Cinéma

Danielle Arbid et Jimmy Keyrouz, les deux Libanais qui scintillent à Cannes en 2020

Pas de festival physique ni de Palme d’or cette année, mais une sélection en or avec un label très prisé dont font partie les deux cinéastes.

La cinéaste Danielle Arbid. Photo Lili Renée

La 73e édition du Festival de Cannes a dû être annulée en raison de la crise sanitaire mondiale, alors que cette manifestation aussi glamour que riche en films n’a jamais – exception faite en mai 1968 – fait défaut aux cinéphiles. Après de maintes réflexions sur le comment et le pourquoi du label Cannes, le président Pierre Lescure, réélu pour un 3e mandat, et son délégué général Thierry Frémaux ont présenté la sélection officielle 2020. Increvable festival dont les organisateurs trouvent toujours le moyen de témoigner de leur immense respect pour les cinéastes et le 7e art.

En effet, malgré le confinement et les circonstances difficiles par lesquelles est passé le monde entier, il semble que « les cinéastes n’ont pas baissé les bras, puisqu’ils nous ont envoyé 2 067 films, ce qui est un record », a souligné Thierry Frémaux.

Cinquante-six films ont été retenus. S’il n’y a pas de répartition en sections comme d’habitude (compétition, hors compétition ou encore séances spéciales) puisque ce n’est pas un festival physique, les organisateurs ont essayé de trouver « d’autres formes ». « Ce festival accompagne les films tout au long de l’année jusqu’aux Oscars, tant dans les salles que numériquement », indiquera Pierre Lescure.

Pour cette sélection, il y a donc les ténors ou, comme les désigne Thierry Frémaux, les fidèles de Cannes comme Wes Anderson avec The French Dispatch, tourné à Angoulême avec une pléiade de stars dont Bill Murray, Tilda Swinton et Timothée Chalamet ; ou le réalisateur oscarisé de Twelve Years a Slave, Steve McQueen, avec deux films, Lovers Rock et Mangrove. « Deux films historiques dont le dernier résonne avec l’actualité américaine puisque c’est un film de procès de policiers qui harcèlent la communauté black. »

La cinéaste japonaise Naomi Kawase est sélectionnée avec True Mothers, un film sur l’adoption, et le Danois Thomas Vinterberg avec Druk, sur la crise de la cinquantaine.

Du côté des films français, particulièrement bien représentés avec 21 longs-métrages, François Ozon a notamment été retenu avec Été 85 qui sortira le 15 juillet, alors que Maïwenn, après Polisse (2011) et Mon Roi (2015), revient avec ADN, un film « très touchant ».

Cinq comédies font aussi partie de cette sélection, marquée par ailleurs par un nombre élevé de premiers longs-métrages : « Certains films, qui étaient attendus en sélection, sont absents car leurs auteurs et producteurs ont choisi de repousser leur sortie à l’hiver ou au printemps 2021 », a également expliqué Thierry Frémaux. Mais il y a aussi les nouveaux venus. Dont deux cinéastes libanais, Danielle Arbid et Jimmy Keyrouz.


Jimmy Keyrouz sur le tournage de « Broken Keys ». Photo DR


Lueur d’espoir pour le cinéma local

Danielle Arbid a été deux fois sélectionnée à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, la première avec « Les champs de bataille » en 2004, et la seconde en 2007 avec « Un homme perdu ». Elle est aujourd'hui dans la sélection officielle. Pour la cinéaste, il était important de présenter son film Passion simple en 2020 et de ne pas le laisser à l’année prochaine, car il était terminé depuis quatre mois. « J’avais deux autres projets à entamer dont un remake d’un film de Fassbinder en arabe (Ali : Fear eats the soul) que je tournerai cette fois au Liban », précise-t-elle à L’Orient-Le Jour. Pour la première fois, le sujet de Passion simple, adapté du roman autobiographique d’Annie Ernaux et tourné en France, Florence, Anvers et Moscou, n’a rien à voir avec les histoires libanaises. « La romancière raconte si bien et en mots simples la chance de tomber amoureux. C’est à la fois simple et universel et je rêvais depuis longtemps de réaliser un film d’amour », indique la cinéaste établie en France depuis 30 ans et qui planche également sur l’écriture d’une comédie tout en préparant une exposition pour le centre Beaubourg de ses films de famille. Elle se dit ravie de sentir, après ce confinement, que le cinéma est bien vivant. « Pour la visibilité, il est certain que Cannes est la vitrine du monde et depuis l’annonce de Thierry Frémaux, mon téléphone ne fait que sonner. Je le remercie donc énormément d’avoir malgré tout concocté ce label cannois. C’est un homme qui a toujours défendu le cinéma. Grâce à cette initiative, le monde a eu une lueur d’espoir. » La cinéaste conclut : « Après ce confinement mondial, on pouvait croire que le 7e art ne survivrait pas. »

« Broken Keys » de Jimmy Keyrouz. DR

Les confinés pré-Covid

Jimmy Keyrouz, lui, fait partie de la catégorie « Premiers films ». L’étudiant à l’Université de Columbia s’était fait connaître par le public en 2016 grâce à son court-métrage Nocturne in Black, qui avait obtenu une médaille d’or aux Student Academy Awards, des récompenses établies par l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences qui organise les Oscars. Quatre ans plus tard, le court-métrage devient un long-métrage plus élaboré et s’intitule Broken Keys. Avant le label cannois, il avait fait la sélection de la Black List 2019 Annual Feature Lab à Los Angeles pour son scénario. Le film raconte l’histoire d’un musicien en pleine dictature Daech, essayant de vendre son piano pour aller vivre ailleurs. Mais pour cela, il lui faudra réparer l’instrument car il est brisé. « Il s’agit davantage de liberté d’expression dans ces pays opprimés et confinés bien avant le Covid-19. D’artistes qui ont perdu leur droit à s’exprimer », souligne Jimmy Keyrouz à L’OLJ. Le tournage a commencé au Liban, puis s’est poursuivi en Irak. « C’était une aventure effrayante mais exceptionnelle », témoigne-t-il. « Puis, à notre retour au Liban, la révolution d’octobre 2019 avait commencé. On a dû alors arrêter le tournage pendant quelques semaines parce que la plupart des membres de l’équipe participaient aux manifestations. Puis nous avons repris le tournage et il a été heureusement bouclé avant le confinement », raconte le jeune réalisateur.

Pour mémoire

Jimmy Keyrouz couronné d’or


« Je suis certainement fier de ce label, surtout que c’est mon premier film, affirme-t-il encore. J’avoue que je le dois à Antoun Sehnaoui et à sa boîte de production Ezekiel qui a cru en moi, à Gaby Yared qui a bien voulu rejoindre l’aventure et à mon équipe à 95 % libanaise. Aujourd’hui, je sais que ce film pourra accéder à d’autres festivals internationaux grâce à Cannes que je considère comme le plus grand des festivals. Et cela me suffit pour me réjouir », conclut Jimmy Keyrouz, un talent à suivre.

Avec le label Cannes 2020, le festival espère notamment permettre aux films de bénéficier d’une exposition maximale, alors que le secteur du cinéma est durement frappé par la crise.

Il convient de noter que Thierry Frémaux avait aussi affirmé travailler à des collaborations avec d’autres festivals internationaux. « On s’est parlé beaucoup », a-t-il dit, rappelant que l’idée avait été évoquée « de faire quelque chose » avec la Mostra de Venise, qui doit se tenir début septembre. « Le Festival de Cannes dévoilera prochainement la façon dont il entend déployer son activité à l’automne prochain », a-t-il promis.


La 73e édition du Festival de Cannes a dû être annulée en raison de la crise sanitaire mondiale, alors que cette manifestation aussi glamour que riche en films n’a jamais – exception faite en mai 1968 – fait défaut aux cinéphiles. Après de maintes réflexions sur le comment et le pourquoi du label Cannes, le président Pierre Lescure, réélu pour un 3e mandat, et son délégué...

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