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Moyen-Orient - Éclairage

Le casse-tête de la sortie du confinement

Le risque d’une nouvelle vague de l’épidémie de coronavirus est omniprésent.

Une rue du Cap, en Afrique du Sud, pays qui a rejoint le plupart des États dans le confinement strict. Rodger Bosch/AFP

Comment sortir du confinement ? Alors que plus de 2,5 milliards d’individus à travers la planète se trouvent aujourd’hui contraints de rester chez eux afin de permettre d’endiguer la pandémie du coronavirus, la question de l’après est déjà dans tous les esprits et promet de poser plusieurs casse-têtes. Et pour cause : si le confinement, correctement respecté, démontre son efficacité, le risque reste qu’un pays soit confronté à un retour de vague une fois cette mesure levée.

Le confinement a le principal avantage d’aplanir la courbe de l’épidémie pour faire en sorte que les services hospitaliers ne soient pas engorgés par un nombre important de cas nécessitant des soins intensifs. Avant le confinement, chaque personne infectée pouvait contaminer en moyenne 3 personnes. Si les règles strictes sont bien respectées, ce chiffre peut tomber à 1,5. Le second avantage de cette méthode est lié au fait que l’emprise du virus se desserre. Les personnes infectées sont censées éliminer le virus de leur organisme et être désormais immunisées, donc ne plus être contagieuses.

« L’avantage du confinement est qu’il est en train de créer une immunité collective dans de petits vases où se trouve le virus », explique à L’Orient-Le Jour le Dr Salim Adib, professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’Université américaine de Beyrouth. La méthode a fait ses preuves, notamment en Chine qui a réussi à endiguer l’épidémie.


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Mais la fin du confinement ne signifie pas pour autant un retour à la normale. Les villes chinoises reviennent doucement à la vie et craignent désormais un retour de l’épidémie depuis l’extérieur. De façon générale en Asie, des pays et des villes qui semblaient avoir maîtrisé l’épidémie de coronavirus sont soudainement en train de resserrer leurs frontières, craignant une vague de nouvelles infections. La Chine, Singapour, Hong Kong et Taïwan ont décidé ces derniers jours d’interdire complètement l’entrée des étrangers sur leur territoire. La Corée du Sud impose quant à elle une quatorzaine dans des locaux spécialement dédiés à tous les passagers arrivant sur son sol. Si un pays parvient à ne plus recenser de cas sur son territoire après une levée du confinement, il reste toutefois exposé puisqu’il ne peut pas garder ses frontières indéfiniment closes.

L’après-confinement pose ainsi un double risque, à l’échelle nationale et à l’échelle internationale, alors que 57 pays dans le monde sont aujourd’hui dans une situation de confinement général. Au sein d’un même territoire, si trop de personnes infectées et contagieuses sortent de chez elles en même temps après la fin du confinement, l’épidémie pourrait reprendre, compte tenu de la prévalence des personnes asymptomatiques. « La création d’une immunité collective en Europe par exemple va faire en sorte que l’explosion se réduise à un niveau endémique bas », nuance Salim Adib. « Dans les pays occidentaux, on peut s’attendre à une dizaine de cas sporadiques par semaine pendant quelques mois, comme une personne qui revient de l’étranger et qui l’aurait attrapé. Mais la population aura entre-temps acquis une immunité collective qui va arrêter la dissémination du virus », explique-t-il. Pour parvenir à l’immunité collective, il faut toutefois qu’au moins 60 % de la population ait été affectée par le virus.



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Certificats d’immunité ?
En attendant, les pays qui auront réussi à maîtriser l’épidémie seront confrontés à leur tour au risque d’un retour de celle-ci depuis l’extérieur. « Il faut s’attendre à une recrudescence dans l’hémisphère Sud qui jusqu’à maintenant a été relativement épargné, en sachant que ces pays vont bientôt entrer dans leur période d’hiver », explique le Dr Adib. Est-il possible d’éviter que le virus continue de circuler d’un pays à un autre, sans pour autant fermer toutes les frontières ? Plusieurs méthodes sont envisagées pour gérer au mieux l’après-confinement, comme le dépistage massif ou le traçage des contacts des personnes infectées. Mais cela pose des problématiques en termes de moyens et de protection de la vie privée. Le ministère britannique de la Santé a par exemple évoqué jeudi l’idée de « certificats d’immunité, peut-être des bracelets ».

Les pays font face un dilemme. Sortir du confinement trop tôt, et prendre le risque d’un retour de l’épidémie, ou bien le prolonger avec le coût économique que cette décision comporte. En France, par exemple, un mois de confinement coûte près de 60 milliards d’euros. Selon les Nations unies, la crise du coronavirus pourrait coûter à l’économie mondiale plus de 2 trillions de dollars. Avec le risque que la contamination reparte de plus belle, les économistes craignent plus que tout le scénario d’une récession mondiale en W qui, comme la forme de la lettre l’indique, implique une chute, suivie d’un rebond, lui-même suivi d’une autre chute et d’un autre rebond.


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Pour l’instant, seule la découverte d’un vaccin, sa commercialisation et sa large distribution semblent permettre d’entrevoir une sortie de la crise du coronavirus. Une première ébauche de vaccin s’est révélée efficace sur les souris, dans un laboratoire américain. Les essais sur l’homme pourraient démarrer dans les prochains mois, sous réserve d’une autorisation de la Food and Drug Administration, l’organisme qui donne l’autorisation de commercialisation des médicaments aux États-Unis. En espérant que le virus ne mute pas entre-temps, ce qui pourrait altérer l’efficacité du futur vaccin. Entre-temps, il est probable que dans certains pays « comme les États-Unis ou certains États européens, l’épidémie se prolonge très longtemps avant qu’on ne puisse sonner le signal de la fin de l’alerte, probablement jusqu’à la fin 2020 », estime Salim Adib.

L’épidémiologiste d’outre-Manche Neil Ferguson, dont les modélisations sont consultées par plusieurs gouvernements, estime que le confinement de la population devra durer au moins dix-huit mois, c’est-à-dire jusqu’à la découverte et mise en circulation d’un vaccin. Le chercheur prône une première phase de confinement strict de cinq mois, « sinon la transmission du virus connaîtra une nouvelle vague, un nouveau rebond », prédit-il dans un long rapport.



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