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Un peu plus

C’est tous les jours dimanche

Nos nouvelles habitudes n’ont plus rien d’habituel. Ne pas se lever le matin, ne pas avoir à prendre sa douche (on n’a pas fait le marathon non plus), ne pas se coiffer, ni s’emmerder à s’habiller. Le pyjama de la veille fera très bien l’affaire. Max un vieux survêt. Pas de maquillage, sauf en cas de video call avec une éventuelle conquête, ou un tour au supermarché, on ne sait jamais aymta beyhjom l’nassib. Oui, enfin, esa hajam l’nassib en plein Covid-19, c’est pas vraiment ça. Le virtuel, c’est sympa, mais il a ses limites.

Nos nouvelles habitudes n’ont plus rien d’habituel et si on commence peu à peu, après trois semaines de confinement, à prendre nos marques dans cette situation aussi extraordinaire qu’absurde, notre horloge biologique a du mal à comprendre que se réveiller à 6h30 n’est plus d’aucune utilité. Et qu’être debout à l’aube n’a rien de génial quand on n’a pas grand-chose à faire, si ce n’est rien. Et ne rien faire fatigue. C’est même épuisant. Épuisant de passer d’un canapé à l’autre. De jouer sur son téléphone, de regarder les mêmes conneries sur Instagram, de zapper les inepties de Marcel Ghanem ou de Joyce Akiki, de regarder l’heure et voir qu’il n’est que 15 heures et qu’on a encore huit ou neuf heures à tirer. À tuer. Une petite marche avant ce foutu couvre-feu (comme si le coronavirus ne sévissait que la nuit) ?

Allez, un petit tour du pâté de maisons ne fera pas de mal. Et le rituel commence. Lavage de mains, gants en latex qui font transpirer, masque étouffant qui fait suer et où notre haleine fétide qui apparaît après une demi-heure devient insupportable. On sort. Notre sortie du jour. Notre seule sortie depuis trois jours. Les rues vides sont à la fois tranquilles, agréables et angoissantes. Si Beyrouth pouvait tout le temps être comme ça. Sans voitures, sans embouteillages, le pied. Quelques mètres et on rencontre quelqu’un qui a décidé de se dégourdir les jambes comme nous. On se salue, le sourire dans les yeux. Un être humain. C’est le voisin de la rue Trabaud. À force, on va finir par connaître tous nos voisins, ces nouveaux amis de fortune. La voisine sexagénaire qui s’efforce de marcher vite pour perdre quelques dizaines de calories ; le marchand de légumes qui veut en finir avec ses bananes trop mûres ; la pharmacienne planquée derrière une vitre en plexi qui vous explique les bienfaits de tel spray aseptisant ou de ce supplément à base de curcuma et de gingembre pour renforcer votre immunité ; la gamine d’en face qui fait du hula hoop en vous racontant qu’elle déteste les cours en ligne et qu’elle vient de fêter son anniversaire sans souffler les bougies mais en les balayant d’un revers de la main ; le beau gosse de Sodeco qui fait ses squats en plein milieu de la rue et qu’on n’oubliera pas de rappeler une fois ce putain de confinement terminé, et tous les autres marcheurs du dimanche. Même si on n’est pas dimanche. De toutes les manières, c’est tous les jours dimanche. Petit détour par le supermarché du coin où les employés prennent votre température et où les lingettes de Dettol coûtent désormais 40 000LL. Merci la compassion des fournisseurs. Retour à la maison. Deuxième rituel. On s’essuie les pieds sur une serpillière imbibée d’eau de Javel, on enlève nos chaussures sur le perron, on se déshabille pour mettre nos fringues sur le balcon. On jette nos gants, on enlève notre masque. On spraye de Bactol tout ce qu’on a acheté à l’extérieur, on ne sait jamais. Dix minutes de perdues. Tant mieux. Il est 17h, on fait quoi ? On essaye une autre pièce que le salon. Aujourd’hui, ce sera la TV Room ou la salle à manger. Un peu de tourisme ne fera pas de mal. Aujourd’hui je danse. Je mets Pulp à fond et je me déhanche sur Disco 2000 devant le miroir, le déodorant en guise de micro. Aucun risque de se faire attraper en pleine chorégraphie. À moins que notre gamin décide de sortir de sa léthargie à ce moment-là préférant lâcher Fortnite pour se foutre de votre gueule. Sauf qu’il ne se rendra pas compte qu’il finira pas faire lui aussi un Moonwalk de sa chambre à la salle de bains… en caleçon. Le ridicule ne tue décidément plus. Ni les racines blanches de cinq centimètres qui vous font de l’œil, à l’instar de vos ongles détruits à force de faire la vaisselle ou de votre nouvelle coupe de cheveux que vous a faite votre frère qui se prend pour un ersatz de Simon Mendelek. Plus rien n’a d’importance, on a fini par se contrefoutre de tout. Merde, un video call du gars de Sodeco. Il est où ce putain de mascara ?...


Nos nouvelles habitudes n’ont plus rien d’habituel. Ne pas se lever le matin, ne pas avoir à prendre sa douche (on n’a pas fait le marathon non plus), ne pas se coiffer, ni s’emmerder à s’habiller. Le pyjama de la veille fera très bien l’affaire. Max un vieux survêt. Pas de maquillage, sauf en cas de video call avec une éventuelle conquête, ou un tour au supermarché, on ne...

commentaires (2)

La revanche du Misanthrope.

FRIK-A-FRAK

12 h 22, le 04 avril 2020

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Commentaires (2)

  • La revanche du Misanthrope.

    FRIK-A-FRAK

    12 h 22, le 04 avril 2020

  • Méfiez-vous de l'eau de Javel pour les semelles si vous avez un sol calcaire

    M.E

    07 h 20, le 04 avril 2020