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Société - Contestation

Chute spectaculaire de la livre : des manifestations de colère à travers le Liban

Affrontements entre les protestataires et l'armée place Riad el-Solh et à Tripoli. 

Manifestation sur la voie express du Ring, le 11 juin 2020. Photo Joao Sousa.

La colère grondait jeudi à travers le Liban où plusieurs sits-in de protestation ont été organisés et plusieurs routes coupées sur l'ensemble du territoire en guise de protestation contre l'effondrement spectaculaire de la livre libanaise face au dollar qui frôlait aujourd'hui les 5.000 LL sur le marché noir. Les rassemblements de protestation antipouvoir ont repris depuis quelques semaines après une interruption due à la pandémie de coronavirus qui avait donné un coup d'arrêt au mouvement lancé le 17 octobre contre l'incurie de la classe politique alors que le pays traverse sa plus grave crise économique depuis 30 ans. 

A Beyrouth, des centaines de protestataires se sont rassemblés en soirée au niveau de la voie express du Ring, brandissant des drapeaux libanais et lançant des slogans contre la classe dirigeante mais aussi contre le communautarisme. De nombreuses personnes venues du quartier de Khandak el-Ghamik, où le tandem chiite Amal-Hezbollah est prépondérant, les ont rejoints à bord de mobylettes. Ils ont déclaré à la MTV avoir rejoint les contestataires pour les soutenir dans leurs revendications car "nous sommes un seul peuple, tous affamés".

Manifestation sur la voie express du Ring, le 11 juin 2020. Photo Pépé Dahan.


Plusieurs dizaines de manifestants se sont aussi rassemblés en soirée, place el-Riad Solh, dans le centre-ville de Beyrouth. Selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle), ils ont brûlé des pneus au milieu de la rue, en face du bâtiment des Lazaristes. Peu après minuit, des affrontements ont eu lieu entre l’armée et les manifestants qui ont lancé des pierres et des pétards sur les soldats. Ces derniers ont tiré des gaz lacrymogènes pour les disperser.

Des protestataires ont en outre essayé de couper la route devant l'Association des Banques du Liban, à Gemmayzé, mais les forces anti-émeute sont intervenues pour les en empêcher. A Hamra, les protestataires ont coupé la route devant le siège de la Banque du Liban. Les quartiers de Kaskas, Corniche Mazraa et Tarik Jdidé ont également été coupés.

Même dans la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah, des manifestations ont eu lieu dans plusieurs quartiers, notamment à Bourj Barajné et Moucharrafiyé, une mobilisation inédite dans cette région depuis le début de la révolte.

Plusieurs manifestants ont également coupé la route au niveau du carrefour dit "Chevrolet", dans le quartier de Furn el-Cheback, au milieu d'un déploiement massif de l'armée libanaise. 

Dans le Metn, au niveau de Jal el-Dib, des protestataires ont dressé des tentes, appelant les habitants à les rejoindre dans leur mouvement. En soirée, les contestataires ont mis le feu à des pneus pour bloquer la route. L'autoroute au niveau d'Antélias était également coupée dans les deux directions, ainsi que celle de Dora en direction de Nahr el-Mot. Des manifestants se sont aussi rassemblés à Zouk, dans le Kesrouan, et d'autres ont coupé l'autoroute Jounieh-Jbeil. 

A Jal el-Dib, le 11 juin 2020. Photo Ani.

L'autoroute côtière a également été coupée à Bab el-Tebbané, au Liban-Nord, dans le secteur de Costa Brava, au sud de Beyrouth, ainsi qu'à Khaldé, Jiyé et Naamé. 

Les routes ont également été bloquées par des protestataires en plusieurs endroits dans la Békaa, à hauteur de Taalabaya, Saadnayel, Jdita, Kessara et Mrayjet, ainsi que Jeb Jennine. Selon notre correspondante dans la région, Sarah Abdallah, une marche contre la faim a eu lieu à Bar Élias à partir de 20 heures. "L'escalade ne se limitera pas à la Békaa", affirme un contestataire appelant à des élections anticipées. Les protestataires ont coupé la route au niveau de Bar Élias - Marj ainsi que celle de Masnaa - Rachaya. 

A Saïda, au Liban-Sud, les contestataires se sont rassemblés sur la place Élia, autre épicentre de la contestation, et coupé les quatre rues y menant.

Photo Mounstasser Abdallah

Plus tôt dans l'après-midi, les commerçants de la ville ont coupé la route menant au marché de la localité au moyen d'une grande banderole sur laquelle il est écrit "Fermé", a constaté notre correspondant Mountasser Abdallah.

Photo Ani

Toujours au Sud, plusieurs routes ont été coupées tard dans la soirée à Nabatiyé. Et à Tyr, des protestataires ont brisé la porte de la BDL et pénétré au sein de l'établissement avant que les forces de l'ordre n'interviennent pour les évacuer. Les manifestants ont alors poursuivi leur marche vers la place Alam.  

Des blessés à Tripoli

Des manifestations ont également eu lieu en soirée à Tripoli, au Liban-Nord. Rassemblés devant le Sérail de la ville, les manifestants ont réclamé la démission du gouvernement et le recouvrement des fonds pillés. Un cocktail Molotov et des pierres ont été lancées à l’entrée du Sérail alors que les forces anti-émeute étaient massivement présentes sur les lieux. D’autres protestataires se sont rassemblés devant le siège de la BDL dans la capitale du Nord pour dénoncer la politique monétaire qui a mené à la chute de la livre et la hausse vertigineuse des prix. Alors qu'ils essayaient de pénétrer de force dans l'établissement, l'armée a tiré des bombes lacrymogènes et des affrontements ont eu lieu entre les deux parties, faisant plus de 40 blessés dont huit ont été transportés à l'hôpital et 33 autres traités sur place, selon la Croix-Rouge.

Dans la matinée, deux rassemblements contre la dépréciation de la livre avaient déjà été organisés à Mina, près de Tripoli. Les quelques contestataires ont protesté contre la coupure des lignes téléphoniques de ceux qui n'ont pas payé leurs factures, critiqué le gouvernement de Hassane Diab et appelé à la reddition des comptes et le recouvrement des fonds volés, deux des slogans du mouvement de contestation.

A Taanayel, dans le caza de Zahlé, ce sont les propriétaires et les employés des sociétés commerciales qui ont organisé un sit-in pour demander au gouvernement de réguler le taux de change du dollar et la fin de la contrebande avec la Syrie.

Lire aussi

Dans la Békaa, de « nouveaux visages » dans la rue et une escalade en vue

Le syndicat des changeurs a fixé, pour la journée d'aujourd'hui, le prix d'achat d'un dollar à 3.890 L.L. et son prix de vente à 3.940 L.L. au maximum. Mais les taux observés au marché noir sont beaucoup plus élevés et frôlent les 5.000 LL. La parité officielle de 1.507,5 livres ne s’applique plus que pour un nombre limité de transactions, tandis que d’autres taux sont imposés pour certaines catégories spécifiques d’opérations.

Rabih Zein et indépendance de la justice
Par ailleurs, à Tripoli, plusieurs manifestants se sont rassemblés dans la journée devant le palais de Justice pour demander la libération de l'activiste controversé Rabih Zein, arrêté à Jbeil le 3 juin en application de deux mandats d’arrêt délivrés à son encontre. Durant le sit-in, les contestataires ont scandé des slogans appelant "la justice à ne pas arrêter les activistes qui luttent pour la justice et l’État de droit, et qui demandent que soient ouverts les dossiers sur les responsables corrompus qui ont détourné l'argent public".

Un groupe de protestataires du collectif Oua'a, issu de la société civile, a de son côté organisé un sit-in devant le palais de Justice de Beyrouth pour réclamer une "justice indépendante" et protester contre le refus du président de la République Michel Aoun de signer le décret des nominations judiciaires, pourtant avalisées par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) et le gouvernement, soulignant qu'il organisera un rassemblement dimanche à Beyrouth.

En parallèle, des partisans du Courant patriotique libre, la formation dirigée par Gebran Bassil, s'étaient rassemblés dans la matinée devant les palais de Justice de Beyrouth et de Baabda pour réclamer que la lumière soit faite sur le dossier du fuel défectueux livré à Électricité du Liban.


La colère grondait jeudi à travers le Liban où plusieurs sits-in de protestation ont été organisés et plusieurs routes coupées sur l'ensemble du territoire en guise de protestation contre l'effondrement spectaculaire de la livre libanaise face au dollar qui frôlait aujourd'hui les 5.000 LL sur le marché noir. Les rassemblements de protestation antipouvoir ont repris depuis quelques...

commentaires (6)

On sent un vent nouveau. Cette fois ci , ce n'est pas la révolution des bisounours. On sent la fin de ce pouvoir. Pouvoir du haut de la pyramide. Non seulement du gouvernement. Toute la classe politique s'écroule. Le hezbollah a senti le vent tourner. Entre le ceasar act..les manifs druzes en syrie anti assad ( et derrière eux la russie qui veut en firnir pour sortir du bourbier guerrier ) et l'iran au bout du rouleau financier et politique. y a du nouveau dans l'air au liban et dans les manifs cette fois , La communauté internationale ne veut plus de tous..tous...kellone yaané kellone...CE Liban politique leur coûte trop cher au final et aucun organisme ne veut "prêter" à ces gens en place. Les IRResponsables au liban l'ont ENFIN compris. Des démissions vont se faire entendre et non des moindres...Inchallah.

radiosatellite.co

00 h 50, le 12 juin 2020

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Commentaires (6)

  • On sent un vent nouveau. Cette fois ci , ce n'est pas la révolution des bisounours. On sent la fin de ce pouvoir. Pouvoir du haut de la pyramide. Non seulement du gouvernement. Toute la classe politique s'écroule. Le hezbollah a senti le vent tourner. Entre le ceasar act..les manifs druzes en syrie anti assad ( et derrière eux la russie qui veut en firnir pour sortir du bourbier guerrier ) et l'iran au bout du rouleau financier et politique. y a du nouveau dans l'air au liban et dans les manifs cette fois , La communauté internationale ne veut plus de tous..tous...kellone yaané kellone...CE Liban politique leur coûte trop cher au final et aucun organisme ne veut "prêter" à ces gens en place. Les IRResponsables au liban l'ont ENFIN compris. Des démissions vont se faire entendre et non des moindres...Inchallah.

    radiosatellite.co

    00 h 50, le 12 juin 2020

  • dans la réunion de demain c est pas économie il faut parler c est reformer l état libanais , arreter les voleurs , chasser les truants,instaurant l état d urgence sanitaire contre la faim qui guette tout le monde avec l aide de l armée , dissoudre le parlement,.....ou changer de gouvernement

    youssef barada

    23 h 28, le 11 juin 2020

  • IL SEMBLE QUE LA REVOLUTION EST ENFIN EN MARCHE. THAWRA !

    OLJ, FOSSOYEUR DE LA LIBRE EXPRESSION.

    23 h 27, le 11 juin 2020

  • Personnellement j ai connu le dollar à 3 LL

    fadi labaki

    23 h 16, le 11 juin 2020

  • Pour la enieme fois OLJ cessez de mentionner le taux ridicule de 1500LL/$ qui ne represente que l'Utopie dans laquelle baigne la classse politique, tant que vous y etes pourquoi ne pas mentionner aussi que le taux etait de 4LL/$ jadis quand le pays etait respectable lol

    Liban Libre

    22 h 30, le 11 juin 2020

  • SI LA CONTESTATION OU LA REVOLUTION NE S,ORGANISE PAS C,EST PEINE PERDUE. SANS TETE LE CORPS NE SERT A RIEN.

    OLJ, FOSSOYEUR DE LA LIBRE EXPRESSION.

    20 h 46, le 11 juin 2020

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