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Nos Lecteurs ont la Parole

Ma haine

Mais vous êtes plein de haine, me dit elle. Heureusement qu’elle n’a pas ajouté un baril de haine, une citerne de haine, elle aurait eu raison. J’ai tenté de nier, puis je me suis rendu à l’évidence, comparé à ce que cette jolie dame dit, je suis un volcan de haine.

Que voulez vous. J’appartiens à cette génération qui au sortir de l’université, juste en faisant son premier pas dans la vie active, a reçu une gifle monumentale. Un instant de plus elle aurait été transportée sur les barges de l’Oncle Sam venues à la rescousse, vers la Californie, dans son cœur un cèdre qui sanglote.

Dans quelques jours il y aura Bachir. Bachir l’espoir d’un pays où l’homme est jugé à l’aune de sa valeur, un pays où le droit prime, un pays où il ferait bon vivre, un pays merveilleux, un pays de culture, un pays civilisé. On nous a volé le rêve et tué l’avenir.

Le Syrien de sa botte réglait la circulation ; toi tu passes, toi arrête. De Anjar, un troufion galonné jouait au Dieu des hommes ; il volait, il pillait. Toute la classe politique devant lui s’écrasait. Notre bonheur était au bout de ses godasses, que la langue des lécheurs faisait toujours briller.

Puis vint le temps des fous, l’un plus stupide, égoïste et vicieux que l’autre, tueurs invétérés, assassins patentés, ils détruisent le pays sous l’œil goguenard du chenapan syrien, qui attendait son heure tapi derrière la porte, dans ses bagages une tragédie appelée Taëf.

Il jette l’un en prison, exile l’autre en France, prends des libertés pour imposer sa paix bâtie sur le vol, le dol, la terreur, la violence ; à la moindre incartade c’est la mort assurée. Même s’il avait reconstruit Beyrouth, embelli le Liban, s’était fait sucré au passage, enrichi ses assassins, Rafic Hariri en a fait les frais.

À mon avis, Rafic Hariri avait pris une grande envergure internationale. Au moindre pépin, il se trouvait devant la porte des hommes les plus puissants du monde. Souvenez-vous du massacre hébreux de Cana, les forçant à faire marche arrière et revoir leurs calculs.

Ce n’est ni le petit plouc de Damas, encore moins le sinistre barbu de la banlieue sud ou son maître iranien : ils furent sans doute les simples exécutants d’une décision internationale prise aux plus hauts niveaux concernant l’élimination de Rafic Hariri.

Et le Syrien, la queue entre les jambes, rentre chez lui tête basse, conspué, insulté par la majorité des Libanais. C’était le 14 mars 2005, jour glorieux s’il en est. Certains montent sur une tribune, font des discours, qu’ils ne tarderont pas à ravaler, se transformant d’orateurs en petits boutiquiers.

Mais le Syrien dans toute la vilenie de sa duplicité nous laisse une grosse commission, un cadeau qui ne tardera pas à nous exploser à la figure, le parti iranien.

Une fois de plus, Beyrouth se retrouve orpheline. Par réaction, l’exilé rentre au bercail, le condamné de droit public lavé de ses péchés, sort de prison, tous deux remettent le couvert, ouvrent le bal des hostilités mutuelles.

Le confinement et l’exil n’ont servi à rien, tous deux font payer aux Libanais fort cher, trop cher, chaque instant de leur bannissement sous terre ou aux pieds de la tour Eiffel.

Puis vint l’heure des dupes, l’accord de Meerab, au lieu de faire les chiffoniers, se battre comme des va-nu-pieds, on porte costumes et cravates, on se divise le butin et les richesses du pays. On met tout ceci par écrit. Heureux temps où l’homme n’avait qu’une parole, serrer la main de l’autre primait écrits et signatures.

Mais plus dupe que le Libanais il n’y a pas, car entre-temps le parti iranien prenait de l’envergure, se substituait à l’État, à son armée, imposait ses lois, les autres béatement le regardaient faire, lui faisait semblant de ne pas les observer voler, piller, les tenant entre les jambes, s’ils avaient encore un peu d’honneur, à sa merci.

Aujourd’hui, Beyrouth est détruite, le Liban se meurt, on m’a volé mes rêves, on a vilipendé celui de toute une génération qui se retrouve ce matin aux portes des chancelleries étrangères tentant d’obtenir un viatique pour une vie décente.

Tout cela et vous me privez de ma haine envers cette classe politique de menteurs, de hâbleurs, d’assassins.

Contre eux ce n’est pas seulement de la haine, madame, mais une rancœur tenace que j’ai. Ma hargne et ma rancune les poursuivront bien après mon trépas.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Mais vous êtes plein de haine, me dit elle. Heureusement qu’elle n’a pas ajouté un baril de haine, une citerne de haine, elle aurait eu raison. J’ai tenté de nier, puis je me suis rendu à l’évidence, comparé à ce que cette jolie dame dit, je suis un volcan de haine.

Que voulez vous. J’appartiens à cette génération qui au sortir de l’université, juste en faisant...

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