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Nos lecteurs ont la parole

À Madame l’Ambassadrice des États Unis

Je me permets de m’adresser à vous à travers les médias, n’étant pas sûr d’avoir l’occasion de vous rencontrer rapidement.

Je suis un citoyen qui appartiens à cette catégorie de Libanais nés dans la culture et l’environnement arabes et qui, parallèlement, ont été nourris de culture et de valeurs occidentales.

Cette particularité fait de nous un melting unique représentatif de cette richesse véhiculée par la fameuse formule libanaise présentant un modèle de gestion de la diversité, et de toutes les diversités, sans équivalent, qui se traduit notamment par un mode de gouvernement paritaire.

Nos réussites n’ont pas toujours été probantes, compte tenu de la difficulté de la tâche, et nous avons besoin surtout d’encouragement et d’assistance pour surmonter nos défaillances. Nous ne cessons de décrier ces défaillances par le truchement de notre jeunesse et de nos révoltés au hasard des périodes, et nous attendons de nos amis qu’ils ne se contentent pas de nous accabler.

Au fond de la conscience de la majorité d’entre nous, nous sommes attachés aux valeurs humanistes que véhiculent aujourd’hui les puissances occidentales, aussi bien les droits de l’homme que la démocratie élective ou les systèmes d’économie de marché. Nous sommes les successeurs des martyrs de la liberté, laquelle reste pour nous la valeur suprême, et à ce titre, dans le camp des défenseurs des démocraties face aux régimes totalitaires.

Nous sommes en quelque sorte dans le même camp et nous interprétons de la sorte vos déclarations répétées de soutien au Liban et de volonté d’aide.

Il est clair que le monde des relations internationales n’est pas un monde de sentiments, mais avant tout de défense des intérêts des États. Cela vaut pour les États normaux, petits ou grands, mais vous concernant, vous êtes la superpuissance mondiale, ce qui vous impose des obligations supplémentaires, et à ce titre, vous assumez des responsabilités de sécurité mondiale, mais aussi d’amélioration de la condition des Terriens.

Dans le monde banal du quotidien, il est reconnu qu’il est plus efficace pour gagner la sympathie, voire l’amitié, d’un groupe non acquis, divisé ou même hostile, de le séduire ou de l’appâter par les bénéfices réels que vous lui consentez ou, a minima, à la partie du groupe qui vous est acquise, de manière à faire ressortir les avantages comparatifs. Il est, cependant, contre-productif d’agiter la menace ou d’exploiter la suprématie dont on peut disposer pour le forcer à vous rejoindre. C’est d’autant plus vrai si la punition s’applique à l’ensemble du groupe qui, s’il finit par se soumettre, nourrira de l’animosité enfouie qui ira à l’encontre du but recherché.

Bien entendu, la vie politique est autre, même si les exemples ne manquent pas qui étayent ce point.

Sans extrapolation aucune, je vais m’arrêter sur un petit exemple d’application : je constate avec d’autres, notamment dans ma région montagnarde qui vit d’une monoproduction de pommes, que les sanctions qui sont entrées en application ces derniers jours condamnent à la misère toutes ces régions agricoles, qui ont besoin du transit à travers le sol syrien pour écouler leur production. Pourquoi faut-il qu’ils pâtissent des retombées dramatiques de mesures, devenues universelles du fait de la prééminence du dollar, destinées à punir les dirigeants d’un pays qui n’est pas le leur ? Les amis ne peuvent se vouloir ou se causer entre eux de tels torts. Décidément, le monde politique n’est pas le monde banal du quotidien.

Dans le subconscient, à moins que ce ne soit leur fantasme, des Libanais, persiste l’exemple de la vente de la production agricole à la 6e flotte à la fin des années 50, quand, du fait des évènements qui avaient secoué la région, l’écoulement était devenu impossible.

La politique des sanctions vous appartient, mais autorisez-nous à mettre en avant le coût que supportera l’ensemble du peuple libanais qui s’estime par ailleurs l’ami du vôtre, à défaut de prétendre au statut d’allié.

Ancien ministre

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.

Je me permets de m’adresser à vous à travers les médias, n’étant pas sûr d’avoir l’occasion de vous rencontrer rapidement.Je suis un citoyen qui appartiens à cette catégorie de Libanais nés dans la culture et l’environnement arabes et qui, parallèlement, ont été nourris de culture et de valeurs occidentales. Cette particularité fait de nous un melting unique représentatif de cette richesse véhiculée par la fameuse formule libanaise présentant un modèle de gestion de la diversité, et de toutes les diversités, sans équivalent, qui se traduit notamment par un mode de gouvernement paritaire.Nos réussites n’ont pas toujours été probantes, compte tenu de la difficulté de la tâche, et nous avons besoin surtout d’encouragement et d’assistance pour surmonter nos défaillances. Nous ne cessons de décrier...
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