L’archéologue Laure Salloum a reconstitué le squelette mis au jour à Rmeil pour comprendre et documenter la position initiale du corps. Avec l’aimable autorisation de la DGA
Non, le tombeau d’Alexandre le Grand n’a pas été découvert à Beyrouth, malgré l’emballement récent des réseaux sociaux. La réalité archéologique est tout autre, bien que particulièrement enrichissante pour l’histoire de la capitale libanaise.
Face au siège d’Électricité du Liban (EDL), des fouilles de sauvetage menées par Laure Salloum, responsable des fouilles à Beyrouth, dans la région de Baalbeck et du Hermel auprès de la Direction générale des antiquités (DGA), ont mis au jour de modestes sépultures. Pour l’heure, les premières investigations ont révélé de simples fosses funéraires, dont certaines sont directement taillées dans la roche. « Il s’agit de tombes collectives, chacune d’elles contenant les restes mortels de plusieurs individus », explique Mme Salloum, précisant que « ces structures correspondent à un pan de la nécropole romaine qui s’étendait alors hors des murs de la ville ». Cette campagne d’urgence a été déclenchée en amont de travaux privés visant la consolidation et l’agrandissement d’un bâtiment traditionnel sur deux parcelles adjacentes.

Côté Saint-Nicolas, à quelques mètres de la maison Wardé, les défunts ont été inhumés directement sur le sable rouge. Près des ossements, les archéologues ont exhumé des balsamaires, ces précieux flacons romains qui renfermaient les huiles parfumées indispensables aux rites funéraires. « Ce n’est pas la première fois que le sous-sol d’Achrafieh révèle les secrets de la nécropole romaine. Historiquement, ce secteur se situait à la périphérie est de la cité, une zone traditionnellement réservée aux ‘‘cités des morts’’ et aux activités artisanales, les lois romaines interdisant les enterrements intra-muros. »
Une grande zone de type funéraire
En effet, des fouilles antérieures ont jalonné les quartiers d’Achrafieh. En 2007, les excavations menées par la DGA à la rue Ghandour el-Saad avaient permis de dégager une nécropole romaine de plus de 200 sarcophages datés du Ier au IIIe siècle de l’ère chrétienne. Ils sont en pierre, en terre cuite et plomb, renfermant des squelettes humains et des balsamaires (fioles à onguent). La présence des traces de clous de fer laisse supposer qu’il y avait aussi des sarcophages en bois. Au site de la rue Ghandour el-Saad, s’ajoutent ceux de Furn el-Hayek, SNA, Akkaoui, la Sagesse, dans la zone située entre Mar Mitr et la rue du Liban (face à l’église Saydet el-Béchara), ainsi qu’à la rue Maroun Naccache, à Gemmayzé, où les fouilles ont dévoilé un temple romain (malheureusement pillé dans l’Antiquité), ainsi que trente tombes renfermant des squelettes d’enfants, d’adultes et de quatre chiens appartenant à des chasseurs ou à des membres de l’armée romaine. Toutes ces découvertes ont permis aux spécialistes de restituer la topographie historique de cette grande zone de type funéraire qu’est le monticule d’Achrafieh, et d’apporter une somme de connaissances sur les modes d’inhumation à cette période de l’histoire. On sait aujourd’hui que du Ier siècle avant J.-C. jusqu’au Ier siècle de notre ère, la majorité des cercueils utilisés étaient en bois. Un changement de tradition est ensuite survenu avec l’utilisation de la terre cuite et de la pierre, et plus tardivement du plomb, vers le IIIe siècle.


