Beryth la phénicienne
La déesse méditerranéenne
À travers l’histoire on t’a fait porter le voile
Des mères et des veuves en désespoir.
On aurait cru que tu as déjà purgée ta peine
Sur tes vieux murs les échos des ahans et des psaumes se confondent
Sur tes vieux sentiers les empreintes des civilisations s’entrelacent et se confrontent.
Érigé sur un sable mouvant, sur une fente capricieuse
Maintes fois, tu as été englouti dans ses tripes caverneuses
Comme Psyché sculptée sur tes sarcophages
Les peuples contemplent ta beauté à travers les âges
Assoupie, résignée et patiente
Tu subis ton sort dans l’attente
D’Éros dieu de l’amour éternel
Pour te libérer de ton oracle mortel
Ton peuple construit des pirogues
Fendit les vagues et conquit les flots
Ses amarres vers l’horizon se larguent
Ses yeux vers le coucher de son soleil se rivent
Son âme pleine d’espoir s’active.
À la fin du monde il estime poser ses bagages
Et engendre Carthage au bout de son voyage
Europa la déesse tyrrhénienne aborde de nouveau ton vieux port
De sa flotte des centaines de soldats en sort
Ils viennent de loin avec leurs galons d’or
Libérer la terre sainte des infidèles
Romain, croisés, Ottoman et Français
Les sabots de leurs chevaux crissent sur tes pavés
Leur poussière peint tes remparts craquelés
Ton sang avec leurs sangs mêlés, parfument l’air de la Méditerranée
Comme des charognards débusqués ils écrasent ton sol
Avec leurs chars et leurs chevaux ils dévastent ton corps
Avec leurs glaives et leurs fusils ils font des entailles.
Ils marquent l’histoire de leur passage sur tes entrailles
Sur tes collines ils édifient des palais
Des églises, des synagogues et des mosquées
Derrières tes murs les enfants d’Abraham sont logés.
Dans ton âtre une mosaïque de chair se mêle
Méfiante, incommode et dissimuler.
Son incrédulité par tes envahisseurs exploitée,
nourrie, cultivée et spoliée
Et après…
Et encore…
De ta grandeur d’âme tes confrères ont fait un festin
En avariant ton peuple ils encaissent leurs butins.
Dieu te garde de tes ennemis
Et de tes présumés frères circoncis
Leur haine et leurs envies secouent ta plaque
Sèment la zizanie dans les cœurs des gens
Divisent les consciences et déracinent les générations
Et coulent une lave de pur-sang
Pour te dompter ils instaurent des mécréants
Qui ne connaissent ni paradis ni enfer
Ni terre sainte ni livre saint
Ni la miséricorde du divin
De tes princes de guerre tu es la victime
Leur ignominie te glisse dans l’abîme
Endolorie par ta douleur et prisonnière de ta peine
Tes portes par tes bourreaux à double tour fermées
À Lucifer ils ont vendu leurs volontés
Entourée d’une armée de scélérats
De tes richesses ils remplissent leurs besaces
Et de ta chair ils en font leur trépas
Ils croient tenir entre leurs mains noires
Les trésors de la caverne d’Ali Baba
Mais ils ne savent pas que ce qu’ils tiennent
Est malheureusement la boîte de Pandora
Comme un naufragé tu luttes contre les vagues
Tu chavires, tu te débats et tu supplies
Tu t’engouffres sous le poids de leurs vilenies
Ils t’observent de leurs yeux infâmes
Et te laissent couler sans aucun remord dans l’âme.
Mais... Évidemment…
Ton phénix renaîtra comme toujours
Et survolera de nouveau ton firmament
Et de ton hymen verront le jour
Les vrais enfants du cèdre du Liban
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