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Politique

Raï presse Aoun de « briser le siège imposé à la libre décision nationale »

Dans son homélie la plus virulente depuis longtemps contre la classe dirigeante, le patriarche maronite appelle la communauté internationale à « voler au secours du Liban ».


Raï presse Aoun de « briser le siège imposé à la libre décision nationale »

Le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, lors d’une messe à Dimane, le 5 juillet 2020. Photo ANI

C’est à une escalade en bonne et due forme que le patriarche maronite, le cardinal Béchara Raï, a procédé hier dans son homélie dominicale prononcée à Dimane (Liban-Nord), siège d’été du patriarcat maronite. Sortant du discours traditionnel de la déploration, le chef de l’Église maronite a demandé au le chef de l’État de « briser le siège imposé à la légalité et à la libre décision nationale », dans une allusion très claire au recouvrement d’une souveraineté nationale captive du Hezbollah.

Cette demande a été couplée à un nécessaire rééquilibrage de la politique étrangère du Liban, dont le patriarche a demandé qu’elle observe une « neutralité » source d’équilibre interne et externe. Par ailleurs, prenant fait et cause pour une révolution rendue indispensable moralement et économiquement par la faillite de la classe dirigeante, le patriarche a énergiquement demandé au président de la République et aux services de sécurité « de chercher ailleurs » les saboteurs et autres agents subversifs dont l’arrestation se fait au nom de la « sécurité nationale ». Ce ne sont pas les révolutionnaires du 17 octobre qui menacent cette sécurité, mais une classe politique qui draine vers elle, et non vers l’intérêt supérieur du Liban, les allégeances de la population, a-t-il averti.

Enfin, le patriarche a demandé aux Nations unies et aux communautés arabe et internationale de « voler au secours du Liban » par tous les moyens possibles, adjurant l’organisation internationale d’œuvrer « à rétablir l’indépendance et l’unité du Liban, à l’application des résolutions internationales et à la proclamation de sa neutralité » (lire plus bas les passages-clés de l’homélie).

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De source proche du siège patriarcal, on confirmait hier que l’homélie est porteuse non seulement de la vision humaniste propre à l’Église, mais d’une vision politique. « Un ton neuf s’est fait entendre qui devrait se faire entendre à nouveau », a-t-on précisé. Et ces sources de faire le lien entre les propos d’hier et ceux que le patriarche Raï avait tenus à la veille de la séance du « dialogue national » manqué le 25 juin dernier. Le chef de l’Église maronite avait conseillé au chef de l’État ce jour-là de retarder la tenue de la réunion pour y rallier un plus grand nombre de personnalités ; il avait proposé aussi d’inscrire à son ordre du jour les points fondamentaux de la souveraineté et de la neutralité. La conférence de dialogue, rappelle-t-on, avait été convoquée dans le but de conjurer le risque d’une nouvelle guerre civile dont certaines manifestations de protestation contre la crise sociale avaient donné un avant-goût.

Le message patriarcal a été clairement perçu par le Hezbollah, dont une source a affirmé hier qu’il était « en phase » avec la campagne occidentale orchestrée contre lui aussi bien sur le plan interne libanais que sur le plan international.

Ces propos entrent forcément dans la polarisation en cours, confirme le politologue Karim Bitar, qui distingue dans l’homélie du patriarche Raï une partie qui « se marie avec son rôle de chef spirituel » et une autre qui va plus loin. « Le chef de l’Église maronite appelle la classe politique à se réveiller et à mettre fin au partage et au pillage de la fortune nationale, le patriarche est là dans son rôle de berger », a-t-il dit.

« Par contre, ajoute M. Bitar, quand Mgr Raï exige que le chef de l’État brise le siège imposé à la libre décision nationale, il se place sur un autre plan. Certes, il s’agit d’une position de principe légitime, mais sur laquelle le président dispose d’une marge de manœuvre assez réduite. »

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M. Bitar rappelle que l’année 2020 sera marquée en novembre prochain, aux États-Unis, par une élection présidentielle, précisant : « Il faut que le Liban évite d’être pris dans le jeu des puissances, dans une année qui sera marquée par l’intensification de la politique américaine de pression maximale sur l’Iran. »M. Bitar redoute qu’à l’instar du thème de l’application de la résolution 1559 de l’ONU dans la campagne revendicative du soulèvement civique, l’exigence du patriarche « augmente les tensions et divise les rangs des révolutionnaires ». « Les années électorales américaines sont toujours très dangereuses pour le Liban », prévient-il.En tout état de cause, on devrait en savoir plus à la faveur de la visite que doit effectuer bientôt le chef de l’Église maronite au Vatican. Au demeurant, il aura été précédé par le ministre des Affaires étrangères Nassif Hitti, qui se trouve depuis hier à Rome, où il s’entretiendra avec son homologue italien Luigi di Maio. Demain, M. Hitti sera reçu par Mgr Paul Richard Gallagher, le très informé secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les États.

« Depuis quand l’humiliation est-elle devenue le mode de vie des Libanais ? »

Voici les passages-clés de l’homélie prononcée hier par Béchara Raï au siège patriarcal d’été à Dimane :

« La pire chose dont nous puissions être témoins aujourd’hui, c’est de voir la plupart de ceux qui sont engagés dans l’action politique ne se préoccuper que de leurs revenus, intérêts et comptes bon marché, miner la confiance dans les autres, flétrir et condamner ceux qui détiennent le pouvoir au sein des institutions constitutionnelles. Ce qui est encore plus préjudiciable, c’est qu’ils s’efforcent d’agir en sorte que l’allégeance obtenue aille à leurs personnes et à leurs partis, pas au Liban. Ce faisant, ils privent le Liban de la confiance des communautés arabe et internationale, en dépit de la conviction que ces pays se sont faite de l’importance du Liban, de son rôle, des potentialités et des capacités de son peuple. De ce fait, ces politiciens semblent vouloir dissimuler leur part de responsabilité dans le pillage du Trésor public et se dérober à toute réforme structurelle ou sectorielle, conformément aux demandes des pays réunis lors de la conférence de Paris dite CEDRE au mois d’avril 2018. Ils se sont malheureusement entendus plutôt sur une approche par quotas et une répartition des profits au détriment de l’argent public. C’est ainsi que les niveaux de pauvreté, du chômage, de la corruption et de la dette publique ont progressivement augmenté, jusqu’à l’explosion populaire de la révolution du 17 octobre 2019, qui brûle encore alors même que les responsables politiques s’en disent non concernés, pariant – à tort – sur son échec. “La faim est mécréante”, a écrit hier l’un de ceux qui se sont suicidés. Encore un sujet de honte pour la patrie. Et ce qui est encore plus regrettable, c’est que les responsables politiques, quelle que soit leur fonction, n’ont pas le courage et la liberté intérieure de se rencontrer et de chercher une issue politique à ce qui est à l’origine de nos crises économique, financière, monétaire et de vie quotidienne.

Commentaire

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« C’est donc avec amertume que nous nous interrogeons : depuis quand l’humiliation est-elle devenue le mode de vie des Libanais ? Depuis quand les voit-on réduits à mendier dans les rues, gênés jusqu’aux larmes et acculés au suicide en raison de la faim ? Politiciens, vous rendez-vous compte du crime perpétré ? Voir au Liban, centre universitaire et scolaire de l’Orient, les universités fermer et les écoles en difficulté. Voir au Liban, hôpital de l’Orient, les hôpitaux régresser ? Voir au Liban du tourisme, de l’abondance et de la prospérité les hôtels se vider et l’argent des déposants séquestré dans les banques? Voir le Liban de la pensée, du génie et de la renaissance réduit à rien, transformé en une propriété privée confisquée par une classe politique qui en dispose au détriment de l’intérêt public ? Veut-on mettre ce peuple à genoux pour du pain ? Jamais ! Tout comme il n’a pas plié le genou devant les occupations, il ne le fera pas aujourd’hui. Nous ne garderons pas le silence face à ce qui se passe. Ce pays est la propriété de ses fils et ils sont à la source de ses pouvoirs (préambule de la Constitution).

« La révolution de notre peuple humilié, affamé et privé de ses droits les plus fondamentaux mérite d’être protégée et non réprimée. Le danger pour le Liban ne vient pas de ses jeunes, hommes et femmes, pour qu’ils soient réprimés et arrêtés. Les personnes subversives et celles qui menacent la sécurité nationale, ceux qui s’en prennent à l’armée, à la légalité et aux institutions, ceux qui ont paralysé la Constitution et les droits démocratiques et ceux qui se cachent derrière eux, cherchez-les hors de la révolution. Les révolutionnaires sont nos filles et nos fils. Ils sont l’élan du changement, l’espoir et l’avenir. Nous voulons, nous le redisons, une révolution civilisée dont le peuple, ses intérêts et ses déplacements quotidiens ne seront pas les victimes. Un révolution respectueuse des règlements et dotée de vision constructive.

« C’est ce stade extrême auquel nous sommes parvenus qui nous inspire cet appel : nous exhortons Son Excellence le président de la République à œuvrer pour la levée du siège imposé à la légalité et à la libre décision nationale. Nous demandons aux pays amis de voler au secours du Liban comme ils l’ont fait à chaque fois qu’il était en danger. Nous nous tournons vers l’ONU afin qu’elle œuvre à rétablir l’indépendance et l’unité du Liban, à l’application des résolutions internationales et à la proclamation de sa neutralité. La neutralité du Liban est la garantie de son unité et de sa position historique en cette étape pleine de changements géographiques et constitutionnels. La neutralité du Liban est sa force, et la garantie de son rôle dans la stabilité de la région et dans la défense des droits des pays arabes et de la cause de la paix ; et, de par sa situation sur les bords de la Méditerranée, dans l’instauration de saines relations entre les pays du Moyen-Orient et l’Europe. »


C’est à une escalade en bonne et due forme que le patriarche maronite, le cardinal Béchara Raï, a procédé hier dans son homélie dominicale prononcée à Dimane (Liban-Nord), siège d’été du patriarcat maronite. Sortant du discours traditionnel de la déploration, le chef de l’Église maronite a demandé au le chef de l’État de « briser le siège imposé à la légalité...

commentaires (14)

Le temps est venu pour que tous les libanais et surtout les maronites rejettent leurs pseudo- représentants qui se déclament en représentant alors qu’ils se savent finis et font de tout pour mettre une communauté contre une autre alors qu’ils sont vendus et œuvrent pour la destruction du Liban et de toutes ses communautés pour régner avec l’ennemi et effacer les US et COUTUMES de nos ancêtres à la gloire de l'obscurantisme et l’enferment. Allez les libanais nous sommes tou unis derrière notre drapeau. Unissons nous et défendons notre patrie chère à nos cœur et dont le monde entier nous envie pour notre mode de vie et notre optimisme qui a su triompher à chaque fois que d’autres prévoyaient la disparition du Liban et ses citoyens avec. Le Liban appartient aux libanais et à personne d’autres. Les vendus dehors. Bravo mgr. il faut hausser le ton et ne pas trembler en prenant des décisions pour sauver notre patrie. Les vendus ont pris toute la place et il faut la récupérer.

Sissi zayyat

20 h 58, le 06 juillet 2020

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Commentaires (14)

  • Le temps est venu pour que tous les libanais et surtout les maronites rejettent leurs pseudo- représentants qui se déclament en représentant alors qu’ils se savent finis et font de tout pour mettre une communauté contre une autre alors qu’ils sont vendus et œuvrent pour la destruction du Liban et de toutes ses communautés pour régner avec l’ennemi et effacer les US et COUTUMES de nos ancêtres à la gloire de l'obscurantisme et l’enferment. Allez les libanais nous sommes tou unis derrière notre drapeau. Unissons nous et défendons notre patrie chère à nos cœur et dont le monde entier nous envie pour notre mode de vie et notre optimisme qui a su triompher à chaque fois que d’autres prévoyaient la disparition du Liban et ses citoyens avec. Le Liban appartient aux libanais et à personne d’autres. Les vendus dehors. Bravo mgr. il faut hausser le ton et ne pas trembler en prenant des décisions pour sauver notre patrie. Les vendus ont pris toute la place et il faut la récupérer.

    Sissi zayyat

    20 h 58, le 06 juillet 2020

  • Très belle homélie, en effet! Il en a mit du temps pour se réveiller mais c'est le début d'une nouvelle ère! A présent il faut augmenter la pression tout azimut. Cette position tardive de Bkérké a changé certaine donnes et le monde réagira d'une manière ou d'une autre pour soutenir le pays tout comme les Libanais de la diaspora qui. eux, ont agit et agissent depuis l;e premier jour du soulèvement et fronde populaire en octobre 2109. Le Liban n'est pas seul face a l’adversité du Hezbollah et de Aoun. Bientôt il renaîtra de ces cendres et ceux qui l'auront trahit en paieront le prix et le fort! On continue!

    Pierre Hadjigeorgiou

    15 h 21, le 06 juillet 2020

  • Le Patriarche Maronite est une LIGNE ROUGE. Il représente Le Pape au Liban. Sans Bkerke et sans les Maronites le Liban n’existera plus. Point à la ligne! Et que ce soit clair pour tout le monde. Et le plus fort des Maronites est Le Patriarche et PERSONNE d’autre

    Liberté de Penser

    11 h 59, le 06 juillet 2020

  • QUI SONT LES RESPONSABLES ? LES HEZBIOTES/BERRYOTES ET CPLIOTES. FAUT BIEN LE CRIER TOUT HAUT.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    11 h 26, le 06 juillet 2020

  • LA PARISIENNE : Cette vision éthique et politique du Patriarche n'est pas nouvelle. Il y a un an exactement, lorsqu'il nous recevait dans sa résidence d'été, il exprimait déjà ses craintes et alertes pour l'indépendance de la Nation libanaise , dans sa Chrétienté, et dans ses attaches Arabes et Occidentales. Il avait déjà raison. Il avait vu loin.

    Saab Edith

    11 h 17, le 06 juillet 2020

  • Même s’il est un peu plus direct... il reste MOU!! Il est loin le temps du patriarche Sfeir qui tapait du poing sur la table et tenait tête à Aoun... pfff...soyez plus virulent... les libanais en ont besoin... le liban aussi... ce n’est pas un caprice... ce n’est pas une demande.... c’est une urgence... tous les libanais seront derrière vous... tous les chrétiens le seront aussi... une affaire de survie!!!!! Pas une affaire de diplomatie !!!!

    RadioSatellite.co

    10 h 44, le 06 juillet 2020

  • PATRIARCHE, AYEZ LE COURAGE DE NOMMER LES CHOSES ET LES RESPONSABLES PAR LEURS NOMS. SINON VAUT MIEUX NE RIEN DIRE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 53, le 06 juillet 2020

  • Cette homélie n'est que le debut d'une nouvelle phase dans la contestation. Elle devrait être suivie d'autres homélies et communiqués.

    Tabet Karim

    09 h 11, le 06 juillet 2020

  • Je m’étonne de la mise en garde de mon ami Karim Bitar concernant le risque de division qu'implique l’homélie du patriarche. Se taire est pire et Mg.Rai a eu raison de marcher enfin sur les pas du patriarche Sfeir

    Tabet Ibrahim

    09 h 06, le 06 juillet 2020

  • Quel courage ! Quelle brillante incarnation de la dignité, de la liberté et de la fraternité des Libanais ! Quel

    de Tinguy Corinne

    08 h 33, le 06 juillet 2020

  • Je ne trouve pas que cette homélies soit si virulente que ça. À l'exemple du pape Feançois, le patriarche a un double devoir à l'égard des gens démunis, qu'ils soient maronites ou non et comme garde-fou politique. Or, là je ne vois pas, depuis le début de cette terrible, comment il s'acquitte de sa mission: ni en mots, ni en gestes.

    Marionet

    08 h 33, le 06 juillet 2020

  • Finalement un message qui va dans le bon sens. Mais ce n'est pas suffisant car il est conceptuel et inutile car ce n'est que le n-ième appel au devoir, à la conscience et à la moralité. Ce qu'il faut c'est un ultimatum à Diab d'entamer les réformes dans un délai de deux semaines ou démissionner. Ceci ne veut pas dire que Diab va trembler et se presser de le faire mais un ultimatum de cette envergure va donner les coudées franches à la rue.

    Zovighian Michel

    06 h 55, le 06 juillet 2020

  • Merci merci enfin vous vous réveillez ,je tiens à vous remercier pour votre magnifique discours et espérons qu’il auras une suite Qu attends nos Émigrés pour se réveiller et porter secours à la Mère Patrie ? La FRANCE notre Mère ne nous abandonneras pas . Le Pays se videras de ses Jeunes et Élites et risquons de perdre notre Nation Que Dieu nous aide Albert. F A H D

    Albert Fahd

    06 h 06, le 06 juillet 2020

  • A la mer le Hezb ! Et les autres aussi !

    TrucMuche

    00 h 23, le 06 juillet 2020