Affaire(s) de volonté

L’épisode ne changera sans doute pas le lamentable cours des choses, il ne risque même pas de troubler le léthargique sommeil des dirigeants. Mais Dieu, quel salutaire bol d’oxygène au milieu d’une médiocrité étatique si crasse qu’elle vous en coupe le souffle !


La vedette de l’histoire n’a pourtant nulle qualité officielle. C’est au titre de consultant financier, membre d’un collectif de la société civile, Kulluna Irada, œuvrant pour un Liban régi par la justice et la bonne gouvernance, qu’Henri Chaoul faisait partie de l’équipe désignée par le gouvernement pour mener les négociations avec le Fonds monétaire international. Et s’il vient de se retirer de la délégation, c’est parce qu’il est excédé par l’obstination des responsables à gaspiller un temps précieux, aggravant d’autant, à chaque lever de soleil, les souffrances des citoyens.


Chaoul déplore l’absence, chez les gens du pouvoir, de réelle volonté de procéder à ces réformes qu’exige la situation. La volonté, ça le connaît, à preuve que ce mot des plus exaltants trône opportunément dans le blason de son association. Si criminelle toutefois est l’apathie des dirigeants, vigoureusement relevée jeudi par le Quai d’Orsay, que l’on est fort tenté de renchérir : ce que dénote en réalité une aussi incroyable inertie, n’est-ce pas plutôt une volonté ferme, délibérée, acharnée de ne pas procéder aux réformes requises ? Par quelle aberration d’ailleurs pourrait-on attendre sérieusement de l’actuelle caste politique, responsable du désastre, qu’elle condamne ses propres turpitudes, qu’elle rebâtisse elle-même tout ce qu’elle a détruit à force d’incompétence et de corruption conjuguées ?


C’est de cette même et tortueuse logique que relève, au demeurant, le projet de concertation nationale auquel s’est attelée la présidence de la République. Or de telles assises s’imposaient dès les premiers balbutiements de la révolution du 17 octobre, considérée avec dédain par les dirigeants, du haut de leur tour d’ivoire. Mieux encore, devaient nécessairement y être associés des représentants de la contestation. La tragique suite, on la connaît ; et voilà qu’une partie de l’establishment politique, installée aux commandes mais assiégée par les échéances, en appelle soudain à la solidarité de l’autre partie qui, pour l’heure, se trouve au chômage, l’objectif étant une mise en commun des responsabilités quant aux causes de la crise et aux moyens d’y remédier.


Il reste que la manœuvre se réduit à une forme bien fruste de chantage. Ne pas aller au charbon serait en effet, pour l’opposition, s’exposer aux accusations de non-assistance à patrie en danger et autres perles de bla-bla-bla que ne manqueraient pas de lui lancer les organisateurs. Et y aller, mais sans pour autant cautionner, ou seulement absoudre, les errements du régime et du gouvernement, se solderait par le même prix : il n’y a guère là, on le voit, de quoi berner une faune politique rompue aux affaires…


Au final, la présidence de la République a mieux à faire que de solliciter l’esprit de corps des gens du métier : c’est de prêter l’oreille aux doléances des citoyens et d’y donner suite ; c’est d’être même la première à entreprendre de nettoyer les écuries d’Augias qui quadrillent le pays, sans épargner ses propres terres. Car c’est bien sur les murs du palais de Baabda que se déversent, en haute priorité, les lamentations du peuple.


C’est ce même vœu, très largement partagé au sein de l’opinion publique, que lui adressait dernièrement, bien qu’en termes irrévérencieux, un activiste de la Toile. Or se borner à interpeller, pour quelques heures, l’insolent, c’était seulement fouler des pieds le seul droit qui reste aux Libanais, celui de la liberté d’opinion. Suprême maladresse, c’était jeter de l’huile sur le feu de la contestation.


Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com


L’épisode ne changera sans doute pas le lamentable cours des choses, il ne risque même pas de troubler le léthargique sommeil des dirigeants. Mais Dieu, quel salutaire bol d’oxygène au milieu d’une médiocrité étatique si crasse qu’elle vous en coupe le souffle !


La vedette de l’histoire n’a pourtant nulle qualité officielle. C’est au titre de consultant...