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Société - Éducation

Toujours aucun scénario pour les épreuves officielles du bac et du brevet

Alors qu’une réouverture des écoles est espérée le 8 juin, le secrétaire général des établissements catholiques invite l’État à payer les écolages en période de coronavirus.

Les parents d'élèves sont réticents à régler les frais de scolarité dans leur intégralité en période de confinement. Photo DR

Les écoles pourraient rouvrir leurs portes le 8 juin prochain si le nombre de contaminations au coronavirus reste stable. C’est ce qu’a proposé hier le Conseil supérieur de la défense, dans le cadre d’un plan de déconfinement en cinq étapes, alors que le Conseil des ministres a prolongé la mobilisation générale jusqu’au 10 mai. Les élèves du Liban auraient donc raté 14 semaines d’enseignement, soit trois mois et demi depuis le 29 février dernier. Mais la réponse tarde à venir quant aux immenses défis auxquels est confronté le secteur éducatif.

Défis d’autant plus profonds que l’année scolaire dans son ensemble a été chaotique, entrecoupée de fermetures sur fond de révolte populaire. Et seules les institutions les mieux préparées, les grandes écoles privées plus particulièrement, peuvent se vanter d’avoir réussi à dispenser un enseignement en ligne de qualité permettant aux élèves d’avancer dans leur programme scolaire. La grande majorité des établissements s’est donc contentée de révisions, au mieux de quelques vidéos ou consignes via WhatsApp, dans l’attente d’une reprise hypothétique des cours. Vu les grandes disparités entre les établissements, il est légitime de se demander quelle forme prendront les évaluations pour le passage de classe et si les examens officiels auront bien lieu. Pour le secteur privé, ces défis viennent s’ajouter à une situation de crise aiguë, provoquée par l’adoption en août 2017 de la loi 46 qui accordait aux enseignants une augmentation sensible de salaire et six échelons supplémentaires. Avec l’aggravation de la crise financière et le confinement imposé par le coronavirus, les scolarités impayées ont désormais atteint des chiffres record, poussant nombre d’établissements scolaires à réduire les salaires de leurs enseignants ou carrément à ne plus les payer.


(Lire aussi : Mobilisation générale contre le coronavirus : le ministre de l'Education veut une "solution acceptable pour tous")



Les attestations, une solution rejetée

C’est dans ce cadre que le ministre de l’Éducation, Tarek Majzoub, planche toujours sur différents scénarios possibles quant à l’aboutissement de l’année scolaire, dans « le souci de trouver des solutions acceptables pour tous ». Concernant les frais de scolarité, il promet de trouver « une solution médiane qui convienne aux parents ainsi qu’aux écoles ». Ces termes flous montrent que le ministre n’a toujours privilégié aucun scénario plausible. Pas plus sur les modalités d’évaluation des élèves que sur les examens officiels, ou sur la réponse à donner à un secteur privé à l’avenir incertain. Tout juste apprend-on de sources informées que « les attestations ne semblent pas envisagées cette année, de nombreuses personnes non méritantes risquant d’en tirer profit ». Une décision fermement soutenue par le secrétaire général des écoles catholiques, le père Boutros Azar, également secrétaire général de la Fédération des associations éducatives privées, qui insiste pour « le maintien du bac » après une reprise des cours pour 8 à 10 semaines. Un retour sur les bancs de l’école « serait donc envisagé, avec au moins 8 semaines de cours (7 semaines avec les samedis) pour boucler l’année scolaire de manière condensée, tout en éliminant certaines matières jugées non indispensables », précise la source informée. Quoi qu’il en soit, « les scénarios seront guidés par l’évolution de la pandémie de coronavirus, vu la crainte d’une seconde vague ».

Parents, enseignants, écoles également touchés par la crise

Une chose est sûre en revanche. L’école privée est aujourd’hui gravement touchée sur le plan financier, mis à part quelques établissements de grand standing. Car de nombreux parents d’élèves victimes de la crise ne paient plus les écolages, alors que d’autres rechignent à verser les scolarités dans leur intégralité, certains services ou enseignements n’étant pas assurés à distance. « Nos élèves travaillent beaucoup, et l’enseignement à distance est une vraie réussite. Mais nous sommes convaincus que les frais de scolarité peuvent être allégés en cette période de confinement », affirme Maya Geara, présidente du comité de parents d’élèves au collège Saint-Grégoire et conseillère légale d’un regroupement de comités de parents d’élèves de l’école privée. À titre d’exemple, depuis le confinement, « le service d’autocar n’est pas assuré ». Il n’est certes « pas question de réduire les salaires des enseignants », mais Mme Geara tient à rappeler que « de nombreux parents d’élèves sont aujourd’hui au chômage » et que, de manière générale, « les salaires payés en livres libanaises ne valent plus rien », vu la dépréciation grimpante de la monnaie nationale par rapport au dollar. « Nous espérons arriver à une solution », dit-elle.

Pour les institutions scolaires dans leur grande majorité, la situation devient « intenable ». Le père Boutros Azar révèle qu’« au niveau des écoles catholiques, seulement 36 % des écolages du premier trimestre ont été réglés » et que « les choses ont empiré au deuxième trimestre où seulement 19 % des parents d’élèves se sont acquittés des frais de scolarité ». Et pourtant, « les institutions catholiques n’ont pas augmenté les écolages cette année ». Il précise d’ailleurs que sans le soutien de leurs ordres religieux, « la grande majorité des écoles catholiques auraient fait faillite ». « Dans cet état des lieux, comment payer les enseignants ? » demande-t-il.

10 000 enseignants privés totalement ou partiellement de salaire

La situation est tout aussi compliquée pour les professeurs. « Les difficultés économiques et le confinement imposé par le coronavirus, qui viennent s’ajouter à la crise provoquée par l’échelle des salaires, ont poussé nombre d’administrations scolaires à cesser de payer leurs enseignants ou au mieux à réduire leurs salaires », dénonce le président du syndicat des enseignants de l’école privée, Rodolphe Abboud. « Et sur 45 000 enseignants du privé, quelque 10 000 souffrent aujourd’hui de coupes partielles ou totales de salaires. » Ce qui a poussé les plus vulnérabilisés, sur demande du syndicat, « à interrompre l’enseignement ». « Fort heureusement, certaines institutions continuent de payer leurs enseignants à 100 % », reconnaît le syndicaliste.

Quelle solution en période de coronavirus pour le secteur éducatif privé qui scolarise les deux tiers des élèves du pays ? « À moins d’être soutenue par les autorités, l’école privée lutte aujourd’hui pour sa survie et risque de se voir délestée de quelque 100 000 élèves l’année prochaine », craint le père Azar qui voit l’avenir avec pessimisme. Il rappelle d’ailleurs « les retards de paiement de cinq ans des autorités aux écoles semi-gratuites ». Et propose « que l’État paie les écolages cette année afin de permettre aux écoles privées de poursuivre leur mission ».

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