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Didier Raoult à L'OLJ : Les essais sur l'hydroxychloroquine doivent avancer pour pouvoir lutter contre le Covid-19

Interview

Ce médicament combiné à un antibiotique a fait l’objet d’un essai clinique mené par l’infectiologue français dans le traitement de personnes contaminées au coronavirus. Le protocole est inclus dans une étude de grande envergure qui sera menée dans plusieurs pays européens.

24/03/2020

La combinaison de l’hydroxychloroquine - un dérivé de la chloroquine, une molécule utilisée contre le paludisme- à un antibiotique peut donner des résultats encourageants dans le traitement de cas sévères d’infections au nouveau coronavirus. À l’origine de cette découverte, le Pr Didier Raoult, spécialiste des maladies infectieuses et directeur de l’IHU Méditerranée Infection à Marseille, en France. Chez près des trois quarts des vingt-quatre patients inclus dans son essai clinique initial, la charge virale a disparu au bout de six jours. Les patients étaient guéris.

Alors que des voix s'élèvent pour demander à ce que la chloroquine puisse être utilisée pour lutter contre le coronavirus, nombre d'experts ont appelé à la prudence, soulignant l'absence de données cliniques solides et publiques sur ses effets.

Cette combinaison de médicaments sera d'ailleurs incluse dans un essai clinique européen de grande envergure baptisé Discovery, qui portera sur plusieurs centaines de patients en Europe, notamment en France, en Italie et en Espagne, et dont le but est de lutter contre le coronavirus. Le professeur Raoult répond aux questions de L’Orient-Le Jour.



Pouvez-vous présenter l’étude que vous avez réalisée concernant l’utilisation de l’hydroxychloroquine dans une perspective thérapeutique pour les patients contaminés par le coronavirus ?

Lorsque les Chinois ont rapporté leur activité prometteuse de la chloroquine et de l’un de ses dérivés, l’hydroxychloroquine, nous avons proposé de réfléchir avec mon équipe à Marseille sur l’action de ce traitement chez les patients atteints de ce coronavirus. Il se trouve que l’hydroxychloroquine est un médicament que je connais très bien. Nous l’avons déjà utilisé pour traiter avec succès certaines maladies infectieuses bactériennes intracellulaires, en association avec un antibiotique de la famille des pénicillines. Je connais aussi ses effets secondaires. On a alors proposé de traiter des patients atteints de ce coronavirus avec l’hydroxychloroquine. Ce médicament est très toléré depuis trente ans dans le traitement de maladies inflammatoires. C’est un dérivé de la chloroquine, un médicament utilisé depuis soixante ans pour lutter contre le paludisme et qui est essentiellement administré à des personnes âgées en partance pour des pays tropicaux ou y résidant.


(Lire aussi : Coronavirus: l'industrie pharmaceutique promet un vaccin d'ici 12 à 18 mois)


Quels sont les essais cliniques qui se font actuellement et qui poussent à penser que la chloroquine a un effet sur la maladie ?

Le protocole que j’ai mis en place aujourd’hui a été approuvé sur le plan national et déposé officiellement. Nous avons inclus 24 personnes infectées par le SARS-CoV-2 que nous avons traitées par l’hydroxychloroquine. Nous avons surveillé de très près la charge virale chez ces personnes présentant des problèmes respiratoires. Le mécanisme est le même que celui suivi dans la prise en charge des personnes atteintes du sida. Il s’agit de mesurer la charge virale dans le sang avant et après l’administration du traitement. Si le nombre des virus s’écroule, c’est que le médicament marche et que le patient est guéri. Nous nous sommes fixés comme délai une période de six jours pour voir si la charge virale va baisser. Cela a marché avec l’hydroxychloroquine. Il faut savoir que le portage viral (période durant laquelle la personne est porteuse du virus tout en étant asymptomatique) rapporté par les Chinois est en moyenne de vingt jours. Durant cette période, la personne est contagieuse. Ce médicament arrive à baisser la contagiosité à six jours. C’est une marge très importante.



Avez-vous effectué des études comparatives entre la chloroquine et d’autres médicaments ? Si oui, quels étaient les résultats ?

Oui, et cette combinaison des deux molécules a été créée dans notre centre à Marseille. Nous savons depuis longtemps qu’une surinfection bactérienne joue un rôle dans la sévérité de l’état de santé d’une personne prise en charge pour une infection virale. Une grande étude a montré que le recours à l’azithromicyne dans les infections virales chez l’enfant améliore le pronostic et diminue la durée d’hospitalisation. Donc, mon équipe et moi-même avons pris cette habitude clinique d’associer l’azithromicyne à l’hydroxycholotiquine pour traiter les personnes présentant une infection virale. Les résultats étaient bons, d’autant que la charge virale chez ces patients a chuté de manière significative.

Concernant ce coronavirus, nous avons eu la chance d’avoir un groupe témoin. Il s’agit d’une part de personnes malades qui ont refusé ce traitement et d’autre part des patients hospitalisés à Nice, qui ne suivaient aucun traitement et qui voulaient participer à ce protocole. Au bout de six jours, nous avons constaté des différences flagrantes au niveau de la charge virale des patients malades placés sous ce protocole et ceux qui ne suivaient aucun traitement. Le résultat a été surprenant. Les personnes traitées avec l’hydroxychloroquine associée à l’azithromycine avaient une réaction qui était encore plus spectaculaire. La charge virale chez pratiquement tous ces patients avait disparu au bout de six jours. De plus, nous avons remarqué une nette amélioration de ces mêmes patients au bout de 24 à 48 heures. Nous avons demandé un nouveau protocole pour essayer l’hydroxychloroquine associée à l’azithromycine afin de clarifier et confirmer mon expérience.


(Lire aussi : Liban/coronavirus : les pharmacies appelées à ne vendre les médicaments à base de chloroquine que sur ordonnance)


Est-il dangereux d’associer l’hydroxychloroquine à l’azithromycine ? Quelles sont les limites d’utilisation de la chloroquine ? Interagit-elle avec d’autres médicaments ?

C’est une question légitime. On a fait un électrocardiogramme pour voir si ces deux médicaments n’interagissaient pas ensemble, causant des troubles de rythme cardiaque. Ceci a été proposé de manière hypothétique mais à ma connaissance, il n’y a pas d’évidence de cas dans lequel cette association ait eu un effet défavorable significatif comparé au traitement seul à l’azithromycine, qui donne lui quelques problèmes rarissimes.



Toutes les personnes testées positives bénéficieront-elles de ce traitement ? Même celles qui sont asymptomatiques ?

C’est une question complexe car même chez les patients dit asymptomatiques, des lésions pulmonaires sont visibles sur un CT scan pulmonaire. Nous ignorons si ces personnes sont malades ou pas. C’est une vraie question de savoir s’il faut les traiter.

Le deuxième point est de savoir si nous devons traiter toutes les personnes positives afin d’éviter la diffusion du virus. À mon avis, il faudrait le faire, car dans une maladie transmissible, il faut traiter ceux qui constituent des réservoirs de virus et ne pas rester dans l’ignorance en les confinant chez eux, à la maison sans savoir s’ils sont positifs ou pas. Je pense qu’à notre ère, les maladies infectieuses doivent être diagnostiquées puis traitées en évaluant leur contagiosité liée à leur charge virale.


(Lire aussi : Coronavirus: Sanofi offre de l'anti-paludique Plaquenil pour traiter 300.000 malades, essais "prometteurs")


Chez quel groupe de patients ce traitement serait-il indiqué et à quel moment de la maladie ?

Conformément au serment d’Hippocrate que nous avons prêté, nous obéissons à notre devoir de médecin. Nous faisons bénéficier à nos patients de la meilleure prise en charge pour le diagnostic et le traitement d’une maladie. Nous avons donc décidé de proposer le traitement, dès le diagnostic, aux personnes fébriles qui viennent pratiquer un test de dépistage de l’infection au coronavirus, ainsi que pour tous les patients contaminés, dont un grand nombre peu symptomatiques ont des lésions pulmonaires détectées au scanner.


Êtes-vous optimiste ?

Je suis ravi que depuis le début de notre découverte, beaucoup de pays s’y intéressent de près et veulent débuter un protocole sur mille personnes notamment à Oxford, en Angleterre, et en Thaïlande, de même qu’aux États-Unis. En Espagne, 200 personnes vont être incluses dans un travail sur la chloroquine. Quoi qu’il en soit, il faudrait que ces essais avancent sans trop perdre de temps afin de ralentir et pouvoir enfin stopper la grande contagiosité de ce virus.



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VIRAGE CONTRÔLÉ

Un petit rappel qui pourrait avoir de l'importance, le professeur Raoult est combattu par Yves Lévy D.G de l'INSERM et époux de Agnès Buzyn.

Renseignez vous sur ce couple .

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VIRAGE CONTRÔLÉ

Le professeur Raoult s'est inspiré des chinois.

Il a lui-même travaillé au Sénégal dans des hôpitaux spécialisés dans la malaria.

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