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Explosions de Beyrouth

Durement affecté, le secteur hospitalier déterminé à se redresser

Des millions de dollars doivent être investis pour que les hôpitaux endommagés puissent reprendre une activité normale.

Durement affecté, le secteur hospitalier déterminé à se redresser

Un homme répare l'entrée de l'hôpital Saint Georges à Beyrouth. L'établissement a été lourdement endommagé par l'explosion du 4 août. REUTERS/Hannah McKay

Le secteur hospitalier agonisait depuis plusieurs mois déjà, la crise économique et financière couplée à la pandémie du Covid-19 l’ayant durement affecté et mis à rude épreuve. La double explosion criminelle du 4 août lui a asséné le coup de grâce. En quelques secondes, quatre grands hôpitaux de la capitale – le Centre médical universitaire-hôpital Saint-Georges, l’Hôpital libanais-Geitaoui, l’hôpital des Sœurs du Rosaire et l’hôpital gouvernemental de la Quarantaine – sont devenus hors service. Ces établissements, qui assuraient des soins à des milliers de patients, sont aujourd’hui dévastés.

« Le soir de l’explosion, nous avions des patients dans les sept étages de l’hôpital, se souvient le Dr Naji Abi Rached, directeur médical de l’Hôpital libanais-Geitaoui. Tous les étages ont été soufflés et les dix-sept ascenseurs endommagés. Les patients se trouvaient donc coincés. Nous avons dû réagir rapidement pour les évacuer, ce que nous avons fait en les portant dans nos bras et sur nos épaules. Les équipes, médicale et infirmière, ont participé à cette opération. Les tâches ont été réparties de manière spontanée. »

Le Dr Abi Rached explique que « dans le cadre du plan blanc, mis en place à l’hôpital pour répondre aux urgences et catastrophes, les patients ont été évacués vers les étages protégés de l’établissement ». « Les patients de l’unité de Covid-19 ont été sécurisés sur place, puis transférés le soir même, avec l’assistance de la Croix-Rouge libanaise et de l’armée, vers des centres d’accueil, poursuit-il. Ils étaient quinze et nous avons pu les faire admettre à l’hôpital universitaire Rafic Hariri à Beyrouth, à l’hôpital Notre-Dame des Secours de Jbeil et au Centre médical de l’Université américaine de Beyrouth. »

Parallèlement, « nous avons été submergés par le flot de patients qui se sont présentés aux urgences. Nous avons reçu 204 blessés et les corps de douze victimes ».

Dans le Centre médical universitaire-hôpital Saint-Georges, les patients ont également été évacués le soir même de l’explosion vers des établissements avoisinants. Cinq patients se trouvaient aux soins intensifs. Une femme était en plein accouchement. Une infirmière de cet hôpital portant des triplés qui étaient en couveuse, pour les sauver de l’effroyable explosion après la coupure du courant et l’arrêt des machines, a fait le tour des réseaux sociaux. Dans cet hôpital, onze personnes ont été tuées, dont quatre appartenant au corps infirmier

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L’établissement a été entièrement soufflé. « Mais heureusement, de nombreuses machines sont toujours en bon état, principalement aux urgences », explique le Dr Iskandar Nehmé, directeur médical de l’hôpital. Il souligne que malgré les dégâts, mardi soir, les équipes de l’hôpital étaient présentes pour venir en aide aux blessés dans la mesure du possible.

Les mêmes scènes de désolation sont observées à l’hôpital des Sœurs du Rosaire qui a été entièrement détruit et où une infirmière a été tuée sur le coup. « Ce soir-là, nous avions environ 25 patients, se rappelle le Dr Pierre Mourad, directeur médical de l’établissement. À cause de la pandémie de Covid-19, nous avions limité les cas d’admission. Ceux dont l’état de santé était stable ont été renvoyés chez eux. Nous avons pu faire admettre les autres dans d’autres établissements. » Il reprend : « L’hôpital est complètement fermé. Il n’est plus fonctionnel et pourtant c’était un hôpital moderne doté d’équipements et de technologie de pointe. Tout a été soufflé par l’explosion. »


L’entrée de l’hôpital Saint-Georges, à Beyrouth, dévastée. Photo N.M.


Se redresser progressivement

Dans l’ensemble de ces hôpitaux, les services qui assurent les soins de maladies chroniques (oncologie, hémodialyse, Covid-19, cardiologie, urgences…) ont été détruits. Les centaines de patients souffrant de pathologies chroniques qui y suivaient leurs traitements se sont retrouvés d’un coup sans repères. Qu’adviendra-t-il d’eux ?

À l’Hôpital libanais-Geitaoui, le Dr Abi Rached explique qu’au lendemain de « 48 heures de déblaiement et d’efforts soutenus de l’équipe hospitalière, nous avons pu réactiver le service d’hémodialyse ». « C’est vital pour les patients qui risquent de mourir s’ils ne reçoivent pas leur dialyse à temps, insiste-t-il. Nous avons aussi priorisé les patients chroniques qui reçoivent la chimiothérapie. Lundi, nous avons repris progressivement ce service. Nous recevons seize malades par jour répartis en deux tranches horaires, dans un secteur aménagé à cette fin. Nous avons également pu récupérer dix lits du service des urgences, restaurer deux ascenseurs dont un qui mène au bloc opératoire. Celui-ci a également repris dès lundi une activité partielle. Deux salles sont fonctionnelles et nous ne recevons que les cas urgents. De même, nous avons réussi à faire refonctionner l’imagerie médicale ainsi que le laboratoire qui a repris son activité quasi normale depuis lundi. »

En ce qui concerne l’unité Covid-19, le Dr Abi Rached affirme qu’elle a été complètement détruite. « Nous ne pouvons pas soigner les patients dans des conditions sécurisées », regrette-t-il.

C’est le cas également de l’unité de Covid-19 du Centre médical universitaire-hôpital Saint-Georges. « Nous ne pourrons plus recevoir les patients, mais nous continuerons à effectuer les tests PCR une fois les laboratoires reconstruits », affirme le Dr Nehmé. Il espère que dans une semaine l’hôpital pourra rouvrir ses services d’urgences, de radiologie et des opérations avec hospitalisation d’un jour, ainsi que les laboratoires. Entre-temps, les médecins assurent le suivi de leurs patients chroniques dans d’autres hôpitaux où ils exercent.

Pour mémoire dans Le Commerce du Levant

Urgence dans les hôpitaux privés du Liban

C’est le cas du Dr Peter Noun, chef du service d’hémato-oncopédiatrique au Centre médical universitaire-hôpital Saint-Georges qui exerce également à l’Hôpital libanais-Geitaoui. « Les enfants doivent recevoir leur traitement chimiothérapeutique à temps, avance-t-il. Dans les deux hôpitaux, nous traitons environ 120 enfants. Heureusement que le soir du drame, nous n’avions pas beaucoup d’enfants à l’hôpital. La majorité d’entre eux reçoivent leur traitement en matinée. J’ai réparti les patients sur d’autres établissements. L’hôpital Notre-Dame des Secours de Jbeil a ainsi accepté de traiter vingt de mes patients, le Children Cancer Center a pris un patient. L’hôpital Saint-Joseph n’a pas de services de chimiothérapie, mais il a improvisé une unité pour accueillir certains de mes patients. L’Hôpital libanais-Geitaoui, qui a repris partiellement l’activité du service oncologique, va aussi assurer des lits pour mes patients. »

« Nous allons commencer à fonctionner dans un contexte moins idéal, insiste le Dr Nehmé. Nous allons fermer les fenêtres avec des planches en bois, assurer la lumière dans les chambres. Dès qu’on réussira à refaire fonctionner les ascenseurs, nous allons recommencer à traiter les patients. Heureusement que l’infrastructure lourde a été préservée, comme les salles d’opération, la pharmacie et le service de radiologie. Entre-temps, nous allons recevoir des patients à l’hôpital de campagne qatari qui nous a assuré soixante lits. »

Quant à l’hôpital des Sœurs du Rosaire, il ne pourra pas redémarrer ses activités avant au moins un mois. « Tous les équipements ont été soufflés. Il n’y a plus rien », déplore le Dr Mourad.

Plusieurs millions de dollars doivent être investis dans chacun de ces hôpitaux pour qu’ils reprennent leur activité normale, alors que la crise que connaît le secteur continue de peser lourd. Tous comptent essentiellement sur les donations.

Sur 55 structures sanitaires expertisées, plus de la moitié « hors service » selon l’OMS

Plus de la moitié des 55 structures médicales de Beyrouth évaluées, parmi lesquelles trois des principaux hôpitaux de la capitale libanaise, sont « hors service », selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Après évaluation, « nous savons qu’un peu plus de 50 % de ces établissements sont hors service » du fait de la double explosion du 4 août, a déclaré Richard Brennan, directeur régional des urgences de l’OMS, lors d’une conférence de presse au Caire. Il a souligné que trois des principaux hôpitaux de Beyrouth sont concernés, et trois autres ne fonctionnent qu’à capacité réduite. « Cela veut dire que nous avons perdu 500 lits », a-t-il déploré.

M. Brennan a appelé les autorités et leurs partenaires à « rétablir les capacités de ces établissements au plus vite » pour répondre aux besoins du pays, afin de faire face également à la pandémie de Covid-19 et aux autres urgences médicales, rapporte l’AFP.

Selon Iman Shankiti, représentante de l’OMS pour le Liban, les unités de soins intensifs et les lits épargnés sont occupés par les blessés graves. L’explosion combinée à la pandémie auront un « impact sur les capacités d’hospitalisation au Liban », notamment dans les services de réanimation, a-t-elle souligné.


Le secteur hospitalier agonisait depuis plusieurs mois déjà, la crise économique et financière couplée à la pandémie du Covid-19 l’ayant durement affecté et mis à rude épreuve. La double explosion criminelle du 4 août lui a asséné le coup de grâce. En quelques secondes, quatre grands hôpitaux de la capitale – le Centre médical universitaire-hôpital Saint-Georges,...

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AVEC LE COVID QUI RAVAGE C,EST LA MALEDICTION HEZBIQUE QUI FRAPPE ET DETRUIT LE PAYS.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

07 h 35, le 13 août 2020

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Commentaires (1)

  • AVEC LE COVID QUI RAVAGE C,EST LA MALEDICTION HEZBIQUE QUI FRAPPE ET DETRUIT LE PAYS.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    07 h 35, le 13 août 2020