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Éclairage

Élections législatives en Syrie : mais pour quoi faire ?

Ce scrutin intervient dans un contexte extrêmement tendu pour le pouvoir, qui fait face à une crise économique sans précédent.

Élections législatives en Syrie : mais pour quoi faire ?

Le président syrien Bachar el-Assad et son épouse Asma votant hier lors des élections législatives. Photo SANA/Reuters

Les époux Assad ont voté masqués hier au palais présidentiel lors des élections législatives qui se sont tenues à travers le pays loyaliste. Mais à quoi bon prétendre jouer le jeu démocratique quand nul n’ignore qu’un seul et même parti, le Baas, au pouvoir depuis un demi-siècle, récolte à chaque fois la majorité des suffrages ? La véritable opposition au régime étant absente du vote car en exil, et avec le boycott des partis d’opposition traditionnellement tolérés par le pouvoir, le Baas va sans surprise une nouvelle fois s’accaparer le monopole de l’Assemblée du peuple. Lors des législatives de 2016, le taux de participation avait été de 57,56 %. Le Baas avait obtenu 80 % des suffrages.

Plus de 7 400 bureaux de vote ont ouvert hier dans les zones gouvernementales afin d’élire 250 députés renouvelés tous les quatre ans. Initialement prévues en avril, les élections ont été retardées à deux reprises en raison de la pandémie de coronavirus, qui a contaminé 496 personnes et fait 25 morts dans les régions du régime, selon les données officielles.

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Ces élections interviennent dans un contexte extrêmement tendu pour le pouvoir, qui fait face à une crise économique sans précédent. Et celle-ci provoque la grogne de la population vivant sous son joug. Les récentes manifestations qui ont eu lieu à Soueida et à Deraa contre la hausse des prix, mais aussi et surtout contre le régime Assad, reflètent l’épuisement de la population et son agacement face à l’incapacité des autorités à prendre le taureau par les cornes. Les récentes bisbilles au sein du palais avec la disgrâce du cousin milliardaire de Bachar el-Assad, Rami Makhlouf, ont mis à nu les fragilités d’un clan moins soudé qu’il n’y paraît, sous fond de rivalités entre la Russie et l’Iran, alliés du régime. Bachar el-Assad a procédé à un jeu de chaises musicales en sacquant certaines figures du gouvernement, comme récemment le Premier ministre Imad Khamis, considéré par les Syriens comme l’un des personnages les plus corrompus, mais le geste, censé indiquer qu’il y a une vraie lutte contre la corruption, ne trompe personne.

La loi César
Plus de 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Les prix des denrées alimentaires ont fait un bond de plus de 200 % au cours de l’année écoulée et représentent maintenant 20 fois leur niveau d’avant-guerre, selon le Programme alimentaire mondial (PAM). C’est d’ailleurs sur ces thèmes que les candidats ont axé leur campagne, promettant notamment des solutions à la flambée des prix et la réhabilitation des infrastructures. Ils n’ont pas hésité notamment à se servir des sanctions américaines liées à la loi César comme prétexte à la dégradation économique, accusant les États-Unis de tous les maux.

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Dans un régime qui concentre tous les pouvoirs et supprime ses opposants, les candidats ont, sans surprise, été triés sur le volet et validés par l’État, ce qui ne laisse aucune chance à des partis indépendants de se frayer un chemin. 1 656 candidats se sont ainsi affrontés hier, alors qu’une partie des sièges doit être attribuée à des commerçants, des hommes d’affaires et des industriels. Parmi ces candidats, figurent des chefs de guerre et des businessmen notoires, dont les portraits s’affichaient dans les rues, tels que Baraa Katerji, as de la contrebande entre le régime et les zones occupées par l’opposition, et dont le frère Houssam a déjà obtenu une place de député lors des élections de 2016. L’homme d’affaires Mohammad Hamcho, dont le clan familial vient d’être placé sur la liste des nouvelles sanctions américaines, aurait retiré sa candidature deux jours avant le scrutin. « Aujourd’hui, c’est une victoire politique qui s’ajoute aux victoires militaires », a déclaré Hussein Arnous, le nouveau Premier ministre, qui a remplacé au pied levé Imad Khamis le 11 juin dernier. L’opposition en exil a qualifié ces élections de « mascarade ». « Le régime n’a pas connu d’élections depuis sa prise de pouvoir il y a 50 ans, tout ce qui est organisé au titre d’élections, ce sont des mascarades qui se déroulent sous une poigne sécuritaire et militaire », a dénoncé Nasr Hariri, le chef de la principale coalition de l’opposition syrienne en exil. Des millions de Syriens à l’étranger, dont une majorité de réfugiés, n’ont pas le droit de participer aux élections à moins de rentrer. En revanche, des bureaux de vote spécifiques ont été installés dans les différentes provinces pour permettre aux déplacés de voter pour des candidats de leur région d’origine. Selon la commission électorale, des bureaux ont été installés pour la première fois dans la Ghouta orientale, ex-enclave insurgée aux portes de la capitale, mais aussi dans des territoires reconquis dans la province d’Idleb, ultime grand bastion jihadiste et rebelle du Nord-Ouest, qui reste dans le viseur du régime. Une manifestation a eu lieu vendredi à Idleb contre ces élections, les protestataires reprenant le slogan de la révolution libanaise du 17 octobre « Kellon, yaani kellon ».



Les époux Assad ont voté masqués hier au palais présidentiel lors des élections législatives qui se sont tenues à travers le pays loyaliste. Mais à quoi bon prétendre jouer le jeu démocratique quand nul n’ignore qu’un seul et même parti, le Baas, au pouvoir depuis un demi-siècle, récolte à chaque fois la majorité des suffrages ? La véritable opposition au régime étant...

commentaires (5)

DE LA MASCARADE !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

13 h 39, le 20 juillet 2020

Tous les commentaires

Commentaires (5)

  • DE LA MASCARADE !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    13 h 39, le 20 juillet 2020

  • Wow...très beau salon de vote...les syriens doivent en être fiers... même ceux résidents temporaires dans les camps turcs, jordaniens et bien sûr libanais....

    Wlek Sanferlou

    13 h 33, le 20 juillet 2020

  • "Élections législatives en Syrie : mais pour quoi faire ?". En effet, l'organisation d'élections dans de telles circonstances fait un peu surréaliste.

    Yves Prevost

    07 h 41, le 20 juillet 2020

  • Maintenant que la Syrie a completement suce le sang du LIBAN,il faudrait que ce regime assassin trouve un autre pays a vampiriser et detruire....

    HABIBI FRANCAIS

    05 h 24, le 20 juillet 2020

  • DU PIPEAU !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    00 h 37, le 20 juillet 2020