CRISE

L’université face au défi : comment sauver l’année académique ?

Confrontées à d’importantes turbulences, les institutions universitaires ont comme principal souci d’assurer la continuité au prix de grands points d’interrogation.

Le campus de la NDU à Louaizé. Photo André Fahed

Face aux différentes crises qui se sont succédé depuis le début de l’année universitaire, les universités libanaises ont dû s’adapter pour assurer en ligne les cours. Si certaines universités, à l’instar de l’AUB, de la NDU et de l’USEK, affirment « qu’elles n’en n’étaient pas à leur première expérience d’enseignement à distance, et qu’elles étaient prêtes à dispenser les cours sur les plateformes numériques », toutes à l’unanimité admettent que leurs étudiants ont rencontré d’énormes problèmes liés à l’infrastructure du pays : mauvaise connexion internet, voire absence totale du réseau dans certaines régions, manque de concentration, mais, surtout, comme elles le reprochent toutes au ministère de l’Éducation, « l’absence d’une plus large plateforme éducative accessible gratuitement aux utilisateurs, comme il l’avait promis ». « Ce qui a rendu le travail, pour les étudiants, beaucoup plus dur et surtout beaucoup plus coûteux », déplore le père Pierre Najem, recteur de la NDU. Concernant ce dernier aspect, la LAU a offert 30 mégaoctets de trafic internet à chacun de ses étudiants afin d’alléger la nouvelle charge financière générée par les cours en ligne et afin d’assurer « l’égalité d’accès à l’internet », comme le souligne le président de la LAU, Joseph Jabbra.

Toutefois, c’est la nature de certains cours, souvent irréalisables sur le net, qui a constitué un grand défi pour les universités. L’AUB, par exemple, admet que les travaux pratiques et de recherche ainsi que certains cours en médecine, en soins infirmiers et en santé publique, n’ont pas été couverts. L’ALBA et l’USJ, affirment, quant à elles, avoir « beaucoup travaillé pour introduire cette nouvelle méthode d’enseignement ». « Aujourd’hui, 75 % des cours théoriques ont été dispensés, suivis par des évaluations pour s’assurer de la présence aux cours et de la bonne compréhension de l’étudiant », souligne avec satisfaction André Bekhaazi qui a tenu à saluer l’énorme travail fourni par les professeurs. Le directeur de l’ALBA admet néanmoins n’avoir pas pu couvrir tout l’éventail des cours pratiques, tels que le fashion design, le modelage, le cinéma, qui exigent des matériaux ou des modèles que les étudiants n’avaient pas, ou encore ceux de l’animation en graphic design, qui nécessitent l’achat de logiciels souvent très chers pour les étudiants. Le père Salim Daccache, recteur de l’USJ, reconnaît de son côté « n’avoir jamais pensé pouvoir relever ce défi, surmonté grâce aux efforts déployés par l’équipe du service informatique qui a travaillé sans relâche pour réaliser cette tâche », dit-il. « Une réussite qui a poussé des professeurs à envisager de donner leurs prochains cours en ligne, malgré le fait que certaines sessions ne peuvent être assurées à distance telles que les expériences en biologie ou les cours de laboratoire », ajoute-t-il. Même son de cloche du côté de la LAU dont le président Jabbra applaudit le travail du service des technologies informatiques (IT) à la LAU qui a soutenu la communauté universitaire dans sa soudaine et rapide conversion vers le numérique et offert des cours intensifs aux enseignants qui le souhaitent ou qui en avaient besoin.

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À l’USEK, les professeurs étaient familiarisés aux méthodes de l’enseignement en ligne depuis 2012, grâce à la création d’un centre au sein de l’université, le LTEC (Learning and Teaching Excellence Center), consacré à la formation des enseignants aux nouvelles méthodes d’enseignement et d’apprentissage, comme l’explique le vice-recteur aux affaires académiques de l’USEK, Barbar Zeghondy.

Quant à l’Université libanaise (UL), elle reconnaît avoir connu « d’importantes difficultés, tant au niveau des professeurs pour qui l’expérience de l’enseignement en ligne était complètement nouvelle, qu’au niveau des étudiants qui ont fait face à des problèmes techniques liés à une mauvaise connexion internet ou encore à leur impossibilité de se concentrer ou de trouver le calme dans leurs logements souvent exigus », note le recteur de l’UL, le professeur Fouad Ayoub.


Comment pallier le manque des cours inachevés ?

Conscientes de leur devoir d’agir en tenant compte des incertitudes de la situation et des lacunes posées par l’enseignement en ligne, certaines universités, à l’instar de l’UL, ont bâti une stratégie d’action, en prenant en considération le meilleur des scénarios pour rattraper les cours manqués. Le professeur Fouad Ayoub l’explique en insistant sur le fait que ce ne sont que des suppositions et que rien n’est décisif : « Dans le cas où l’université rouvrirait ses portes début juillet, les étudiants qui n’ont pas encore présenté leurs examens du 1er semestre pourront le faire au début du mois de juillet, explique-t-il. Par la suite et durant les deux mois d’été, les étudiants termineront les cours inachevés en ligne, pour présenter, à partir du 15 septembre, les examens du second semestre. La nouvelle année universitaire pourrait alors commencer au mois de novembre. »

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L’ALBA qui espère, quant à elle, reprendre les cours au mois de juin, suggère de « combler les lacunes des cours théoriques et pratiques durant les deux mois de l’été pour passer les examens du second trimestre à la fin du mois de septembre ». L’USJ, très sceptique quant à un retour à l’université de sitôt, propose « un rattrapage et une sorte de réappropriation des cours manqués, en été durant un mois ». Elle met également des enregistrements de cours à la disposition des étudiants qui n’ont pas pu suivre les cours en ligne. Même appréhension du côté de Fadlo R. Khuri, président de l’AUB, qui désapprouve complètement « une réouverture des universités à la fin de l’année qui mettrait en danger les étudiants qui risquent d’être contaminés ». L’USEK, quant à elle, a décidé de se conformer aux décisions du gouvernement et prévoit une rentrée aux alentours du 25 mai. « Elle se fera par échelonnement, pour éviter aux étudiants tout danger de contamination », tient à préciser Barbar Zeghondy. « Les étudiants présenteront leurs examens à la fin du mois de juin, le temps de terminer les cours et les stages inachevés. Les deux mois d’été seront consacrés aux étudiants de fin d’année, pour leur assurer leur diplôme », conclut-il.


Résoudre le problème des examens de fin d’année

Encouragée par la réussite de son expérience dans l’enseignement à distance, la LAU, quant à elle, offre en ligne les programmes planifiés pour le semestre d’été pour les étudiants à la veille d’obtenir leurs diplômes mais également pour tous les autres. Pour l’ALBA, c’est au niveau des étudiants qui doivent défendre leur projet de diplôme devant un jury que le problème se pose. « Ils ne peuvent certainement pas le faire en ligne », souligne André Bekhazi qui affirme avoir suggéré aux étudiants de continuer leurs projets de diplôme et de les corriger avec leurs professeurs. La NDU, quant à elle, pense faire passer les tests « aux étudiants de dernière année et de master uniquement », ajoutant que ne sera retenue que la meilleure note obtenue par l’étudiant dans les derniers tests effectués.

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Quant à l’AUB, elle a décidé de terminer le semestre en proposant aux étudiants de présenter les examens en ligne. « Plus de 25 % des étudiants de l’AUB sont des étrangers qui ont déjà quitté le pays. Il leur est donc impossible de retourner au Liban pour présenter les examens. Et ce serait injuste pour eux, souligne Fadlo R. Khuri. Nous avons encouragé les professeurs à réduire leur recours aux examens, en particulier aux examens finaux, en proposant un certain nombre d’alternatives très efficaces pour tester les résultats d’apprentissage des étudiants, comme par exemple la présentation de projets, ou en donnant la possibilité aux étudiants de choisir l’option cours réussi ou non (pass/no pass), au lieu des notes. De cette manière, ceux qui le souhaitent peuvent choisir d’avoir une note pour un cours donné et améliorer ainsi leur moyenne, les autres auront la mention réussi ou non. » L’USJ, pour laquelle l’option du pass/no pass ne fait pas partie de la culture de l’université, envisage de « faire passer les examens aux étudiants de dernière année et de master uniquement » gardant la décision à chaque institution et faculté de décider des examens de leurs étudiants.

Mais comment passer des examens en ligne qui ne sont pas légalisés par l’État libanais ? Le père Salim Daccache répond : « L’AUB et l’USJ ont présenté un projet de loi sous condition à Mme Bahia Hariri, présidente de la commission parlementaire de l’Éducation, afin de légaliser les examens en ligne non reconnus par l’État. Le Parlement est en train de l’étudier actuellement. Nous espérons qu’il portera des fruits. Cela sauvera l’année de nos diplômés. »




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