L’Association des compagnies d’assurance et de réassurance (ACAL) a proposé à ses membres d’encaisser les paiements des diverses polices d’assurance contractées par les citoyens, soit dans la devise du contrat (en dollars), soit dans son équivalent en livres libanaises (LL) mais au taux du marché (presque 4 000 LL/1 $ aujourd’hui) et non plus au taux officiel de 1 507 LL.
Bien sûr, les compagnies d’assurance se sont pliées à la volonté de leur association et ont accordé aux citoyens le délai d’une petite semaine avant l’application de cette décision, à partir du 1er mai 2020. Les intermédiaires d’assurance (brokers), quant à eux, « ont fait preuve de compréhension concernant cette proposition », toujours selon l’ACAL. Cette proposition est justifiée principalement par le fait que les montants des contrats de réassurance sont réglés par transferts bancaires à l’étranger en dollars américains « frais » procurés au prix du marché, et ce depuis sept mois, toujours selon l’ACAL.
Or la majorité des coûts des compagnies d’assurance sont toujours les mêmes, et sur la base d’un dollar au taux officiel de 1 507 LL. Par exemple :
Les montants des salaires de leurs employés, payés en LL, sont toujours les mêmes quel que soit le taux le change.
Toutes leurs taxes et frais administratifs, calculés et payés en LL, sont toujours les mêmes quel que soit le taux de change.
Leurs frais de fonctionnement d’électricité, de fuel, de téléphone fixe ou mobile, d’internet, l’essence, même les loyers… sont toujours payés en LL, au taux officiel de 1 507 LL.
Leurs prêts bancaires, lignes de crédit… même ceux contractés en dollars, et les intérêts qu’elles payent, sont toujours payables en LL, au taux officiel de 1 507 LL.
Les factures des hôpitaux, dans le cadre des polices d’assurance médicale par exemple, leur sont toujours facturées en LL, aux mêmes tarifs calculés sur la base d’un taux de change à 1 507 LL.
L’incidence réelle de la hausse du taux de change du dollar ne se reflète après tout que dans un très modeste pourcentage du coût global des compagnies d’assurance.
Dans ce contexte, la proposition de l’ACAL d’imposer aux assurés, s’ils choisissent les paiements en LL, l’application du taux du marché, porterait en elle l’intention de multiplier injustement les revenus des compagnies d’assurance, aux dépens de la situation déjà très précaire des assurés et de leurs familles.
En cas d’application de cette proposition, la majorité des dizaines de milliers d’assurés, dont les salaires et revenus sont toujours les mêmes, au meilleur des cas, et en LL, ne pourront plus payer leurs polices d’assurance et se retrouveront alors simplement sans couverture.
Dans le domaine vital de la couverture médicale, par exemple, les retombées de la proposition de l’ACAL seront dangereuses quant à la paix sociale dans le pays.
À partir de là, l’ACAL est appelée à revoir sa proposition. Sinon, le ministère de l’Économie et du Commerce a la responsabilité et le devoir d’intervenir afin de la faire suspendre, au moins pour les polices d’assurance médicale, le temps qu’une étude scientifique et approfondie de ce dossier puisse aboutir à une décision moins arbitraire.
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