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Politique - Témoignages

Quinze ans après l’attentat contre Rafic Hariri, les victimes espèrent que justice leur sera rendue

« Les criminels n’ont pas seulement assassiné un Premier ministre, mais tout un pays. »

Quinze ans après l’attentat contre Rafic Hariri, les victimes espèrent que justice leur sera rendue

Liliane Khallouf.

Si certaines victimes de l’attentat qui a coûté la la vie à l’ancien Premier ministre Rafic Hariri seront aujourd’hui à La Haye pour l’énoncé du verdict du Tribunal international pour le Liban (TSL), beaucoup de blessés seront rivés sur leur écran de télévision à Beyrouth, à partir de midi, pour savoir si justice leur sera enfin rendue. Outre l’ancien chef de gouvernement, 21 personnes ont été tuées dans l’attentat qui a secoué Beyrouth le 14 février 2005, et plus de 220 autres blessées. De nombreux blessés ainsi que les familles des personnes assassinées font partie des « victimes participantes » au TSL, premier tribunal contre le terrorisme à leur donner directement une voix. Parmi eux, Liliane Khallouf et Wissam Naji, blessés alors qu’ils se trouvaient sur leur lieu de travail, se sont rendus à La Haye à plusieurs reprises. Ils ont accepté de témoigner pour L’Orient-Le Jour, soulignant l’importance de la création du TSL, seul garant selon eux que justice soit faite. Une troisième, Lama Ghalayini, a d’abord refusé de répondre aux questions de L’OLJ. Puis elle a envoyé un mail mettant l’accent sur la peine qu’elle vit encore quinze ans après la perte de son père, Mohammad Ghalayini. Son corps était resté enseveli sous les décombres pendant 18 jours après l’attentat. À l’époque, les forces de l’ordre avaient bouclé les lieux, empêchant durant de longs jours la poursuite des fouilles. Dans son mail, Lama Ghalayini souligne qu’elle « n’aimerait pas revenir en arrière sur de pénibles souvenirs ». « La vie continue, et évoquer le passé ne fait que remuer le couteau dans la plaie, alors que la vie doit être vécue avec bonheur. Rien ni personne ne peut nous rendre le temps que nous avons perdu dans la peine et la tristesse », affirme-t-elle. « Je suis heureuse que le verdict soit prononcé après 15 ans, mais je sais aussi que cela ne changera rien à notre vie car nous avons perdu notre père. Bien sûr, nous voulons que justice soit faite, bien sûr nous voulons qu’un châtiment soit infligé à chaque personne ayant participé ou perpétré ce crime infâme », souligne-t-elle. « Nous sommes tous reconnaissants au TSL, mais dans un pays aussi corrompu et chaotique que le Liban, quoi que nous fassions, il n’y a que Dieu et son jugement divin qui nous feront justice », écrit-elle.

Si elle se veut positive, sa lettre, amère, reflète la tristesse vécue depuis quinze ans par Mme Ghalayini.

Le retour à la vie normale était un cauchemar

Liliane Khallouf, 54 ans, raconte par téléphone son épreuve à L’Orient-Le Jour. Ce 14 février 2005, elle était l’une des employées de la HSBC, dont l’immeuble était mitoyen au lieu de l’attentat, face au Saint-Georges Yachting Club. Les baies vitrées du bâtiment avaient volé en éclats, blessant de nombreux employés, dont elle. « Je faisais partie des personnes les plus grièvement blessées dans la banque. J’étais assise au 3e étage, avec mes collègues, le dos à la fenêtre, puis il y a eu le souffle de l’explosion, ma tête a cogné contre le bureau et j’ai entendu mon nez claquer contre le bois. Nous avons voulu sortir. Dans les escaliers, nous marchions sur des débris. Au rez-de-chaussée, j’ai remarqué que mes collègues étaient blessés, que leurs vêtements étaient couverts de poussière et leurs cheveux en bataille. Puis ils ont commencé à me regarder d’un air effrayé, l’un d’eux m’a dit de m’asseoir, qu’il allait appeler l’ambulance. Une fois assise, j’ai pris un miroir et j’ai regardé. Mon visage était couvert de sang, et je n’avais presque plus de nez. En sortant, avant d’être transportée à l’hôpital Saint-Georges, j’ai vu une caméra de télévision. J’ai approché mon visage de la caméra, comme par instinct, juste pour que mes parents sachent que j’étais vivante, qu’ils ne s’inquiètent pas », raconte-t-elle. Liliane est restée cinq jours à l’hôpital. Elle a subi une première opération qui sera suivie d’une autre, un an plus tard, à cause d’une déviation au nez. Elle a repris son travail deux semaines plus tard.

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« C’était un cauchemar. Tout était encore détruit et les voitures soufflées toujours là, car pour les besoins de l’enquête, les lieux de l’attentat sont restés bouclés pendant des mois. Je regardais de ma fenêtre du troisième étage et je voyais tous les jours ce paysage apocalyptique », dit-elle. Alors qu’elle réside aujourd’hui à Bkanaya et qu’elle travaille à la BLOM Bank, Liliane Khallouf a longtemps dû vivre avec le traumatisme. « Le TSL m’a aidée sur ce plan. Au début, j’ai beaucoup hésité avant de décider de faire partie des victimes participantes. Mais j’ai bien réfléchi. Il faut bien que justice soit rendue. En fait, j’ai été soulagée quand j’ai su qu’un tribunal international pour le Liban serait mis en place. Je me suis dit que ce serait le seul garant que justice sera faite », relève-t-elle, indiquant qu’elle regardera la séance du TSL en direct à la télévision. Wissam Naji sera lui aussi devant sa télévision aujourd’hui. Directeur d’une compagnie d’import-export, âgé aujourd’hui de 49 ans, il se trouvait dans son bureau le jour de l’attentat, au centre Mechkhas, à côté de l’hôtel Phoenicia. « Il a suffi d’un instant pour qu’il n’y ait plus rien. Tout a volé en éclats, les vitres et le faux plafond. J’étais couvert de poussière et ce sont mes collègues qui ont remarqué que mon cou saignait. Les éclats de verre avaient transpercé mon corps en plusieurs endroits. Comme de nombreux blessés, je me suis rendu à l’Hôpital américain de Beyrouth à pied. Et j’ai attendu aux urgences. Je voyais des cadavres calcinés arriver, posés sur des brancards à côté de moi. Après, j’ai tenu à savoir qui ils étaient. Et puis il y a eu ce défilé de personnalités à l’hôpital. Je me souviens d’avoir vu le chef du PSP, Walid Joumblatt, puis on m’a transporté ailleurs », raconte-t-il.

Il se souvient aussi que son nom avait été annoncé à la radio parmi les morts. Wissam Naji a raconté son témoignage des dizaines de fois aux proches, aux amis, aux enquêteurs libanais et étrangers ainsi que devant le TSL. « Je suis content de la mise en place de ce tribunal, car il faut que justice soit faite. Le fait que les victimes participent au tribunal est une façon de leur rendre justice, ne serait-ce que moralement. Les criminels n’ont pas seulement assassiné un Premier ministre, mais tout un pays. Nous subissons jusqu’à présent les séquelles de la disparition de Rafic Hariri », conclut-il.

Les accusés jugés par contumace

Les quatre accusés jugés par contumace pour cet attentat devant le TSL sont Salim Jamil Ayyash, Hassan Habib Merhi, Hussein Hassan Oneissi et Assad Hassan Sabra. Membres présumés du Hezbollah, ils sont poursuivis entre autres pour complot en vue de commettre un acte de terrorisme, homicide intentionnel et complot en vue de commettre cet acte, ainsi que pour d’autres chefs d’accusation connexes. Le principal suspect, Moustafa Badreddine, décrit comme le « cerveau » de l’attentat par les enquêteurs, est mort depuis en Syrie et n’a donc pas été jugé.


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