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Psychanalyse, ni ange ni démon

Non, ces suicides ne sont pas une maladie

Le premier réflexe que l’on a face à un suicide, c’est de penser que le suicidé est un malade mental.

Ce réflexe a pour but de nous blanchir de toute responsabilité, en déplaçant cette même responsabilité sur la maladie mentale. Chaque suicide provoque dans l’entourage un séisme, individuel et collectif. Ce séisme est à l’origine d’une fissure dans l’entourage, qui aura des conduites différentes dont les conséquences se transmettront aux générations suivantes.

Dans la situation actuelle que traversent les Libanais, le désespoir est la raison principale du passage à l’acte suicidaire. Et le désespoir n’a pas ici de cause interne comme ça l’est dans certaines « maladies mentales », telles que la mélancolie, la dépression majeure ou une psychose sévère. Le désespoir est causé ici par la situation sociale, économique et humaine et la précarité dans laquelle se trouvent les Libanais qui sont comme dans un tunnel sans fin.

« Je ne suis pas un mécréant, c’est la faim qui est une mécréante. » En écrivant cette phrase sur sa poitrine, A.H., 61 ans, avant de se suicider a donné une leçon au monde entier. Qu’il y ait ajouté une note religieuse (mécréant) ne fait que renforcer aux yeux des Libanais la nécessité de se poser des questions et de ne pas trouver vite une réponse d’ordre religieux ou médical.

A.H. a attiré l’attention sur son geste et rendu la faim comme responsable de ce même geste. Beaucoup de Libanais sont dans la faim, quelques-uns se sont suicidés durant les mois de novembre et de décembre 2019, d’autres il y a quelques jours. Leur dignité, bafouée, foulée aux pieds par le pouvoir actuel s’ajoute à la faim pour intensifier les raisons du geste suicidaire.

Leur geste est à comparer à l’immolation par le feu de Jan Palach. Le 16 janvier 1969, Jan Palach s’immole par le feu pour protester contre l’invasion de la Tchécoslovaquie par le pacte de Varsovie, survenue les 20 et 21 août 1968. Ou au geste suicidaire d’un moine tibétain qui s’immole par le feu en février 2009 pour la liberté du Tibet. Près de 150 autres moines suivront l’exemple. Il est évident qu’il n’y a aucune maladie mentale chez ces moines qui sacrifient leur vie pour la dignité de leur pays, le Tibet.

Les Libanais qui se suicident sont à comparer à ces moines du Tibet qui défendent la liberté et la dignité de leur pays par le sacrifice suprême.

Parler de maladie serait les insulter et insulter leurs familles.

Par contre, oser faire le pas de rendre responsables les pouvoirs publics est un acte de bravoure qui relaie et intensifie le courage de leur geste.

Le travail fait partie de notre identité, de même que le pays où l’on est né.

Perdre son travail, son pays et son argent est insupportable pour l’être humain. Et ça peut le pousser au suicide qui devient le seul moyen de se faire reconnaître par l’Autre.


Le premier réflexe que l’on a face à un suicide, c’est de penser que le suicidé est un malade mental.Ce réflexe a pour but de nous blanchir de toute responsabilité, en déplaçant cette même responsabilité sur la maladie mentale. Chaque suicide provoque dans l’entourage un séisme, individuel et collectif. Ce séisme est à l’origine d’une fissure dans l’entourage, qui aura...

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