souveraineté et indépendance étaient les mots d’ordre. Le 27 avril 2005, ce fut chose faite. Le Liban est libéré de toute tutelle étrangère (enfin, c’est ce qu’on espérait). J’ai donc terminé mes études dans un pays qui sautait de crise en crise :...
commentaires (3)

Mon cher dr Melki Votre douleur vient de commencer , vous êtes dans la phase embryonnaire; J ai quitté il y a 37 ans le Liban pour me spécialiser en neurochirurgie au Canada et à New-York. J ai toujours vécu dans mes valises , toujours prêt à retourner pour prendre Ma retraite dans mon Ras Beyrouth ...... Pendant 45 ans on nous a volé notre argent , nos amis martyrs nos maisons et pire encore nos rêves. Votre douleur ne s amenuisera pas , elle sonnera dans vos oreilles tél un tinnitus tonitruent , taraudant votre esprit et votre âme; Le 4 août je suis devenu apartheid , et je suis condamné à errer dans l Occident jusqu à Ce que mort s ´en suive répétant ces fameux mots célèbres de Nadia Tueni : ...« écoutez la respiration des mémoires » Que Le très - haut vous accompagne et vous allège vos souffrances. Frappe frappe O douleur , si tu trouves encore de la place !

Robert Moumdjian

03 h 49, le 31 août 2020

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Commentaires (3)

  • Mon cher dr Melki Votre douleur vient de commencer , vous êtes dans la phase embryonnaire; J ai quitté il y a 37 ans le Liban pour me spécialiser en neurochirurgie au Canada et à New-York. J ai toujours vécu dans mes valises , toujours prêt à retourner pour prendre Ma retraite dans mon Ras Beyrouth ...... Pendant 45 ans on nous a volé notre argent , nos amis martyrs nos maisons et pire encore nos rêves. Votre douleur ne s amenuisera pas , elle sonnera dans vos oreilles tél un tinnitus tonitruent , taraudant votre esprit et votre âme; Le 4 août je suis devenu apartheid , et je suis condamné à errer dans l Occident jusqu à Ce que mort s ´en suive répétant ces fameux mots célèbres de Nadia Tueni : ...« écoutez la respiration des mémoires » Que Le très - haut vous accompagne et vous allège vos souffrances. Frappe frappe O douleur , si tu trouves encore de la place !

    Robert Moumdjian

    03 h 49, le 31 août 2020

  • I Les libanais sont brillants , empathiques , généreux ,travaillants , bûcheurs , ambitieux ,imaginez ce que vous pourriez réaliser au Canada , USA , en france Ou en Australie. Assez c ´est assez , Basta La beauté du Liban c est dans son peuple , vous recréeriez cette magie partout où vous iriez comme les arméniens l ´ont fait après leur genocide aux mains des ottomans, Je ne me suis jamais senti arménien , libanais de souche , mon ADN Est purement Beyrouthin , mais on a assez donné. Et rien nous A été donné en contre partie excepté un passeport qui est plus une corvée qu un salut . Nous n ´ irons nul part sans un leader d envergure Il n y a plus de Chamoun , Bachir , Ryad El solh. , plus de Chehab. Plus de fakhreddine Ils nous restent Plus que des croque-morts. , des fossoyeurs Et des terroristes.Nous avons perdu argent , maison , parents , famille , dignité et surtout nos rêves . Adieu veau , vache , cochon , couvée...... Lafontaine n aurait jamais mieux visé .... Robert Moumdjian 23 h 23, le 29 août 2020

    Robert Moumdjian

    03 h 34, le 31 août 2020

  • Tres bel article Dr , je vous souhaite de garder la foi dans votre pays et surtout dans son peuple merveilleux, j'espère que vous retrouverez vous et vos enfants ce pays de rêve qu' était le Liban

    rolla aoun

    13 h 29, le 27 août 2020

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