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Moyen-Orient - Éclairage

Face à la crise du Covid-19, la Turquie veut se poser en modèle

Ankara envoie de l’aide médicale à 34 pays afin d’endiguer l’épidémie, mais sa gestion interne n’est pas exempte de critiques.

Une célèbre rue d’Istanbul déserte, lors du confinement imposé le week-end dernier par les autorités pour lutter contre le coronavirus. Umit Bektas/Reuters

18 mars. Le coronavirus a atteint la Turquie depuis une semaine, mais le président Recep Tayyip Erdogan paraît confiant. « De grandes opportunités nous attendent dès que nous sortirons avec succès de cette période de crise du coronavirus », estime-t-il. Le médias progouvernementaux s’enorgueillissent du fait que le pays avait une expérience particulière dans la lutte contre l’épidémie. La Turquie ne décompte alors qu’un seul décès dû au Covid-19. Moins d’un mois plus tard, le bilan est moins flatteur. Près de 61 100 personnes ont été touchées et 1 296 en sont mortes, faisant de ce pays le deuxième plus touché dans la région après l’Iran (officiellement plus de 73 300 cas et plus de 4 585 morts). Frappée par le virus plus tard que d’autres pays, la Turquie a mis un certain temps avant de prendre conscience de la menace et tenter d’en limiter la propagation. Touchée par une grave crise monétaire en 2018, l’économie turque peine à sortir la tête de l’eau. Le gouvernement a pris certaines mesures dès l’apparition du virus, comme la suspension des vols vers Téhéran ainsi que d’autres destinations dans le monde, puis a imposé mi-mars aux 81 gouvernorats provinciaux la fermeture des écoles et des lieux culturels (théâtres, cafés, cinémas) et a interdit les prières de groupe dans les mosquées.

Le président turc a enjoint fin mars à ses concitoyens de limiter les contacts et de rester chez eux, sans imposer toutefois des mesures de confinement drastiques, sauf pour les moins de 20 ans et les plus de 65 ans. À mesure que la contamination progressait, le gouvernement a tout fait pour assurer à la population de 80 millions d’habitants que les choses sont sous contrôle, testant massivement (20 000 tests par jour) et promettant de distribuer gratuitement des masques à toutes les familles. Mais comme tout gouvernement face à une crise inédite, Ankara a commis des erreurs dans la gestion de la crise. « Même si la gestion est plutôt bonne, il aurait fallu prendre des mesures de fermeture des établissements par exemple, une, voire deux semaines plus tôt », estime Bayram Balci, professeur à Sciences Po et spécialiste de la Turquie.

Craignant plus que tout un effondrement de l’économie, Erdogan a laissé les secteurs de l’industrie et du tourisme tourner malgré les risques. Cette décision a provoqué de vives réactions, sachant que les principales sources d’infection provenaient de voyageurs venus d’Europe et de pèlerins revenus du Moyen-Orient. Le président turc a insisté sur le fait que le pays devait continuer à produire comme d’habitude et a promis une aide financière aux familles de travailleurs. « Le pouvoir craint l’impact de la crise sur l’économie. C’est la crainte mortelle d’Erdogan, c’est pourquoi il préfère ne pas faire de confinement généralisé », poursuit Bayram Balci. Des économistes turcs estiment toutefois que plus un verrouillage complet sera décidé, plus les coûts seront bas et la reprise économique rapide. Dans un rapport publié la semaine dernière et intitulé « Le coût économique de l’attente en faveur de nouvelles mesures anticoronavirus », Selva Demiralp, professeur d’économie à l’Université Koc d’Istanbul, explique que le prix à payer, économiquement, de la maîtrise immédiate de la pandémie en avril serait moindre que si un confinement était retardé puis imposé par nécessité le mois suivant, soit en mai.


(Lire aussi : La crise du coronavirus : une parenthèse ou un nouveau monde ?)

Un pays habitué aux catastrophes

Vendredi dernier, les autorités ont toutefois tenté d’imposer un confinement de 48 heures aux habitants d’une trentaine de provinces qui a tourné au fiasco. Parce que annoncée seulement deux heures avant le début du couvre-feu, cette décision a eu pour effet immédiat d’inciter des milliers de Turcs paniqués à se précipiter dans les commerces pour faire des provisions, sans tenir compte des règles de distanciation sociale. « C’était une erreur monumentale. Il a sûrement dû y avoir des contaminations importantes à ce moment-là, et la Turquie en paiera le prix dans deux semaines », estime l’expert. Autre fait perturbant, la municipalité d’Istanbul, la plus grande du pays, aux mains de l’opposition, n’a pas été informée à l’avance de la décision du gouvernement. Critiqué de toutes parts pour sa gestion désastreuse, le ministre de l’Intérieur Süleyman Soylu a annoncé dimanche soir sa démission, aussitôt rejetée par Erdogan. Dans le communiqué par lequel il présentait sa démission, M. Soylu a défendu le confinement, une « mesure prise de bonne foi, visant à ralentir autant que possible la propagation de l’épidémie ». Afin d’éviter une nouvelle fois la confusion, Erdogan a prévenu hier qu’il allait reconduire le confinement le week-end prochain.

Ces cafouillages n’ont pas entaché la confiance des autorités qui se vantent d’avoir une gestion impeccable de l’épidémie et de pouvoir y faire face mieux que beaucoup d’autres pays. La Turquie compterait plus de lits en unité de soins intensifs – près de 46 pour 100 000 habitants – qu’aux États-Unis et en Allemagne, qui en ont respectivement 34,7 et 29,2. Environ 75 % des lits sont dans des hôpitaux publics, alors que l’Espagne, deuxième plus gros foyer du virus en Europe, n’en a que 36 %. « C’est un pays qui a l’habitude de faire face à des crises parce qu’il y a beaucoup de tremblements de terre par exemple. Il y a des services de risques et d’urgence assez développés. Il y a beaucoup de réfugiés aussi, donc ils ont appris à répondre avec des aides médicales d’urgence », poursuit Bayram Balci.


(Lire aussi : Coronavirus : à Istanbul, la guerre du pain n'aura pas lieu)

Soft power

Derrière la crise, Ankara a surtout su saisir une opportunité. Celle de pouvoir redorer son image en allant au chevet d’autres États. Emboîtant le pas à la Chine et la Russie, la Turquie s’est empressée d’envoyer de l’aide aux pays qui en ont besoin, avec des raisons différentes selon les cas. Elle a ainsi dépêché ces dernières semaines des avions remplis de masques, de blouses et de bouteilles de gel hydroalcoolique à l’Italie, l’Espagne et la Grande-Bretagne, des pays plus habitués à offrir leur aide qu’à en recevoir. Selon le média turc TRT, Ankara a également envoyé des respirateurs dans les Balkans, 500 000 kits de test aux États-Unis et des centaines de milliers de masques dans divers pays.

L’assistance humanitaire, à travers des agences gouvernementales et des associations privées, a toujours fait partie de la stratégie du soft power de la Turquie. Dimanche, le porte-parole du président a souligné que la Turquie avait été « le premier pays au sein de l’OTAN à envoyer de l’aide à l’Italie et à l’Espagne ». « La candidature de la Turquie à l’Union européenne est bonne pour la Turquie, mais la présence de la Turquie est aussi bonne pour l’Europe. À vrai dire, cette épidémie nous a donné raison », a déclaré le porte-parole, Ibrahim Kalin. Avec cette approche, Ankara fait d’une pierre deux coups. D’un côté, il tente d’apaiser les tensions avec l’Occident qui perdurent depuis 2016, et, de l’autre, il apparaît aux yeux de son opinion publique comme un État fort. Ankara a même annoncé l’envoi, prochainement, d’aide à l’Arménie, pays avec lequel il est en froid depuis longtemps. Les autorités ont également répondu positivement à une commande d’Israël pour du matériel médical, malgré les rapports houleux entre les deux pays, précisant que du matériel serait envoyé aussi aux Palestiniens gratuitement. « Autour du président, ils doivent se dire que les choses vont probablement changer après la crise et qu’il faut être dans le coup. Ceux qui seront les plus généreux durant cette crise pourront avoir une place prédominante dans un nouvel ordre qui va probablement émerger. D’un point de vue stratégique, c’est bien joué, mais encore faut-il que la crise soit bien gérée à l’intérieur », conclut Bayram Balci.


18 mars. Le coronavirus a atteint la Turquie depuis une semaine, mais le président Recep Tayyip Erdogan paraît confiant. « De grandes opportunités nous attendent dès que nous sortirons avec succès de cette période de crise du coronavirus », estime-t-il. Le médias progouvernementaux s’enorgueillissent du fait que le pays avait une expérience particulière dans la lutte...

commentaires (1)

LES INFECTIONS SE MULTIPLIENT EN TURQUIE QUI SUIT A VIVES ALLURE LES AUTRES PAYS D,EUROPE LES PLUS ATTEINTS.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

09 h 30, le 15 avril 2020

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Commentaires (1)

  • LES INFECTIONS SE MULTIPLIENT EN TURQUIE QUI SUIT A VIVES ALLURE LES AUTRES PAYS D,EUROPE LES PLUS ATTEINTS.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 30, le 15 avril 2020

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