Éclairage

Comment le coronavirus peut entraver une réélection de Trump

Alors qu’il a fait de l’économie le fer de lance de sa campagne, la crise sanitaire représente la plus grande menace pour l’économie américaine depuis la Grande dépression de 1929.

Une manifestation contre le confinement au Texas, le 25 avril 2020. Jeremy Lock/Reuters

L’agenda de Donald Trump aurait dû être bien différent pour les sept prochains mois. Tablant sur un renouvellement de son mandat en novembre, le locataire de la Maison-Blanche devrait être en train de multiplier les rassemblements, prononcer de grands discours sur ses projets pour les quatre ans à venir, poser pour des selfies et motiver les partisans républicains à coup de « Keep America Great », en écho à son slogan de 2016 « Make America Great Again ». Une campagne présidentielle des plus traditionnelles pour une partie déjà gagnée d’avance à ses yeux, face au candidat démocrate Joe Biden. Un tableau idéal qui a cependant été vite balayé par la pandémie de coronavirus et dont la gestion par Washington pourrait désormais lui coûter sa réélection. « La crise du coronavirus est non seulement un problème (sanitaire) à affronter pour l’administration Trump, c’est aussi un problème politique », observe Terry M. Moe, professeur de sciences politiques à l’Université de Stanford.

Les États-Unis sont le pays le plus durement touché par le Covid-19 dans le monde, alors que la barre des 50 000 morts a été franchie la semaine dernière et que plus de 890 000 cas positifs au virus ont été recensés. Sur le plan économique, la crise représente la plus grande menace pour l’économie américaine depuis la Grande dépression de 1929 : 26 millions d’Américains ont perdu leur emploi au cours des cinq dernières semaines tandis que le PIB du pays devrait plonger de 12 % ce trimestre. Des chiffres qui font tache pour Donald Trump, qui a fait de l’économie le fer de lance de sa campagne présidentielle, à l’instar de celle de 2016. Le président américain n’a donc qu’un seul mot d’ordre à la bouche : relancer l’économie. Adoptant des mesures sans précédent, il a signé vendredi dernier un nouveau plan d’aide de 484 milliards de dollars pour soutenir les hôpitaux ayant des difficultés à couvrir leurs coûts de fonctionnement et pour aider les petites entreprises à éviter d’effectuer des licenciements. Une initiative qui s’ajoute aux quelque deux milliards de dollars débloqués par le Cares Act, mégaplan de sauvetage de l’économie américaine signé à la fin du mois de mars pour venir en aide aux petites entreprises, aux industries et aux Américains touchés par la pandémie. « Trump comprend sûrement qu’une grave récession ou même une dépression lui coûterait sa candidature pour une réélection et il est impatient de voir l’économie reprendre son élan d’ici à la fin de l’été ou à l’automne », indique Seth Masket, professeur de sciences politiques à l’Université de Denver. « Il est cependant difficile d’y arriver alors que le nombre de cas de Covid-19 est si élevé et qu’il continue d’augmenter », nuance-t-il.


(Lire aussi : Les premières leçons géopolitiques de la crise du Covid-19)

Récit édulcoré
En parallèle, le président américain doit jongler avec des cours du pétrole en chute libre depuis mars suite à une intense guerre des prix entre Riyad et Moscou, qui s’est directement répercutée sur les producteurs de pétrole de schiste américains. Les tensions avec Téhéran, ennemi numéro un de Washington, ont également connu un regain récemment suite à un incident en mer du Golfe entre leurs flottes respectives, menant les deux pays à menacer de s’attaquer dans la région. « Donald Trump pourrait faire quelque chose de très spectaculaire en matière de politique étrangère juste pour détourner l’attention des gens de ce qui se passe en interne. Son équipe, y compris le secrétaire d’État Mike Pompeo, pourrait également y voir une opportunité de rendre la vie de l’Iran plus difficile encore », explique Terry M. Moe.

En ce qui concerne la cote de popularité du président américain, elle est en baisse selon les derniers chiffres, avec une chute de six points depuis mars pour arriver à 43 %, selon un sondage effectué par l’Institut Gallup à la mi-avril. Le candidat démocrate dépasserait Donald Trump de sept points dans la course présidentielle avec 49 % des voix contre 42 %, indique également un sondage NBC News/WSJ prenant en compte les électeurs inscrits.

Il a tenu des propos contradictoires avec les déclarations des membres de son administration, répercuté de fausses informations, insisté à utiliser l’expression controversée « virus chinois », appelé à manifester contre des mesures de confinement pour « libérer » certains États… Imprévisible, le président américain a changé de versions sur l’ampleur de la crise à plusieurs reprises, partant souvent dans des envolées improvisées lors de conférences de presse. Ce qui lui a valu de violentes critiques dans les cercles politiques et médicaux. « Il est consumé par le désir d’être réélu. Plutôt que de traiter la réalité des faits, il construit un récit édulcoré pour dire aux gens que tout va bien », estime Terry M. Moe.


« Ne défendez pas Trump »
Ainsi, après avoir salué le rôle et la gestion de la crise par le président chinois Xi Jinping, le locataire de la Maison-Blanche a finalement opté pour une attitude belliqueuse à l’égard de Pékin, dénonçant son « implication » dans la propagation du virus. « Comme d’autres présidents l’ont fait avant lui, Trump essaie d’éviter d’être blâmé pour la situation difficile en faisant porter le chapeau à un autre pays », analyse Seth Masket. « Il est cependant peu probable que cela influence de nombreux électeurs alors que cela sape potentiellement les négociations commerciales entre Washington et Pékin sur le long terme », poursuit-il. Les deux dirigeants ont signé la phase 1 d’un accord commercial entre leurs deux pays en janvier dernier, selon lequel la Chine est censée acheter pour 200 milliards de dollars de produits américains supplémentaires étalés sur les deux prochaines années. Donald Trump avait toutefois indiqué que les États-Unis supprimeraient les droits de douanes punitifs contre Pékin, concernant plus de 370 milliards de dollars de produits chinois, « s’ils arrivent à conclure la phase 2 » du traité.

Signe d’une volonté des républicains de réorienter le débat autour de la Chine, un document de 57 pages du Comité national républicain de campagne sénatoriale obtenu par le site Politico conseille aux sénateurs et candidats républicains de rediriger les débats vers le rôle de Pékin dans la propagation du coronavirus s’ils sont interrogés sur la gestion de la crise par le président américain. « Ne défendez pas Trump, à part l’interdiction de voyager en Chine, attaquez la Chine », préconise le document. Un spot de campagne liant Joe Biden à Pékin a également été mis en ligne par l’équipe de campagne de Donald Trump.

« Les républicains sont à 100 % derrière le président Trump. Ils continueront à le soutenir, même si son leadership est mauvais pendant la crise du coronavirus », note Terry M. Moe. Le locataire de la Maison-Blanche peut se reposer sur une base partisane solide alors qu’il reste soutenu par 85 % des républicains, selon un sondage Reuters/Ipsos réalisé au début du mois. Un soutien qui ne faiblit pas alors que quelques centaines, voire des milliers d’Américains, ont répondu à ses appels à manifester ce mois-ci contre le confinement imposé dans certains États tenus par des responsables démocrates comme en Virginie, au Colorado ou encore dans l’État de Washington. Les jeux sont donc loin d’être faits. Joe Biden peine à faire entendre sa voix en pleine pandémie et les retombées de l’apport du soutien de l’ancien président Barack Obama et de sa femme Michelle ne sont pas encore claires pour le moment. Dans un paysage politique plus polarisé que jamais entre pro et anti-Trump, les votants indécis devraient, cette année encore, être ceux qui feront pencher la balance d’un côté ou de l’autre en novembre.


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commentaires (5)

Il y a un proverbe qui dit que le peuple a le président qui mérite . Le peuple Amercaiin est très ignorant

Eleni Caridopoulou

17 h 24, le 03 mai 2020

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Commentaires (5)

  • Il y a un proverbe qui dit que le peuple a le président qui mérite . Le peuple Amercaiin est très ignorant

    Eleni Caridopoulou

    17 h 24, le 03 mai 2020

  • Les gens vivant à l’extérieur des Etats-Unis n’arrivent pas à comprendre comment ce bouffon, menteur, mégalomane, totalement ignare et dangereux aurait encore avec lui 40% de supporters, dont plus de 80% de républicains la majorité dans les États du Sud! Juste pour vous donner la dimension du primitivisme, le manque d'éducation et de culture des américains, je vous citerais cette enquête réelle faite l’année passée où on aurait posé la question d’où viendrait le lait: avec réponse des vaches blanches et quand on leur a demandé d'où viendrait le lait au chocolat, plus de 16 millions d’américains ont répondu des vaches brunes... Réponse siderante qui expliquerait bien la popularité de ce clown et pourquoi il pourrait être réélu,

    Saliba Nouhad

    00 h 27, le 28 avril 2020

  • Un gaffeur à répétition n'est rien d'autre qu'un incompétent ou alors un clown . Voilà pourquoi cette 1ere puissance mondiale est entrain de pericliter, la suite des dirigeants de cette grande puiss1nce n'ont travaillé que pour un groupe de lobbyiste , pas pour le bien des usa et encore moins du monde , comme la propagande à tjrs voulu le faire croire . Je souhaiterais voir ce clown reconduit en Novembre 2020 pour le Grand bien de ses ennemis .

    FRIK-A-FRAK

    17 h 53, le 27 avril 2020

  • AVEC LES CONNERIES EMISES PAR LE GAFFEUR DURANT CE TEMPS ET LE NOMBRE DES CAS D,INFECTION ET DES MORTS LES AMERICAINS DOIVENT SE REVEILLER.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 51, le 27 avril 2020

  • Enfin des perspectives agréables pour la fin de l'année où nous pourrions être, à la fois, débarrassés du virus et de ce clown !

    Michau François

    08 h 42, le 27 avril 2020