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Éclairage

Le coronavirus assombrit un peu plus le tableau au Moyen-Orient

L’épidémie ressemble à une bombe à retardement dans cette région.

Un membres des Asayish, forces de sécurité kurdes, hier dans une rue déserte, à Qamishli, où ont été imposées des mesures pour lutter contre la propagation du coronavirus. Rodi Said/Reuters

La crise du coronavirus a beau être mondiale, elle ne soulève pas les mêmes enjeux et n’aura probablement pas les mêmes conséquences en fonction des régions. Le Moyen-Orient a un atout non négligeable face à cette pandémie : l’âge médian de sa population est de 26 ans (contre 42 ans en Europe), et si le Covid-19 n’épargne pas les jeunes, les personnes âgées sont beaucoup plus vulnérables. Mais c’est bien la seule éclaircie dans un tableau plutôt sombre.

Le Moyen-Orient n’est vraiment pas préparé à affronter cette épidémie qui ressemble à une bombe à retardement dans une région où les infrastructures sanitaires sont le plus souvent défaillantes, où deux catastrophes humanitaires sont en cours, en Syrie et au Yémen, où des millions de réfugiés vivent dans des camps. Et où les fortes tensions politiques compliquent, encore plus qu’ailleurs, l’indispensable coopération entre les États pour survivre à la tempête. L’épidémie du nouveau coronavirus est une crise qui s’ajoute aux autres crises sans pour autant les effacer et qui met en péril, sinon la survie, du moins la stabilité de la plupart des pays de la région. Et pour cause : elle appuie là où ça fait le plus mal, sur les carences et les incompétences des États qui n’ont, le plus souvent, ni moyens économiques, ni organisations administratives, ni compétences scientifiques pour affronter un tel défi. « Les établissements de santé de la région ne sont pas prêts à faire face à un afflux important de patients venant au même moment pour une infection », estime Fadi el-Jardali, professeur associé en politique de santé à l’AUB. Les pays de la région sont soit en guerre (la Syrie, le Yémen), soit à bout de souffle (l’Irak, la Jordanie, l’Égypte), soit faillis (le Liban, l’Iran), soit reposent sur des modèles de plus en plus fragiles (les pétromonarchies du Golfe). À la fragilité de ces États, il faut ajouter, dans la majorité des cas, une absence de transparence et une défiance des populations envers ceux qui les dirigent, qui ne fait que compliquer davantage la lutte contre la progression du virus. Impossible d’avoir confiance ici dans les données fournies par les autorités pour qui les morts ne sont, le plus souvent, rien d’autre que des chiffres. Comment, de toute façon, effectuer un dépistage efficace dans des conditions qui, là encore dans bien des cas, sont extrêmement précaires ?

Déni et dissimulation

L’ironie de l’histoire a voulu que l’Iran, pays qui cristallise le plus de controverses dans la région, soit le principal foyer de l’épidémie au Moyen-Orient avec un dernier bilan officiel hier de 1 685 morts et 21 000 contaminés. Les sanctions américaines n’ont clairement pas aidé les autorités iraniennes à affronter la crise, alors que le pays manque de matériel médical. Mais c’est bien le mensonge du régime iranien qui cherche à cacher tous les signaux envoyant une image de faiblesse qui est la principale cause de la propagation du virus et amène de nombreux experts à douter du nombre réel de morts. Déni et dissimulation : la méthode iranienne a en tout cas été suivie par plusieurs pays de la région.

La Syrie a par exemple admis son premier cas de coronavirus dimanche dernier alors que le régime niait jusqu’à présent, contre toute logique, sa présence sur son territoire. Damas a, en outre, annoncé hier la fermeture de ses frontières avec le Liban. Après neuf années de guerre qui ont fait des centaines de milliers de morts et ruiné l’économie, le régime syrien, sous la pression des sanctions internationales, n’est pas équipé pour contenir l’épidémie. Que dire alors de la province d’Idleb, la dernière aux mains des rebelles et des jihadistes, où se déroule actuellement la pire crise humanitaire du XXIe siècle selon l’ONU ?

L’Égypte n’est pas en reste et a fait dans un premier temps la sourde oreille face à la propagation du virus, utilisant dans le même temps mensonges et répression, alors que plusieurs touristes revenant d’un voyage sur place ont été testés positifs. Avec 100 millions d’habitants, une densité très importante et des infrastructures défaillantes, les autorités égyptiennes pourraient être rapidement dépassées par l’épidémie, alors que le bilan officiel est de 327 cas et de 14 morts. Les autorités ont décidé de la fermeture des écoles et des universités, des lieux de culte, des musées et sites archéologiques, des aéroports ainsi que de la fermeture nocturne des cafés, restaurants et discothèques jusqu’au 31 mars.


(Lire aussi : Caprices interdits, l’édito de Michel TOUMA)


Les conflits au second plan

Les pays du Golfe semblent a priori mieux armés pour répondre à l’épidémie. « D’une manière générale, les six pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont un système de santé bien développé en comparaison avec le reste du monde arabe », soutient Salman Rawaf, professeur de santé publique à l’Imperial collège de Londres. Riyad a annoncé avoir enregistré au total 511 cas de personnes infectées par la maladie du Covid-19, le chiffre le plus élevé dans le Golfe. Mais c’est sur le plan économique que la crise pourrait faire le plus mal aux pétromonarchies alors que le prix du baril s’est effondré et vaut aujourd’hui 25 dollars, ce qui équivaut à des pertes de dizaines de milliards de dollars pour ces pays producteurs. Les pays du Golfe vont être contraints de puiser dans leurs réserves et pourraient même être dans l’obligation d’accélérer leur modèle de transition économique. Cela implique de remettre en question le pacte social sur lequel ces pays sont fondés, ce qui risque, à terme, de provoquer des troubles.

La crise économique dans les pays du Golfe devrait en outre affecter l’ensemble de la région alors que des millions d’expatriés y travaillent. Les pays du CCG ont au moins l’avantage d’avoir un coussin, même s’il se durcit, de protection face à la crise, ce dont ne disposent pas les autres pays. Confronté lui aussi à la dégringolade des prix du pétrole, l’Irak pourrait par exemple être dans l’incapacité d’assurer le coût de son administration publique en raison du manque à gagner.

L’épidémie de coronavirus semble avoir fait passer au second plan les conflits dans la région, les pays étant trop occupés à faire face à ce nouveau défi. Mais il n’est pas exclu que certains en profitent pour relancer les hostilités, comme en témoignent les frappes régulières contre les forces américaines en Irak, attribuées aux milices chiites pro-Iran.

Alors que plusieurs pays du Golfe, dont les Émirats, ont fourni du matériel médical à l’Iran, le Covid-19 peut-il contribuer à apaiser les tensions dans la région ? Ce sera l’un des principaux enjeux de cette crise, notamment pour les Palestiniens et particulièrement de Gaza, prison à ciel ouvert qui a besoin, plus que jamais, de l’aide de son ennemi israélien, le pays de la région sans doute le plus armé pour traverser cette tempête.



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La crise du coronavirus a beau être mondiale, elle ne soulève pas les mêmes enjeux et n’aura probablement pas les mêmes conséquences en fonction des régions. Le Moyen-Orient a un atout non négligeable face à cette pandémie : l’âge médian de sa population est de 26 ans (contre 42 ans en Europe), et si le Covid-19 n’épargne pas les jeunes, les personnes âgées sont...

commentaires (3)

" L'Iran et le Liban : deux pays faillis " (Je vous cite) Indépendamment des causes locales propres a chacun des deux pays, le fait que le Liban soit devenu un satellite de l'Iran explique en partie leur communauté de destin.

Tabet Ibrahim

09 h 34, le 26 mars 2020

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Commentaires (3)

  • " L'Iran et le Liban : deux pays faillis " (Je vous cite) Indépendamment des causes locales propres a chacun des deux pays, le fait que le Liban soit devenu un satellite de l'Iran explique en partie leur communauté de destin.

    Tabet Ibrahim

    09 h 34, le 26 mars 2020

  • Les Etats-Unis, selon les dernières nouvelles seront bientôt , OMS dixit, le plus gros foyer mondial d'expansion de la maladie ... Voici dons le plus gros ennemi de l'Iran encore plus atteint que lui ! L'équilibre de la terreur devrait faire plier l'échine aux américains !

    Chucri Abboud

    14 h 14, le 24 mars 2020

  • Les palestiniens auront besoin de la haute technologie israélienne et du système de santé de leurs ennemis-amis, selon les jours. . Les iraniens supplient déjà les USA pour les aider . Via leur demande au FMI. Le Hezbollah obéit aux deals iraniens et laisse partir ce qu’ils considèrent leur geôlier. Non.. vous ne rêvez pas. c un tournant magistral et une soumission totale des intégristes chiites aussi bien que de l’axe des va t-en guerre . Allez savoir, bientôt, même les familles de ces leaders seront guéries grâce à des vaccins de leurs ennemis.. Évidemment, ca va gueuler fort pour juste pour sauver la face. Justice sera rendue à bachir, rafic, pierre, gebrane et tous les martyrs.

    RadioSatellite.co

    01 h 21, le 24 mars 2020