L’édito de Michel TOUMA

Caprices interdits

L’édito
Michel TOUMA | OLJ
24/03/2020

L’heure n’est plus aux manœuvres ou aux calculs partisans, qu’ils soient d’ordre politicien ou stratégique. « Nous sommes en guerre », soulignait il y a quelques jours avec insistance le président Emmanuel Macron dans un message aux Français. Cette guerre est mondiale, et l’humanité cette fois-ci est confrontée à un ennemi commun. Mais au plan local, il n’est pas certain que tous les Libanais, notamment parmi certains décideurs politiques de poids, mesurent encore pleinement l’ampleur et les retombées de cette bataille.

Les conséquences de cette « guerre » se manifestent dans l’immédiat au niveau de la santé publique, à l’évidence, mais ce sont aussi les domaines social et économique qui suscitent tout autant de sérieuses inquiétudes. Rien d’étonnant de ce fait que dans les grands pays occidentaux, des décisions fortes aient été prises à cet égard. Le président Donald Trump a ainsi annoncé le week-end dernier un appui substantiel à près de 12 000 petites entreprises américaines afin de leur permettre de surmonter cette épreuve et de préserver les intérêts de leurs employés.

La France, quant à elle, a consacré une aide immédiate de 50 millions d’euros aux plus démunis, parallèlement à l’ouverture de sites de confinement pour les SDF frappés par le virus. Dans son message aux Français, le président Macron a souligné en outre sans équivoque que son gouvernement apportera le soutien qu’il faudra à toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, afin d’éviter les faillites en cascade. La Banque centrale européenne, pour sa part, a annoncé un vaste plan financier pour empêcher que la zone euro ne soit touchée par une grave récession. Autant d’indices qui laissent supposer que le Liban ne pourra sans doute plus miser sur les pays amis autant qu’il l’espérait avant l’offensive du coronavirus, du fait des retombées encore difficilement estimables de la paralysie quasi généralisée de l’ensemble de l’économie mondiale.

Le cabinet Diab joue ainsi de malchance. Il est confronté à une crise d’un genre nouveau alors qu’il n’a pas fini de se débattre, déjà avec difficulté, pour trouver le moyen d’affronter le séisme économique et financier qui a atteint le pays de plein fouet l’été dernier. Et d’une manière concomitante, les entreprises locales dans toute leur diversité, à l’instar surtout des salariés et des membres des professions libérales, ont reçu un douloureux et inattendu coup de massue qui est venu parachever le marasme dans lequel tous étaient déjà noyés. L’annonce, hier, par le ministère des Finances de la décision du gouvernement de suspendre le paiement de l’ensemble de ses eurobonds donne une sombre idée de l’ampleur de la débâcle.

Il faut aujourd’hui se rendre à l’évidence et appeler désormais « un chat, un chat… ». Face à la conjonction de ces cataclysmes simultanés, dont les effets superposés et concomitants ont pour conséquence de décupler l’impact de la crise, le slogan « Liban d’abord » est plus que jamais de mise. Le pays ne peut plus se permettre de plomber davantage son économie parce qu’un parti veut se faire le bras armé d’une puissance régionale. Les Libanais ne peuvent plus tolérer d’être pris en otage et de voir la croissance économique se briser le plus simplement du monde, parce que ce même parti veut s’en aller en guerre contre les seuls pays encore susceptibles de leur venir en aide. Le Liban n’est plus en mesure aussi de faire la fine bouche et de jouer au coquet face au Fonds monétaire international, qui reste le principal organisme occidental susceptible d’injecter des capitaux en devises fortes sur le marché local de manière à permettre à l’État de rééquilibrer ses finances publiques, et au secteur bancaire d’opérer un indispensable redressement à son niveau. Il n’est plus désormais tolérable, à titre d’exemple, qu’un crédit de la Banque mondiale obtenu par un ministre de la Santé (en l’occurrence Ghassan Hasbani) au bénéfice des hôpitaux gouvernementaux soit gelé par son successeur, un ministre du Hezbollah, parce que celui-ci a refusé qu’un contrôle soit effectué sur les conditions d’utilisation du crédit en question. L’heure ne peut plus être aux caprices au service d’une « raison d’État » étrangère dont on n’a cure. L’heure n’est plus à l’affairisme aveugle, aux marchés douteux et au clientélisme à grande échelle pour satisfaire des ambitions égocentriques. Les petits calculs partisans et les considérations transnationales, aussi importantes et enivrantes soient-elle, ne sont plus tolérables et n’ont plus leur place. Le Liban mène aujourd’hui une double guerre : contre le coronavirus et contre le lourd passif d’une longue période de non-gouvernance. Le navire fait naufrage. Les décideurs politiques ne peuvent plus se permettre le caprice de faire preuve d’amateurisme ou de se lancer encore et toujours dans des aventures guerrières stériles, dévastatrices et sans horizon au plan strictement national.

À la une

Retour à la page "L'édito"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Gros Gnon

"... Le cabinet Diab joue ainsi de malchance. ..."

Non monsieur. Le cabinet Dib a été mis en place pour encaisser les coups, prendre les dispositions, et implémenter les réformes impopulaires mais nécessaires.
Pour laisser ensuite la place pour que les politiciens "traditionnels", véritables responsables du chaos où se trouve le pays, puissent revenir les mains "propres", et recommencer.
Bon, le coronamachin n’était certes pas prévu, mais il tombe à pic pour que toute faute soit rejetée sur ce cabinet fusible.
Mais malgré tout, ce cabinet a démontré en quelques semaines beaucoup plus de professionnalisme que TOUS (*) les cabinets précédents en 30 ans...

(*) TOUS ya3ni tous

Honneur et Patrie

'suite) Antoine Hayek, membre de l'une des familles qui ont donné un martyr à la Patrie, le père Youssef el-Hayek, pendu sur ordre de Jamal Pacha el-Jazzar (Le boucher) à Damas le 6 mai 1915.
Aujourd'hui Antoine Hayek est assassiné pour avoir défendu sa Patrie contre l'occupation palestinienne et autres éléments incontrôlés vassaux d'un Etat étranger.

Honneur et Patrie

Deux Etats, deux armées, deux gouvernements, deux douanes etc.
Des assassins, des spadassins qui assassinent des patriotes à Miyé w Miyé. Antoine Hayek, membre de l'une des familles qui ont ont donné à la

LA VERITE

Il n’est plus désormais tolérable, à titre d’exemple, qu’un crédit de la Banque mondiale obtenu par un ministre de la Santé (en l’occurrence Ghassan Hasbani) au bénéfice des hôpitaux gouvernementaux soit gelé par son successeur, un ministre du Hezbollah, parce que celui-ci a refusé qu’un contrôle soit effectué sur les conditions d’utilisation du crédit en question.

SI CELA EST VRAI CAR C'EST LA PREMIERE FOIS QU'ON COMPREND POURQUOI CETTE AIDE N'A PAS ETE UTILISEE

LE MINISTRE JABER DEVRAIT ALORS ETRE POURSUIVI EN JUSTICE POUR AVOIR BLOQUE CE CREDIT POUR CETTE RAISON
UNIQUEMENT CAR IL A MIS EN DANGER LE SYSTEME HOSPITALIER DU LIBAN , SYSTEME DONT IL ETAIT LE PREMIER RESPONSABLE




L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES MENTALITES SI DIFFERENTES DANS LE PAYS NE CHANGERONT MALHEUREUSEMENT PAS. LES VENDUS RESTERONT DES VENDUS ET LES CORROMPUS SUCEURS DU SANG DU PEUPLE RESTERONT DES CORROMPUS ET DES VOLEURS ET LES PREDATEURS BANQUIERS QUI DEVALISENT LES ECONOMIES D,UNE VIE DU PEUPLE RESTERONT DES LSSSSOUSSSS...
LA JUSTICE ET LA LOGIQUE SONT BAFOUEES !

EL KHALIL ABDALLAH

le ministre du hezbollah a refuse un credit pour le ministere de la sante parce tout simplement il ne veut pas de controle sur l'utilisation de ce credit. qu'est qui est de plus flagrant ?

Eid Gaby

Bravo, quel bel article. Les vérités sont clairement assignées et les responsabilités sont définies. J’espère que l’écho de votre plume touchera la sourdite des hommes visés.

Sissi zayyat

Il est temps de remette les pendules à l’heure et qu’on donne à César ce qui lui appartient. Le temps de partage et de clientélisme est révolu. L’heure est grave et les bonnes volontés au pouvoir de sauver notre pays sont plus que jamais solliciter pour reprendre du poil de la bête et agissent en conscience pour redresser le pays et reprendre le pouvoir qui leur revient de droit.
Il faut fermer toutes les boutiques mercantiles de ce pays et instaurer une loi empêchant toute fuite ou blocage des sommes dédiées aux hôpitaux et à l’assistance des sociétés en difficulté si on veut que ce pays se relève enfin.
Par la même occasion les voleurs peuvent rendre l’argent pillé sous forme de dons anonymes comme ça la boucle sera bouclée.

Tabet Karim

Tres bien dit.

Bery tus

WoW chapeau !!

Chucri Abboud

Je maintiens que cette contestation s'est trompée de timing ! Elle n'a fait que précipiter l'effondrement de nos banques et le chaos monetaire , financier et économique du pays ...Alors que si elle s'était freinée , elle nous aurait évité d'être déclarés en faillite , alors que maintenant , avec tous les autres pays qui toment en faiilite à cause de la corona-crise , nous nous en serions beaucoup mieux tirés . Cette pseudo-révolution avec son impetueuse impatience déréglée , a été néfaste et nocive à plus d'un titre , alors que ses revendications étaient légitimes , mais il fallait mieux calculer les risques : Aujourd'hui le FMI lui-meme peut etre déclaré en faiilite , il est débordé . Revisez vos calculs !

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'OLJ vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants