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Coronavirus

L’impossibilité pour les Libanais de se rendre à Chypre pourrait être révisée

La mesure pourrait être annulée si l’Union européenne, dont l’État chypriote fait partie, décide de faire figurer à nouveau le Liban parmi les pays classés B.

L’impossibilité pour les Libanais de se rendre à Chypre pourrait être révisée

À Larnaca, le 15 mars 2020, alors que l’île venait d’interdire pour la première fois la majorité des vols commerciaux. Christina Assi/AFP

« Nous ne savons pas quand nous pourrons nous marier », se désole Philippe, déplorant « l’état d’incertitude » dans lequel lui-même et sa fiancée se trouvent. Ce jeune cadre libanais de 30 ans est désemparé. Son mariage civil avec Zeina*, qui appartient à une confession différente de la sienne, était prévu le 25 mai. En raison de la fermeture des aéroports, pour cause de pandémie de Covid-19, le couple a dû repousser son union au 10 août. Zeina a entre-temps renouvelé son visa qui expirait le 4 juillet. Les futurs mariés ont aussi dû échanger leurs billets d’avions réservés pour mai. Et payer une pénalité... Mais leur parcours du combattant a encore connu un nouveau rebondissement, lorsqu’ils ont appris samedi que les Libanais n’étaient plus autorisés à se rendre à Chypre. La décision prise par Chypre d’interdire, depuis hier, l’entrée sur son territoire de voyageurs non européens en provenance du Liban est venue ajouter au sentiment d’étouffement et d’isolement déjà éprouvé par les Libanais en raison de la crise socio-économique. Motivée officiellement par des considérations sanitaires dues à la propagation du coronavirus, la mesure prise dans le cadre de l’Union européenne (UE) indispose à une grande échelle nombre de Libanais. D’autant que les relations entre Chypre et le Liban sont très étroites, l’île ne se trouvant qu’à 20 minutes de vol de Beyrouth. Les Libanais y ont parfois un emploi, voire une résidence ou un compte bancaire. Certains, comme Philippe et Zeina, s’y rendent pour contracter un mariage civil, tandis que d’autres l’apprécient pour ses attractions touristiques. Pour essayer de remédier à la décision chypriote, la représentation libanaise sur l’île a entrepris hier une démarche pour que les Libanais soient de nouveau autorisés à aller à Chypre en provenance de Beyrouth. « L’ambassade mène les contacts nécessaires avec les autorités chypriotes concernées pour examiner les moyens de prendre contact avec l’Union européenne en vue d’assouplir les restrictions sur les personnes venant du Liban et replacer le pays en catégorie B après avoir été déclassifié dans la catégorie C », indique un communiqué de l’ambassade libanaise à Chypre. À ceux qui viennent d’un pays classé B, un test PCR est demandé 72h avant le voyage, ainsi qu’un autre à l’arrivée. Une fois sur place, on conseille aux voyageurs testés négatifs de s’isoler pendant 3 ou 4 jours. Quant aux ressortissants de pays figurant en catégorie C, l’accès aux pays européens n’est pas autorisé.

Pourtant, à la réouverture de son aéroport le 19 juin, Chypre avait annoncé que le Liban figurait dans la liste des pays classés B pouvant organiser des vols à destination de son territoire. Mais l’Union européenne, dont la République chypriote est membre, a décidé le 30 juin d’exclure le pays du Cèdre de cette liste.

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Contactée par L’Orient-Le Jour, une source du ministère des Affaires étrangères a confirmé que la décision d’exclusion ne concerne pas seulement le Liban. Sur base de recommandations émises par une institution sanitaire relevant des Nations unies, l’Union européenne a décidé de retirer 39 des 54 pays auparavant autorisés à faire atterrir leurs avions dans les aéroports de ses États membres. L’évaluation de la situation sanitaire libanaise ne répondant pas actuellement aux critères internationaux de santé, le Liban ne figure plus parmi les 15 pays tolérés, indique la source. Les critères de cette évaluation se seraient basés sur la capacité médicale du pays à répondre aux développements sanitaires causés par le Covid-19. Toujours selon la source, la mesure prise par l’UE est susceptible d’être modifiée tous les quinze jours en fonction de la situation sanitaire dans chaque pays. À Chypre, une journaliste jointe par L’OLJ sous couvert d’anonymat indique que le Conseil des ministres chypriote, qui se réunit demain, devrait examiner la demande présentée par l’ambassade libanaise. S’il n’y répond pas positivement, il pourrait réétudier dans quelques jours le cas libanais.

« Otages »

Une jeune femme ayant requis l’anonymat, qui s’est vu refuser un visa de tourisme pour Chypre, juge que les motifs officiels invoqués de lutte contre le coronavirus ne sont pas crédibles. « La communauté internationale cherche à infliger une punition collective aux Libanais », accuse-t-elle, estimant qu’« on veut nous prendre en otage ». Toutefois, la source journalistique précitée réfute l’idée que l’interdiction découle d’une volonté internationale de resserrer l’étau autour du Liban. « Il n’y a tout simplement pas de réelle confiance dans le Liban au niveau des mesures qu’il entreprend contre le Covid-19 », confie-t-elle. Et d’affirmer que même les vols en provenance de la Grande-Bretagne et de la Russie, deux pays pourtant réservoirs de touristes traditionnels pour Chypre, sont interdits en raison de leur mauvaise gestion de la crise sanitaire. Sur l’île, relève-t-elle, la moyenne se situe entre 0 et 2 nouveaux cas hebdomadaires seulement, sachant que la plupart des malades ont contracté le virus à l’étranger.

Rita*, dont le mari s’est envolé dimanche de Beyrouth pour Chypre dans le dernier avion, affirme que même avant les mesures imposées, les conditions pour entrer à Chypre étaient déjà strictes. « Il avait dû remplir tout un formulaire même s’il est résident à Chypre, où il entreprend des affaires depuis de nombreuses années. »

Avec les restrictions actuelles, les Libanais peuvent rentrer de Chypre sans pouvoir y repartir, et ce même s’ils disposent d’un titre de séjour. Non parce que les résidents n’en ont pas le droit, mais parce que leur nombre risque de ne pas être suffisant pour remplir des avions. Alors qu’ils avaient déjà fait leurs réservations pour venir passer leurs vacances, des dizaines de Libanais travaillant sur l’île ont modifié leurs plans, craignant que les compagnies aériennes n’organisent pas de vols Beyrouth-Larnaca. Quant à Philippe, le futur marié, il évoque désormais d’autres destinations, comme la Géorgie et la Turquie, où il pourrait peut-être se marier civilement, regrettant au passage que le Liban n’autorise toujours pas les mariages mixtes contractés sur le territoire.

* Certains prénoms ont été modifiés, les interlocuteurs souhaitant garder l’anonymat.


« Nous ne savons pas quand nous pourrons nous marier », se désole Philippe, déplorant « l’état d’incertitude » dans lequel lui-même et sa fiancée se trouvent. Ce jeune cadre libanais de 30 ans est désemparé. Son mariage civil avec Zeina*, qui appartient à une confession différente de la sienne, était prévu le 25 mai. En raison de la fermeture des...

commentaires (3)

il y a beaucoup de libanais qui veulent que le liban change se modernise en restant chez eux qu est ce qu ils attendent pour descendre dans la rue et réclamer un état laic?

youssef barada

15 h 05, le 07 juillet 2020

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Commentaires (3)

  • il y a beaucoup de libanais qui veulent que le liban change se modernise en restant chez eux qu est ce qu ils attendent pour descendre dans la rue et réclamer un état laic?

    youssef barada

    15 h 05, le 07 juillet 2020

  • Question: pourquoi ne pas faire le mariage civil à l’ambassade de Chypre? Légalement c’est territoire Chypriote, non?

    Gros Gnon

    04 h 37, le 07 juillet 2020

  • "... faire figurer à nouveau le Liban parmi les pays classés B ..." - les fameux PIB...

    Gros Gnon

    04 h 31, le 07 juillet 2020